« Pour moi, l’engagement, c’est la médecine, et la médecine, c’est l’engagement », Jean-Christophe Rufin
Propos recueillis par Patrick Cappelli
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Photo d'illustration
Christel Sasso/Capa Pictures
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Que représente pour vous le concept d'engagement, en général et plus spécifiquement dans l'univers de la santé ?
Jean-Christophe Rufin Mon grand-père était médecin généraliste au tournant du xxe siècle. Et, pour lui, médecine et engagement étaient fortement liés. Pendant la Première Guerre mondiale, il a exercé sur les champs de bataille dans des conditions terribles. Durant la Seconde Guerre mondiale, il faisait partie d'un réseau de résistance à Bourges, près de la ligne de démarcation avec la zone libre. Il recueillait des aviateurs anglais. Il a été dénoncé et a passé deux ans à Buchenwald. Donc pour moi, l'engagement, c'est la médecine, et la médecine, c'est l'engagement.
Jeune médecin, vous faites votre service militaire en Tunisie où vous officiez dans des conditions précaires. Votre désir d'aider les plus vulnérables est-il né à ce moment-là ?
J-C.R. Jusque-là, j'avais été confronté à une médecine très technique dans les grands hôpitaux parisiens. Là-bas, je me suis retrouvé dans une maternité extrêmement mal équipée où on pratiquait une médecine pratiquement de guerre. Je suis passé d'un intérêt scientifique pour la médecine à une pratique plus humaine où le facteur culturel était prédominant.
De retour en France, vous participez à l'aventure de Médecins Sans Frontières, un concept inédit à l'époque. En quoi cette nouvelle forme d'engagement a-t-elle été importante pour vous ?
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J-C.R. À la différence de la Croix-Rouge et des organismes régis par le droit, nous nous sommes focalisés sur la notion de justice et sur l'opinion publique, avec des débuts très médiatiques. Je les ai rejoints en 1974, trois ans après la création de MSF à la suite du conflit du Biafra au Nigeria. Cette année-là et les suivantes, il y a eu une série de crises internationales avec des dégâts humanitaires considérables : les boat-people au Vietnam, le Cambodge avec les Khmers rouges, des changements de régime au Mozambique, en Angola, au Nicaragua. Tout à coup, les situations d'urgence se sont multipliées. Nous qui n'avions aucune contrainte étatique, nous pouvions aller partout pendant cette époque de guerre froide, contrairement aux organisations dépendant des Nations Unies.
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Propos recueillis par Patrick Cappelli