A l’heure de Prism, Gemalto fait le pari de la « confiance numérique »

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Le spécialiste français des puces se lance dans le logiciel. (c) Reuters
Le spécialiste français des puces se lance dans le logiciel. (c) Reuters
Le spécialiste français des puces intégrées aux cartes SIM, bancaires ou d’identité, espère doubler son chiffre d’affaires dans les solutions logicielles et les services en surfant sur la tendance du « cloud computing » et de la mobilité. Le groupe du CAC 40 croit plus que jamais au marché de la sécurité numérique, au lendemain des révélations en cascade sur le programme d’espionnage à grande échelle de l’agence américaine du renseignement.

Cybersécurité, mobilité, cloud computing, etc : tous ces sujets sont à la mode et font les gros titres. Et pourtant, c'est dans l'indifférence générale que Gemalto, l'un des champions français de la sécurité numérique, a dévoilé jeudi soir son ambitieux plan stratégique à cinq ans. Le plus discret et peut-être le plus méconnu des groupes du CAC 40, où il a été promu en décembre en remplacement d'Alcatel-Lucent, compte pourtant doubler son bénéfice opérationnel à 600 millions d'euros d'ici à 2017 et réaliser 1 milliard d'euros de chiffre d'affaires dans son activité de logiciels et de services (contre 392 millions en 2012).

Le cours de Bourse de la société née du rapprochement du français Gemplus et du néerlandais Axalto perd même près de 3% vendredi. Les investisseurs seraient-ils sceptiques sur ses objectifs, à l'heure où les révélations du scandale Prism, le programme d'espionnage à grande échelle de la NSA, l'agence américaine du renseignement, ont de quoi sérieusement ébranler la confiance des internautes dans la protection des données numériques ?

>> Lire aussi : De l'asile de Snowden en Russie à Xkeyscore, le lexique express de l'affaire Prism

La confiance, clé du succès des services numériques

Au contraire. En réalité, la réaction du marché témoigne plutôt d'une légère déception sur l'absence de surprise : les objectifs dévoilés jeudi soir lors d'une réunion d'investisseurs à New York sont en fait globalement en ligne avec le consensus de prévisions des analystes. Pas de quoi déchaîner les enthousiasmes, alors que l'action Gemalto a déjà grimpé de 24% depuis janvier, plus de deux fois mieux que le CAC, et pèse quelque 7,4 milliards d'euros, trois fois son chiffre d'affaires.

Aussi discret et respecté que son groupe, le directeur général depuis 2006, Olivier Piou a exposé sa vision stratégique : « le monde numérique est aujourd'hui sur le point de se transformer et il lui manque une chose : la confiance. Notre ambition est de rendre possible cette confiance. C'est la raison pour laquelle nous pensons que notre temps est venu. » Le groupe qui emploie 12.000 personnes, dont 3.000 en France, et dont le siège est situé à Amsterdam, martèle que «  la confiance devient de plus en plus l'élément clé de succès pour que les services numériques apportent une expérience utilisateur agréable. » Il cite d'ailleurs comme l'un des accélérateurs potentiels de son plan à cinq ans « un incident de sécurité exceptionnel accentuant l'urgence mondiale... »

>> Voir le détail du plan stratégique de Gemalto (transparents en anglais)

Le pari du paiement mobile

La technologie de Gemalto permet de « protéger et préserver la relation de confiance établie entre nos clients et les clients de nos clients », qu'ils s'agissent des opérateurs télécoms, pour les cartes SIM, des banques, pour les cartes bancaires et transactions en ligne, des Etats pour les cartes d'identité, etc. Pas de « Gemalto inside » : aucune de ces cartes ne porte le nom de Gemalto, d'où son manque de notoriété auprès du grand public.

« Nous ne voulons pas voler la vedette. Un passeport suédois reste un passeport suédois, ce n'est pas un passeport Gemalto, de même pour une carte bancaire même si nous la fabriquons. Nous sommes un opérateur technique derrière la marque de l'opérateur » confiait-il en début de semaine au « Financial Times. » Le pari de la confiance c'est plus particulièrement celui du paiement « numérique », électronique sous toutes ses formes. Gemalto voit un potentiel considérable au niveau mondial dans le paiement mobile, notamment avec la technologie sans contact NFC, mais aussi dans les services de banque en ligne.

>> Lire aussi : Paiement mobile :  fini, la science fiction !

C'est tout l'enjeu de la transformation de l'entreprise, vendre de moins en moins de puces physiques embarquées dans des cartes, objets ou appareils (voiture connectée, etc), et de plus en plus de solutions logicielles, d'outils et de services d'authentification (publics ou dans les entreprises). Une mutation conditionnée au décollage plus ou moins rapide de nombreux marchés encore inexploités tels que le m-paiement mais aussi la e-santé, l'e-gouvernement, etc.

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a écrit le 07/09/2013 à 14:32 :
Gemalto n'est pas français mais américain, après la main mise par espionnage de la société française Gemplus par un fond judéo US malveillant, sous le nez des autorités françaises qui n'ont jamais voté la moindre loi à l?époque pour protéger notre haute technologie, contrairement aux états unis.
La vidéo du scandale est sur dailymotion sous le titre Affaire Gemplus. Elle disparue de youtube curieusement.

a écrit le 07/09/2013 à 14:03 :
Gemalto n'est pas le spécialiste des puces qu'il ne fabrique pas, mais le numéro 1 mondial de l'intelligence informatisée. Il ne s'occupe que des logiciels. C'est une des plus belles entreprises françaises.... qui en compte pourtant pas mal de haut niveau.
a écrit le 06/09/2013 à 22:09 :
Gemalto spécialiste français?
Wikipedia :
Le 19 décembre 2002, Marc Lassus, ancien président fondateur de Gemplus, démissionne du conseil d'administration, de même que son allié Ziad Takieddine. Cette annonce est intervenue juste avant un vote de l'assemblée générale extraordinaire du groupe. La direction demandait la révocation des deux administrateurs accusant Marc Lassus de ne pouvoir débourser un prêt de 78 millions d'euros de stock-options accordé par la société lors de sa mise en bourse, et M. Takieddine accusé d'avoir critiqué des décisions prises au sein du conseil6. Ces démissions sont en fait une man?uvre d'In-Q-Tel pour que les Américains soient seuls maîtres à bord5.

Le 2 juin 2006, Gemplus international fusionne avec Axalto pour former le groupe Gemalto7.

En 2009, l?État français rachète 8 % de Gemalto via le Fonds stratégique d'investissement, devenant l'actionnaire principal du groupe. Mais trop tard pour empêcher les Américains d'obtenir les technologies de cryptologie de la carte à puce, comme en témoigne le fait que TPG a revendu ses actions l'année suivante
Réponse de le 07/09/2013 à 2:48 :
Axalto, pionnier et leader mondial dans les cartes à puces. Les américains ont en effet mis la main sur les brevets de la société, perte monstrueuse pour la France. C'est de ce genre d'actions lamentables des US que les journalistes devraient parler...
Réponse de le 07/09/2013 à 14:18 :
Le sens de votre commentaire est inexact, @Sans blague?. Il vous faut intégrer qu'en toute chose il y a une part importante de stratégie. Les américains sont très en retard et depuis longtemps sur les moyens de paiement. Qui n'a pas été aux USA et ne s'est pas étonné de ce fait qu'il pouvait constater ? Cela est dû en partie à la forte multiplication et spécialisation de leurs banques. C'est pourquoi ils veulent acheter de la technologie française pour se remettre à niveau. Cela s'est fait de tous temps. Il faut intégrer aussi que des gens comme TPG sont des acteurs dormants : ils votent avec la direction du groupe. Il ne faut donc pas les considérer comme "américains" mais comme "argent".
Par ailleurs il faut comprendre que les brevets durent 20 ans et qu'il est plus utile de les vendre au lieu de les donner à terme. C'est la capacité de faire de nouveaux brevets pertinents qui fait la force d'une entreprise. D'autre part si nous voulons vendre de la matière grise aux américains, ce qui est le cas, il faut bien qu'ils puissent avoir un support pour la faire tourner. Ils ne nous ont donc rien pris, nous leur avons vendu cher ce que nous voulions et qui était utile à notre business.
Réponse de le 07/09/2013 à 14:35 :
n'ont rien acheté, ils ont volé dans ce cas précis. Consultez "l'affaire Gemplus" svp.

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