Allegorithmic, un succès planétaire

 |   |  822  mots
(Crédits : DR)
Grâce au financement i-Lab, Allegorithmic, une jeune pousse auvergnate, a conquis le monde des jeux vidéos, de l’animation et des effets spéciaux. Son récent rachat par le géant américain Adobe marque l'aboutissement d'un parcours sans faute - et le début d'une nouvelle aventure pour Sébastien Deguy.

Ses parrains sont presqu'aussi fiers que lui. A commencer par Isabelle Mounier, la directrice de l'incubateur BUSI, à Clermont Ferrand. « Son dossier était parfait, nous n'avons jamais eu de doutes, ni sur sa volonté et sa vision, celles de transposer ses recherches dans le monde économique, ni sur sa personnalité », dit-elle. Elle parle de Sébastien Deguy, jeune docteur de l'Université Blaise-Pascal, venu frapper à la porte de l'incubateur de la recherche publique au début des années 2000, après sa thèse en informatique. Incubé sur place, puis repéré par i-Lab dans sa phase « émergence », son projet d'entreprise a été sélectionné, en 2003, parmi les lauréats du concours i-Lab pour la création d'entreprises innovantes, issues de la recherche. La société Allegorithmic a vu le jour en mai 2003 à Clermont Ferrand.

Si Sébastien Deguy part derechef en Californie, où se trouvent, à l'époque, les premiers clients potentiels - spécialistes des jeux vidéo, de l'animation et des effets spéciaux - l'entreprise est restée ancrée en Auvergne. Après le coup de pouce financier d'i-Lab, plusieurs levées de fonds et un déploiement international, 60 des 140 collaborateurs que compte aujourd'hui la société sont à Clermont Ferrand. « Cela montre son attachement à sa région et son patriotisme économique », souligne avec satisfaction Isabelle Mounier.

Le point commun entre 3DVIA, Call of Duty et Tomb Raider ?

Emblématiques, les logiciels développés par Allegorithmic proposent, avec la technique de « texturing », de rendre « vrai » tout ce qui apparaît sur un écran : cheveux, peau du visage, plis d'un vêtement, de même qu'ils permettent de « peindre » n'importe quelle surface en 3D. Autrement dit, ils offrent un niveau de réalisme et de facilité à créer inégalé dans le monde, et qui ont fait le succès de blockbusters comme Call of DutyAssassin's CreedBlade Runner 2049Tomb Raider... Ces suites logicielles ont vite conquis les spécialistes américains mais aussi le Français Dassault Systèmes, qui intègre les techniques d'Allegorithmic à sa plate-forme en ligne 3DVIA en 2007. Depuis, la jeune pousse auvergnate est devenue leader mondial dans son domaine et a ouvert des bureaux à Los Angeles, au Japon, en Corée du Sud, en Australie... La société ne cesse de recruter, et les clients se multiplient. Au-delà des géants comme Pixar, Dreamworks, Electronic Arts et Ubisoft, dans les secteurs des jeux vidéo et du cinéma, d'autres, dans l'e-commerce, la grande distribution, l'automobile, l'architecture, les ont rejoints : ce sont BMW, Ikea, Louis Vuitton, le cabinet d'architecture Foster et bien d'autres.

Reconnaissance mondiale

Tandis qu'elle réalise 95 % de son chiffre d'affaires (près de 20 millions de dollars en 2018) à l'international, Allegorithmic s'embarque depuis le début de cette année dans une nouvelle aventure. Adobe, le géant américain qui édite notamment des logiciels graphiques comme Photoshop, a acheté Allegorithmic. « Je suis sûr que Sébastien Deguy a bien ficelé le contrat », avance Pierre-Charles Romond, vice-président de l'université de Clermont-Auvergne, en charge de la valorisation de la recherche. « Il a toujours eu une vision d'entrepreneur à long terme », ajoute ce supporter de la première heure. De fait, le fondateur et PDG d'Allegorithmic prend un poste de vice-président, en charge de la 3D et des solutions immersives chez Adobe.

« Adobe est une société que j'admire depuis toujours, s'exclame Sébastien Deguy. Et si quelqu'un m'avait dit, il y a 17 ans, lorsque je me suis lancé dans l'aventure Allegorithmic : 'Seb, la société que tu lances, l'équipe que tu mets sur pied, les produits que vous allez créer seront un jour reconnus par Adobe, au point de venir frapper à ta porte et te demander de prendre la tête de l'initiative 3D', j'aurais ri, je crois ! ». C'est ce qu'il appelle son moment Peter Jackson, du nom du réalisateur néo-zélandais de films de science-fiction. « Dans ma propre Nouvelle Zélande, ce territoire rural de France où j'ai grandi, je n'envisageais que la création de logiciels sympas pour des artistes, mais pas ce genre d'aboutissement, c'est sûr », ajoute-t-il.

Et il l'avoue aujourd'hui, lorsque Adobe l'a approché, il a été partagé entre plusieurs sentiments, qui allaient de « est-ce vraiment vrai ? », à « c'est dingue, j'ai tant de chance et d'énergie, écrivons une nouvelle page ! », sans oublier le « j'ai une trouille bleue », dit-il...

« Allegorithmic et Adobe ont en commun le désir d'offrir aux créatifs des technologies qui les inspirent, a-t-il déclaré, plus calmement, lors de l'annonce officielle. Nous sommes ravis de rejoindre l'équipe, d'unir les outils ultra-performants d'Allegorithmic à la plateforme Creative Cloud et de transformer la manière dont les entreprises créent des expériences et du contenu aussi puissants qu'interactifs. »

C'est bien une nouvelle page de l'histoire d'Allegorithmic qui s'écrit aujourd'hui, de même qu'un nouveau chapitre de celle de la deep tech à la française, fait de reconnaissance mondiale et d'innovations.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 08/03/2019 à 18:59 :
Histoire flatteuse mais se faire racheter vaut acte de soumissions technologique.
C'est braiment dommage.

Des levers de fonds supplémentaires massives eut été bienvenue.
Mais le fric est massivement sur le social en France et l'innovation finie, in fine, aux US.
a écrit le 05/03/2019 à 22:46 :
"Son récent rachat par le géant américain Adobe marque l'aboutissement d'un parcours sans faute "

Bravo ! la fin en soit d'une entreprise française est de se faire racheter par les américains !
Réponse de le 18/03/2019 à 16:02 :
Parce que les capitalistes français sont trop frileux. Ce n'est pas la faute des américains

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :