"Une ville durable est résiliente, inclusive, sobre et futée" Antoine Frérot, PDG de Veolia

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L'eau est déjà le sujet numéro un dans des régions comme la Californie, le Moyen-Orient ou la Chine du Sud. Des solutions de réutilisation des eaux usées existent, moins coûteuses que le dessalement. Elles peuvent servir à l'irrigation pour le maraîchage périurbain, le nettoyage des voiries, l'arrosage des golfs, etc., explique le Pdg de Veolia quand on lui demande comment aller vers la ville sobre.
"L'eau est déjà le sujet numéro un dans des régions comme la Californie, le Moyen-Orient ou la Chine du Sud. Des solutions de réutilisation des eaux usées existent, moins coûteuses que le dessalement. Elles peuvent servir à l'irrigation pour le maraîchage périurbain, le nettoyage des voiries, l'arrosage des golfs, etc.", explique le Pdg de Veolia quand on lui demande comment aller vers la ville sobre. (Crédits : Reuters)
Antoine Frérot, Pdg de Veolia, partage avec "La Tribune" sa vision des défis auxquels sont confrontées les villes du monde. Il nous détaille les offres complémentaires à ses métiers historiques qu'il leur propose pour y faire face et accroître leur résilience.

LA TRIBUNE - De votre point de vue, qu'est-ce qui caractérise une ville durable ?

ANTOINE FRÉROT - Une ville durable est une ville qui, en comparaison d'une ville standard, possède des dimensions supplémentaires. Elle est à la fois résiliente, inclusive, sobre et futée, et utilise tous les moyens à sa disposition pour progresser. Une ville résiliente anticipe les coups durs qui peuvent la frapper, qu'il s'agisse de catastrophes naturelles, industrielles ou même économiques, comme la fermeture d'une usine importante, dont les effets sont plus dilués dans le temps. C'est une ville qui adapte son fonctionnement pour faire face à ces menaces et en limiter les conséquences.

Concrètement, comment la ville doit-elle s'y prendre ?

Pour se préparer et simuler les différents scenarii possibles, il lui faut travailler en amont en étroite coopération avec ceux qui font et vivent la ville. Pas seulement avec ses propres services, mais avec l'ensemble des acteurs non publics : le monde économique, les citoyens, les académiques, les associations, les assureurs... D'ailleurs ces derniers ne peuvent plus se contenter d'assurer les biens publics, mais doivent aussi proposer aux autres populations des investissements de protection. Dans le cadre de son partenariat avec Veolia, et du programme 100 Resilient Cities de la Fondation Rockefeller, Swiss Re propose des solutions de transfert de risques adaptées aux catastrophes naturelles. Ce programme est aujourd'hui à l'étude sur les cinq continents, par exemple à la Nouvelle-Orléans, à Wellington en Nouvelle-Zélande, et à Paris. Grâce aux objets connectés, nous pouvons mesurer que la quantité des eaux fluviales évacuées en cas d'inondation n'est pas la même partout dans la ville, et dévier les eaux en conséquence. Ces phénomènes se prévoient, ce qui permet selon les cas de libérer de la capacité d'évacuation ou de stockage. Les réseaux d'assainissement, les vannes, les pompes, c'est notre métier. Nous sommes bien placés pour simuler les travaux qui s'imposent et préconiser des investissements complémentaires.

Qu'entendez-vous par « ville inclusive » ?

Les grandes métropoles attirent du monde, et d'abord les plus talentueux et entreprenants, ceux qui créent de la richesse. Cette concentration de richesse et de capacité de création de richesse attire également les plus pauvres. Or, les villes sont en compétition pour attirer des talents et des investissements. Et pour continuer d'attirer les créateurs de richesse, elles doivent trouver le moyen d'inclure les plus précaires. Si elles ne le font pas, cela débouche sur des phénomènes de ghettos, de l'insécurité, des conflits... Les villes doivent prévoir de nouvelles formes de répartition de leur richesse permettant de traiter les problèmes des défavorisés. Et il se trouve que les nouvelles activités économiques, notamment dans l'économie circulaire, sont l'un des moyens mis à leur disposition. Ainsi, si l'on parle d'énergies renouvelables, au-delà du solaire et de l'éolien, il y a aussi la chaleur fatale ou la biomasse. On peut par exemple imaginer qu'une ville organise, en collaboration avec les propriétaires de surfaces boisées, la collecte de biomasse (bois, feuilles mortes, déchets verts...) en zone périurbaine. Cela éviterait les émissions de gaz à effet de serre du bois pourrissant, permettrait d'utiliser les ressources locales et d'abaisser la facture d'énergie importée, tout en employant une main-d'oeuvre peu qualifiée. Mais cela suppose de travailler de façon décloisonnée. C'est pour cette raison que cela relève de la Ville.

Dans le cadre de notre contrat avec le Sedif, nous travaillons avec des entreprises d'insertion et l'organisme de microcrédit l'Adie. Nous faisons appel à eux pour des tâches impossibles à automatiser, qui impliquent de se déplacer au domicile des clients. Par exemple, pour rendre visite à des populations défavorisées afin de les informer des aides auxquelles elles peuvent prétendre et les conseiller pour mieux économiser l'eau. Nous le faisons avec l'association Voisin Malin en Seine-Saint-Denis, mais aussi dans les quartiers roms de Sofia (Bulgarie) avec l'ONG Eau et Vie.

Quelles sont vos motivations pour développer ces services ?

Pour décrocher des contrats avec des collectivités locales, nous devons leur proposer des services différenciants complémentaires à l'offre d'eau potable. Même chose dans les contrats de propreté. La récupération de papier et autres déchets dans les bureaux demande beaucoup de personnel. Nous travaillons dans ce secteur avec Elise, et plus largement dans le domaine de l'entreprenariat social avec Ashoka, Antropia, Ronalpia ou Sensecube. Autre forme d'implication au-delà de notre mission historique : l'accompagnement de startups dans le cadre de notre programme POP UP à Toulouse, Lyon, Mexico et en Île-de-France. Ce sont des startups positionnées sur nos métiers avec lesquelles nous pouvons construire ultérieurement de profitables collaborations.

Quelles sont les caractéristiques d'une ville sobre ?

Quand une ville grandit, elle consomme de plus en plus d'eau, d'énergie, de matières premières... Or, les ressources naturelles au droit d'un territoire urbain ne sont pas extensibles. Il lui faut donc s'organiser pour prélever par exemple un montant d'eau optimisé, importer une quantité limitée d'énergie, s'engager à recycler, ce qui est particulièrement important pour les villes qui doivent gérer la rareté. Des solutions existent. Par exemple, le chauffage collectif, beaucoup plus efficace que le chauffage individuel, et qui peut être alimenté par des énergies renouvelables. Quelque 50 % de la consommation énergétique d'une ville sont absorbés par le chauffage. L'eau est déjà le sujet numéro un dans des régions comme la Californie, le Moyen-Orient ou la Chine du Sud. Des solutions de réutilisation des eaux usées existent, moins coûteuses que le dessalement. Elles peuvent servir à l'irrigation pour le maraîchage périurbain, le nettoyage des voiries, l'arrosage des golfs, etc. Dans quelques rares endroits comme à Melbourne (Australie), en Namibie ou encore à Berlin, on la recycle même en eau potable.

Veolia peut-il agir comme un intégrateur de services urbains ?

Nous nous organisons afin de répondre aux besoins émergents des grandes métropoles et leur vendre de nouveaux services dans nos champs d'action traditionnels. Nous proposons le lien de plus en plus dense entre « eau/énergie/propreté » et sommes légitimes sur les nouvelles façons d'utiliser les données récupérées par nos services. Nous proposons également des plate-formes conçues pour accueillir d'autres services que les nôtres, comme par exemple, les transports. Notre plateforme Urban Pulse et son application pour smartphone ont été utilisées l'été dernier à Nice pour les pollens et à Royan pour la qualité des eaux de baignade. Plusieurs modèles économiques sont possibles concernant les données : soit la ville les achète en tant que maître d'ouvrage, soit les utilisateurs ou les créateurs de nouveaux services les utilisent et versent une redevance.

Aujourd'hui, c'est à Lyon que nous proposons l'éventail de solutions le plus large, au Tubà (Tube à expérimentations urbaines). La présidence de cet établissement public-privé dédié à l'expérimentation de projets innovants de ville intelligente, notamment basés sur les données publiques, a été assurée par un cadre de Veolia.

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Commentaires
a écrit le 13/12/2016 à 11:57 :
"résiliente, inclusive, sobre et futée" !! Bien dans le verbiage à la mode.
Un citadin veut une ville avec un habitat correct, le moins de pollution possible, des transports (y compris la voiture) adaptés à tous les âges et conditions physiques, peu bruyante, avec des espaces verts suffisants et non quelques arbres chétifs, propre, et où bien sûr où chacun respecte l'autre à tous points de vue. C'est déjà un vaste programme
a écrit le 13/12/2016 à 11:41 :
... Du "pipeau" pour accroître le business de sa "boîte". Ne pas se leurrer, le développement de ces activités ont un coût qui sera payé par la collectivité ou par les individus. Un moyen supplémentaire de les assujettir...Les bénéfices seront évidemment pour les actionnaires.
Je m'étonne que ce monsieur qui a des solutions pour tout, compte tenu du degré de pollution des villes n'ait pas encore envisagé de dépolluer l'air et de nous le faire payer.

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