Apple peut-il survivre à Steve Jobs ?

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Comment situer Steve Jobs dans l'histoire industrielle des États-Unis ? Apple fête cette année ses 35 ans, ses 60 milliards de dollars de cash et son accession au premier rang des valeurs technologiques dans le monde. Le retrait de son patron charismatique marque la fin d'un cycle.

"Jobs 1", c'était le parcours d'un enfant orphelin baignant dans la contre-culture californienne des années 1960 et qui allait créer Apple dans le garage de son père adoptif ? un mécanicien méticuleux ? avec Stephen Wozniak, un camarade ingénieur. "Jobs 2", ce fut le retour du sauveur d'une entreprise en perdition qui l'avait rejeté douze ans plus tôt et le point de départ d'une aventure industrielle à la dimension de celles d'un Andrew Carnegie ou d'un Henry Ford.

La réussite du modèle Steve Jobs tient bien sûr sans doute à un faisceau d'explications : son histoire personnelle, son caractère, l'état des lieux en technologie, l'environnement californien... Trois facteurs ont peut-être plus compté que d'autres.

1. L'intuition du moment favorable aux décisions hétérodoxes. Il est une qualité que seuls peuvent avoir les dirigeants en marge d'une organisation trop « installée » : la perception du moment magique où, dans un cycle d'innovation, la classe moyenne est prête à prendre le relais d'une élite de consommateurs d'avant-garde. Quand Henry Ford lance la Ford T en direction d'un public infiniment plus large que celui des passionnés de mécanique, il explique candidement qu'il a constaté "que les gens avaient envie d'un cheval qui aille plus vite". Et le simple déplacement du curseur de l'audience espérée va entraîner un bouleversement des règles du jeu dans l'ensemble de la filière automobile. Avec Steve Jobs, on observe la même perception du moment favorable au dynamitage des règles et des frontières dans l'informatique, la musique, le téléphone, ou la presse.

2. L'identification au client potentiel. Le Steve Jobs des grandes décisions est l'antithèse du banquier d'affaires ou du patron de holding qui raisonne sur des abstractions. Il perçoit instinctivement les attentes non exprimées de ses clients potentiels. Et pour cause : il leur ressemble. Il vit, pense et rêve comme ses égaux. Il est dans le produit. La vision dont on le crédite est en harmonie avec sa manière de vivre. "Jobs 1" se passionnait pour la micro-informatique. "Jobs 2" pratique l'art de vivre numérique au quotidien.

3. L'obsession de la forme et du détail. Comme Andrew Carnegie, bâtisseur d'empire sidérurgique et patron maniaque du contrôle de toute décision ayant un impact technique ou commercial, Steve Jobs n'est ni ingénieur ni diplômé de business school. Et il a toujours consacré l'essentiel de son temps à la confrontation directe et pointilliste avec ses ingénieurs et ses commerciaux. L'inlassable recommencement du chantier de l'iPhone et la naissance du modèle standard d'Apple Store dans un hangar d'usine gagneraient à entrer dans les études de cas des apprentis managers.

Dictature de la minutie d'un côté, souci de l'esthétique de l'autre. Dès les années 1980, "Jobs 1" embauche le designer allemand Hartmut Esslinger. C'est alors un inconnu dont les créations n'entreront que beaucoup plus tard au musée d'Art moderne de New York. Dans les années 2000, "Jobs 2" consacre le talent du designer anglais Jonathan Ive et le confirme comme patron de ses équipes de créateurs. On tient là une clé du modèle "Jobs 1 et 2" : il aura été un exceptionnel recruteur. Les candidats qui l'ont affronté le décrivent comme un "terrifiant interviewer". Mais comme ils sont les meilleurs, les élus sont de taille à résister aux foucades d'un patron narcissique. Cela donne une équipe technique et commerciale d'un niveau sans égal. À elle de démontrer qu'elle sait faire fructifier l'héritage.

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Commentaires
a écrit le 31/01/2011 à 16:11 :
(Erratum... mes excuses pour le défaut de relecture).

(?) vous connaissez Apple DEPUIS quelques jours, quelques semaines peut-être (?)
(?) je m'arrêterai là pour vous conseiller la lecture de tous les articles concernant Apple et STEVE JOBS DANS Wikipédia (?)
a écrit le 31/01/2011 à 14:20 :
Probablement pas. Jobs ce n'est pas l'innovation que vous mettez en avant (il ya qq exemples de "loupés" le concernant), c'est du marketing. Il n'a en fait "percé" que lorsqu'il s'est décidé à copier Gates (qui, lui, a l'hônneteté de dire qu'il ne connait rien à l'informatique). Apple, quasiment depuis toujours a été "pêché" (Bell Labs) des nouveautés, qu'il a su vendre. Avez vous jamais vu un apple-fan remarqué que cette société avait changé de processeur; et qu'il n'y aurait aucune difficulté à proposer le choix de l'OS; peine perdue: on verrouille à mort, de façon à ce que les adorateurs dérouillent à mort ! Le même principe existe avec des marques hifi quelque peu "bobo"; une européenne du nord, l'autre américaine. On met en avant le design, le "happy few", mais quand vous examinez la bête, c'est une outre: du vent ! Jobs aurait tout aussi bien réussi en politique...
Réponse de le 31/01/2011 à 15:40 :
Visiblement cher pm, vous connaissez Apple, quelques jours, quelques semaines peut-être, pour énoncer d'un ton aussi sûr de pareilles âneries.
Gates a copié Apple, oui certainement. Mais étiez-vous né en 1984?

Quant à la prétendue "fermeture" des produits Apple, avez-vous jamais remarqué que ce concept est né dans la bouche des concurrents d'Apple? L'utilisateur Apple lui, a compris une chose: c'est que l'ouverture entre les différents produits Apple - hard et soft - est sans égale dans le domaine informatique, doublée d'une simplicité et d'une ergonomie qui le sont tout autant.

Je m'arrêterai là pour vous conseiller la lecture de tous les articles concernant Apple et Wikipédia, il vous faudra bien ça.
Réponse de le 04/02/2011 à 21:40 :
Si j'étais né en 84 !!! Si je vous parlais des processeurs 6809/6502/Z80/8008 que nous programmions en assembleur... LOL avec votre Wikipedia. Je dois encore avoir le manuel de l'Apple 2 ! Et, merci de bien lire: Jobs n'a fait que copier la cupide avidité de Gates. Ce qu'Apple a copié est incommensurable. Mais vous n'avez certainement aucune idée de ce qu'étaient les Bell Labs... Pauvre naïf...
a écrit le 29/01/2011 à 23:07 :
Vu la situation de santé de S J cet article opportuniste est indécent , à l'évidence cet homme dont les qualités ne sont plus à démontrer à fait le nécessaire pour sa succession .De Gaulle avait répondu avec humour à un journaliste ,"rassurez vous ,je vais très bien ,mais je ne manquerais pas de mourir."
Réponse de le 31/01/2011 à 12:20 :
Tout à fait d'accord, je suis choqué que le rédacteur de cet article n'aie pas eu la décence de commencer au moins par un paragraphe sur l'homme et son état de santé. Cela aurait introduit son article correctement.
Avec cette désinvolture, ne nous étonnons pas lorsque les gens de gauche caricaturent le "manque d'humanité dans les affaires"
Réponse de le 03/02/2011 à 14:49 :
rectificatif : les gens de gauche ne caricaturent pas mais ils sont une caricature (exemple le " responsables mais pas coupables" dans "l'affaire" du sang contaminé car c'était bien une affaire de sous.
Réponse de le 03/03/2011 à 8:57 :
Je le trouve au contraire totalement en ligne avec l'actualité : oui, Steve Jobs va mal et on est légitimement (bien qu'un peu cyniquement, j'en conviens) en droit de se demander si un géant de la taille d'Apple pourra ou non survivre à son (co-)fondateur et gourou.
a écrit le 29/01/2011 à 7:59 :
C'est surtout "Apple pourrat il survivre" avec son type d'éco système ?
a écrit le 29/01/2011 à 7:44 :
Bonjour,

Simple spéculation.

Naturellement il a préparé sa succession.

L'avenir dépendra de la capacité de l'entreprise de renouveler sa gamme de produits, donc de sa recherche.

Cordialement,

giantpanda

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