Contre leur précarisation, les livreurs Deliveroo se mobilisent

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La startup britannique Deliveroo a annoncé mardi 30 juillet le changement de sa grille tarifaire pour la rémunération des livreurs.
La startup britannique Deliveroo a annoncé mardi 30 juillet le changement de sa grille tarifaire pour la rémunération des livreurs. (Crédits : Charles Platiau)
Une semaine de mobilisation est organisée par des livreurs de la startup de livraison Deliveroo dans toute la France depuis le samedi 3 août. Ils dénoncent le changement de mode de rémunération, notamment la suppression du tarif minimal par course.

Nouvelle gronde des coursiers face à Deliveroo. Une semaine de mobilisation est organisée dans plusieurs grandes villes françaises. La cause : le changement de grille tarifaire pour la rémunération des livreurs. La startup de livraison de repas à domicile a annoncé mardi 30 juillet la baisse de ses rémunérations pour les courses les plus courtes. Cette décision implique la suppression du tarif minimal de 4,70 euros par course -- tarif en vigueur à Paris, variable selon les villes.

En contrepartie, Deliveroo a augmenté les tarifs pour les courses "intermédiaires et longues", supérieures à dix minutes. Ces dernières, jusqu'ici considérées comme peu rentables, étaient davantage délaissées par les livreurs. La jeune pousse prend désormais en compte le temps d'attente des livreurs devant les restaurants. "Le prix proposé aux livreurs tient compte du temps pour se rendre au restaurant, le temps d'attente au restaurant et le temps pour se rendre jusqu'au client", détaille Deliveroo dans un communiqué de presse.

"À chaque commande, le livreur reçoit sur son téléphone une offre de travail comportant la zone de livraison, l'adresse du restaurant et le prix de la commande. Il a ensuite la possibilité d'accepter ou de rejeter la commande."

"Par heure, les livreurs perdent entre 20 à 30% de rémunération"

Pour dénoncer ce changement unilatéral de rémunération, des livreurs de la plateforme se sont réunis samedi 3 août à Paris et dans plusieurs grandes villes françaises (Nantes, Nice, Toulouse, Besançon, Tours) à l'initiative du Collectif des livreurs autonomes de Paris (Clap 75). Mercredi 7 août, le Collectif a appelé les livreurs à débrayer entre midi et 15 heures en refusant de prendre des commandes. Ils ont également incité les clients à ne pas commander sur la plateforme. La mobilisation doit se poursuivre ce week-end.

"En supprimant la rémunération minimum par course, les livreurs se voient proposer des courses courtes à 2,70 euros. Concernant les courses longues, nous avons observé une hausse vraiment minime, entre 20 à 30 centimes par livraison", déplore Jean-Daniel Zamor, président de Clap 75. "Par heure, les livreurs peuvent perdre entre 20 à 30% de rémunération à cause de ce nouveau mode de calcul."

Le Clap 75 souhaite obtenir un retour en arrière, "même temporaire, le temps d'entrer en négociation avec Deliveroo", explique Jean-Daniel Zamor.

"Chaque été, Deliveroo nous fait le coup"

Des grèves et des mouvements de protestation sont régulièrement organisés par les coursiers des grandes plateformes. Depuis trois étés consécutifs, Deliveroo fait l'objet de tels mouvements suite à ses changements de rémunération. Mais la startup ne flanche pas.

"Chaque été, Deliveroo nous fait le coup. C'est plus simple pour eux, car il y a beaucoup moins de livreurs, moins de clients et moins de restaurants ouverts", estime le président du Clap 75.

Il est aussi compliqué de mobiliser pour s'imposer face à ces grandes plateformes.

"Les startups disposent de grandes flottes et le turn-over des livreurs est très important. En moyenne, chez UberEats, le turn-over est de 3 à 6 mois pour un coursier. Les derniers venus sont toujours prêts à accepter moins que les anciens, donc c'est difficile de mobiliser dans ces conditions-là", analyse Jean-Daniel Zamor.

Comme il est d'usage pour les plateformes de l'économie dite "collaborative", les livreurs sont contraints de recourir au statut d'auto-entrepreneur -- et donc, de se voir imposer des changements unilatéraux de rémunération. Les startups de livraison sont régulièrement accusées de recourir à du salariat déguisé. Selon leur argumentaire, le statut d'auto-entrepreneur donne davantage de flexibilité aux livreurs en leur fournissant un complément de revenu, et non un salaire.

"La majorité (des livreurs) sont des étudiants et 70% ont moins de 26 ans. Ils travaillent en moyenne 15 heures par semaine et gagnent 13 euros par heure de connexion à l'application, soit 30% de plus que le SMIC brut horaire", se défend Deliveroo dans un communiqué de presse.

Imposer le statut d'auto-entrepreneur leur permet de ne pas avoir à payer les congés payés, les arrêts maladie ou encore de ne pas garantir de salaire minimum... Tout en imposant certaines conditions pour l'exercice de leur travail, comme une disponibilité minimum sous peine d'encourir des pénalités.

Lire aussi : Coursiers à vélo : et si le salariat était possible ?

Une protestation non représentative, selon Deliveroo

Deliveroo est l'un des acteurs de la livraison à domicile en France. La startup britannique est présente dans 200 villes et travaille avec 10.000 restaurants et 11.000 livreurs.

"En un an, Deliveroo a multiplié par deux le nombre de livreurs partenaires. Par ailleurs, 4.000 livreurs demandent chaque semaine à rejoindre la flotte Deliveroo", affirme la jeune pousse dans son communiqué de presse, en estimant que le mouvement de protestation n'est pas représentatif.

Selon elle, la protestation rassemble "un faible nombre d'activistes" qui représente "moins de 1% de l'ensemble de la flotte".

Depuis sa création à Londres en 2013, la jeune pousse a levé un total de 1,53 milliard de dollars. Elle a notamment levé 575 millions de dollars auprès du géant Amazon en mai dernier, lors de son dernier tour de table. La  plateforme est désormais valorisée 2 milliards de dollars.

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Commentaires
a écrit le 12/08/2019 à 8:37 :
Il n'y a pas d'alternative face à l'absence d'alternative, pour ne pas mourir à petit feu il faut se révolter.

La classe dirigeante n'est plus en mesure de guider la classe productrice.
a écrit le 09/08/2019 à 13:07 :
Le problème c'est que les utilisateurs préfèrent leur petit confort à commander sur leur smartphone larvés dans leur canapé, tout en se disant hypocritement qu'ils préfèrent être à leur place qu'à celles des livreurs et que tant que c'est pas leur tour c'est tant mieux, plutôt que de boycotter ce genre d'entreprises pour éviter à terme de se retrouver eux-même réduits en autoentrepreneur esclave ! Tant qu'il y aura de la demande, le système ne changera pas de sitôt (voir aussi Uber, Ryanair etc, c'est pas ce qui manque) !!
a écrit le 09/08/2019 à 9:49 :
Personne ne les oblige à travailler comme livreur cycliste. Le métier de livreur n'a jamais été un travail à haute VA, il faut redescendre sur terre... ET encore une fois, personne ne les empêche de monter leur propre plateforme. C'est assez symptomatique de la France : c'est toujours l'autre qui a tort, des fois, regarder dans le miroir et faire son autocritique est souhaitable.
a écrit le 08/08/2019 à 22:02 :
Imposer le statut d'auto-entrepreneur pour un livreur, c'est scandaleux, le statut d'auto-entrepreneur n'a pas été créé pour ça et devrait être mieux encadré. Un livreur n'est pas un entrepreneur, ni un partenaire , ni un collaborateur. Je rajoute que si en plus deliveroo impose le tarif des prestations alors moi j'appelle ça un salarié et qui n'a pas l'assurance d'obtenir un SMIC horaire loin de là. On nous présente ces entreprises comme étant performante mais si elles payaient leurs "partenaires" normalement elles couleraient.
a écrit le 08/08/2019 à 16:33 :
Deliveroo...encore une plateforme négrière qui se satisfait du statut des auto entrepreneurs pour exercer un business non rentable, si effectué dans des conditions normales.
Auto entrepreneur (déjà le nom!) =Misère assurée.

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