Pour assurer son avenir, Atos va se scinder en deux : à peine arrivé, le nouveau DG part

Le numéro un européen du cloud, de la cybersécurité et des supercalculateurs a annoncé, ce mardi, sa scission en deux entités. Arrivé il y a à peine six mois, le directeur général actuel Rodolphe Belmer quittera le groupe au plus tard le 5 septembre. Conséquence, l'action dégringolait de près de 20% ce mardi matin à la Bourse de Paris. De son côté, Bercy a indiqué que l'État « suit avec attention » ce dossier.

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Le directeur général actuel d'Atos, Rodolphe Belmer, quittera ses fonctions au plus tard le 5 septembre.
Le directeur général actuel d'Atos, Rodolphe Belmer, quittera ses fonctions au plus tard le 5 septembre. (Crédits : STEPHANE MAHE)

[Article mis à jour à 12H45 avec la réaction de l'Etat français]

Une crise sans fin. Alors qu'il a perdu les trois-quarts de sa valeur en Bourse depuis le début de 2021, Atos lance une opération de sauvetage d'envergure grâce à un plan de scission afin de « libérer le potentiel de création de valeur » du groupe. D'ici à fin 2023, le géant informatique va se scinder en deux entités cotées en Bourse, a-t-il annoncé ce mardi lors de la présentation de son plan stratégique destiné à se redresser.

La première société, fondée sur les métiers historiques d'Atos en perte de vitesse, conservera le nom d'Atos et sera présente « sur les services d'infogérance, les espaces de travail numériques (Digital Workplace) et les services professionnels ». Elle bénéficiera d'un  « ambitieux plan » de financement de « 1,1 milliard d'euros pour accélérer sa croissance rentable », selon le groupe. Baptisée Evidian, la deuxième société regroupera les activités à forte croissance du groupe (conseil en numérisation, cybersécurité, serveurs haute performance et supercalculateurs...), et sera dirigée par Philippe Oliva.

Les deux entités représentent aujourd'hui un montant voisin de chiffre d'affaires. Mais leur profil de croissance est très contrasté. Les activités traditionnelles représentent 5,4 milliards d'euros, en recul de 12% en 2021, avec une marge opérationnelle négative de -1,1%. À l'inverse, les activités d'Evidian, qui pesaient 4,9 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2021, étaient en croissance de 5%, avec une marge opérationnelle de 7,8%, selon Atos qui compte réaliser 700 millions d'euros de cessions d'actifs pour mener à bien ce projet. Le groupe est également en «discussions avancées avec deux de ses banques » pour compléter le financement de l'opération.

Une scission au second semestre 2023

« Si la décision est prise de mettre en œuvre ce projet », la scission interviendrait au cours du second semestre 2023, pour que les actions d'Evidian puissent être distribuées « d'ici la fin de l'année 2023 selon le scénario privilégié à ce stade », a indiqué Atos dans son communiqué. « La décision définitive concernant ce projet de réorganisation et de cotation séparée ainsi que ses termes et conditions sera prise une fois que l'analyse approfondie en cours sera achevée », a précisé Atos.

Pour 2022, le groupe maintient ses prévisions, avec un chiffre d'affaires évoluant entre -0,5 et +1,5% de croissance, et une marge opérationnelle de 3 à 5%, contre 2,5% en 2021.

Départ du directeur général

Selon des sources de presse, les débats ont été vifs au sein du conseil d'administration d'Atos (111.000 salariés) sur les moyens de redresser le groupe, et notamment entre le président du conseil d'administration, Bertrand Meunier, et l'actuel directeur général Rodolphe Belmer, avant que la stratégie présentée mardi ne finisse par être arrêtée.

Le changement se fera d'ailleurs sans ce dernier puisque l'ancien PDG d'Eutelsat, arrivé il y a six mois à peine à la tête du groupe pour le redresser, laissera la main « au plus tard le 5 septembre » aux dirigeants des deux entités. Rodolphe Belmer était arrivé il y a à peine six mois à la tête d'Atos avec pour mission de redresser le groupe confronté à une forte baisse de son chiffre d'affaires (-2,5% en 2021) et à une chute de sa valeur. « La stratégie est une décision souveraine du conseil d'administration » et le directeur général est là « pour l'appliquer », a-t-il sobrement réagi devant les journalistes qui l'interrogeaient sur les divergences au sein du conseil d'administration.

Conséquence de cette annonce : l'action d'Atos dégringolait de près de 20% ce mardi matin à la Bourse de Paris. Vers 09H50, le titre s'effondrait de 19,10% à 15,21 euros, perdant près d'un cinquième de sa valeur, dans un marché en petite hausse (+0,27%). Depuis le début de l'année, il s'enfonce de plus de 59%.

Ces annonces n'ont pas manqué de faire réagir Bercy qui a indiqué, un peu plus tard dans la journée, que l'État « suit avec attention » le dossier Atos. « Nous sommes bien entendu attentifs à l'actionnariat de l'entreprise », considérée comme "stratégique à de multiples égards pour la France », a-t-on ajouté au sein du cabinet du ministre de l'Économie et des Finances où on rappelle aussi qu'un décret sur le contrôle des investissements étrangers « protège le capital des entreprises stratégiques des attaques d'investisseurs étrangers ».

Investissement de 60 millions d'euros en février dernier

En février dernier, Atos, numéro un européen du cloud, de la cybersécurité et des supercalculateurs, avait annoncé un investissement de 60 millions d'euros à Angers afin de construire un nouveau site industriel au lieu et place de l'usine actuelle, spécialisée dans la conception et la fabrication de supercalculateurs, de serveurs haut de gamme et d'outils liées à la cybersécurité, la cryptologie, et la simulation quantique.

Ces technologies sont utilisées dans le monde entier par le CEA, Météo France, l'agence française nationale du calcul intensif GENCI ou encore des universités de recherches européennes pour effectuer des prévisions météo, modéliser des crash tests automobiles ou la médecine personnalisée.

« Le projet s'inscrit dans le doublement de notre activité au cours des trois prochaines années. Nous voulons être en capacité de répondre à des croissances à deux chiffres », avait alors expliqué Vincent Sarracanie, directeur du site angevin d'Atos et vice-président de la supply chain et du manufacturing, d'Atos.

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