C'était une autre crise. Celle de la guerre d'Irak, en 2003. La France, à l'issue d'un discours mémorable de Dominique de Villepin, le ministre des Affaires étrangères d'alors, avait refusé d'approuver le plan d'invasion américain au Conseil de sécurité de l'ONU... Listes de produits d'origine française à boycotter publiées dans la presse, vidéos d'Américains en colère vidant une bouteille de champagne dans le caniveau, élus au Congrès qui rebaptisaient les « French Fries » en « Freedom Fries » : le French bashing a donné des sueurs froides aux entreprises françaises. Pourtant, malgré les premières frayeurs, les dégâts ont été très limités. Même si d'un seul coup, les Américains découvraient que Mabelline New_York était une marque du groupe L'Oréal et que le Chivas Regal appartenait à Pernod Ricard, dans l'imaginaire des consommateurs américains la force des produits traditionnellement estampillés « made in France » a prévalu. La qualité, de même que la stratégie adoptée par les groupes français ont fait le reste. Michelin a continué d'équiper les véhicules de l'armée américaine en Irak, tout en déployant, dans le hall de son siège américain, à Greenville (Caroline du Sud), une gigantesque banderole déclarant « We Support our Troops », tandis que les marines se sont élevés contre la tentative, de la part de leur hiérarchie, d'évincer Sodexo. Et le groupe français a continué de préparer leurs rations... Ces succès passés ne signifient pas que les entreprises françaises doivent se reposer sur leurs lauriers. D'ailleurs, selon le « Made In Country Index », mené entre décembre 2016 et janvier 2017 par Dalia Research pour Statista, une société allemande de statistiques en ligne, auprès de 43 034 personnes dans 52 pays sur leur perception des produits selon le pays de fabrication, la France n'arrive pas au premier rang. Loin de là. Alors que chaque répondant devait donner son opinion sur trois pays d'origine différente, selon plusieurs critères pour leurs produits : qualité, sécurité, rapport qualité-prix, originalité, design, technologie avancée, authenticité, durabilité, production éthique et symbole de statut, le « made in » le plus valorisé, sur la base d'un indice 100, a été le « made in Germany », notamment grâce à la fameuse Deutsche Qualität... Mais si la Suisse arrive deuxième (98 points sur la base 100), l'Union européenne -avec son label « made in EU », introduit en 2003 - arrive troisième (92/100).