Cybersécurité : les fraudes au retour, un fléau pour le e-commerce

Les cyberattaques ne sont pas les seuls dangers des e-commerçants. Le Forum international de la cybersécurité (FIC), qui ouvre ses portes ce mardi à Lille, aborde aussi une autre menace qui prend de l'ampleur : les fraudes au retour. Conséquence de paiements de plus en plus sécurisés, ces arnaques plus faciles à réaliser concerneraient un retour sur dix. Des solutions innovantes de profilage des visiteurs existent pourtant pour limiter ce risque.

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(Crédits : DR)

Prétexter ne pas avoir reçu le colis. Renvoyer un colis vide ou à une mauvaise adresse ou alors juste lesté d'une boîte de conserve, voire d'un article obsolète ou d'une contrefaçon. C'est le talon d'Achille des entrepôts logistiques, qui n'ont pas encore toujours les moyens de vérifier précisément ces retours frauduleux. Du coup, sur le darkweb, les cyber-arnaqueurs monnaient des modes d'emploi qui décortiquent, marque par marque, les modes opératoires qui ont le plus de chances de réussir...

D'autant qu'avec l'explosion du e-commerce, les retours semblent désormais bien ancrés dans les habitudes des consommateurs. Dès 2018 déjà, 45% des acheteurs en ligne avaient retourné au moins un produit, selon le portail de données économiques Statista. La FEVAD (Fédération de la vente à distance) a calculé qu'en 2020, les produits et services e-commerce pèseraient 112 milliards d'euros de chiffre d'affaires, soit une hausse de 8,5%, contre 11,6% en 2019.

Fraude pour un retour sur dix

 « Si l'on estime que le volume des retours se situe dans une fourchette oscillant, selon les secteurs, de 10% à 30% et qu'un retour sur dix est actuellement susceptible d'être fraudé, on comprend très vite l'intérêt d'une marque à évaluer la confiance qu'elle peut accorder à une transaction », détaille William Ben Chemouil, directeur général de Oneytrust, spécialiste de la lutte contre la fraude et du profilage digital.

Née dans le giron d'Oney Bank (ex-Banque Accord du groupe Auchan, qui a cédé en 2019 50,1% de ses parts à la Banque Populaire et la Caisse d'Epargne-BPCE), Oneytrust a tiré parti de son savoir-faire historique, à savoir la lutte contre la fraude des moyens de paiements, pour se positionner depuis trois ans sur le « profilage ». Depuis avril, elle teste une nouvelle version de sa solution Score, permettant d'évaluer l'indice de confiance que l'on peut accorder à une transaction.

Une sorte d'enquêteur virtuel en ligne analyse non seulement de façon express le comportement d'achat mais également l'historique, l'adresse, la cohérence du contenu du panier, etc. « Nous avons orienté nos technologies vers la validation de l'identité (qui ne se limite pas à un nom et un prénom mais bien un large ensemble de données) pour diviser par quatre les risques de fraude aux retours », poursuit William Ben Chemouil.

Une data primordiale

« Nous sommes en outre aujourd'hui les seuls à posséder une base de données mutualisée entre tous nos clients e-commerçants. Ces informations nous permettent de rendre le parcours d'achat plus difficile pour les éventuels fraudeurs, en limitant les envois proposés ou en déclenchant un contrôle humain par exemple », avance Audrey Defaix, chef du service marketing et communication d'Oneytrust.

Alors que la majeure partie des acteurs du marché sont aujourd'hui spécialisés dans la sécurisation du paiement ou la gestion des remboursements, Oneytrust a donc une longueur d'avance, « forts de notre ADN de retailer », souligne son DG. Car au-delà du de l'intelligence artificielle, indispensable pour absorber la masse des transactions, la guerre aux fraudeurs se joue sur le champ de bataille de la data.

Marché en croissance

D'autres acteurs, historiquement positionnés sur la sécurisation des paiements, se positionnent aujourd'hui également sur ce profilage des fraudeurs. Monext a mis au point la solution Fraud Management qui permet de bloquer les comportements suspects grâce à des données archivées de clients. « Le module vous permet de gérer vos paramètres en toute autonomie et pour une analyse en temps réel : profil client, moyen de paiement, commande, livraison, email, adresse IP, appareil, historique, etc. », dévoile Monext, qui donne ainsi une large autonomie au client (sachant qu'il propose aussi la prise en charge du pilotage anti-fraude).

Dalenys, solution de Natixis Payments (filiale du groupe BPCE, 2e groupe bancaire en France), est aujourd'hui à même de proposer une analyse fine des cas de fraude et des données de paiement. « Une équipe dédiée d'experts anti-fraude passe à la loupe toutes les données. Grâce à un moteur de règles optimisé en continu, nous adaptons la gestion de la fraude à vos spécificités business », explique l'entreprise.

Chez IBM Europe, l'enquêteur humain est également épaulé par des outils informatiques, comme ceux d'i2 Analyst Notebook : il s'agit alors d'investiguer tous les réseaux pour identifier les connexions et les modèles cachés dans les données. Ou comment passer de l'élément de preuve pour en ériger une théorie ou identifier un fonctionnement.

Toujours la faille humaine

Pour Tilkal, spécialiste de la traçabilité des chaines d'approvisionnement, la fraude aux retours n'est que la partie émergée de l'iceberg. « Elle met en exergue les nombreux vides qui existent dans la chaine d'approvisionnement : quand il est question de rappeler des produits impropres à la consommation, personne ne sait où aller les chercher, cela pose la question de la fiabilité de l'ensemble de la chaine de valeur », avance Matthieu Hug, CEO de Tilkal.

Le fraudeur continuera-t-il à aller plus vite que la machine ? « Aujourd'hui, la moindre petite information se vend beaucoup plus cher qu'une simple carte bleue sur le darkweb », conclut Audrey Defaix, chef du service marketing et communication d'Oneytrust. « Ce qui compte pour les fraudeurs aujourd'hui, c'est de trouver une identité neuve ou alors de réussir à hacker un compte client qui a de l'ancienneté ». Histoire que la machine ne puisse justement pas le débusquer.

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Commentaires 7
à écrit le 08/09/2021 à 10:46
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"Conséquence de paiements de plus en plus sécurisés" Où quand la sécurité génère l'insécurité mais bon c'est vieux comme le monde. Merci internet de mettre en perspective tout ce que la finance cache sous le tapis depuis des décennies. Ben ouais j'av...

à écrit le 07/09/2021 à 21:03
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Tout est bon pour modifier ou infléchir un comportement d'achat, les boutiques en dur manquent au gouvernement ,celles qui payaient impôts fonciers, taxes , ext... en France ! Il est dur de s'apercevoir que l'on a été naïf et que l'on s'est fait...

à écrit le 07/09/2021 à 19:32
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Si l'emballage était plus résistant , ça éviterait déjà beaucoup de retours La casse transport doit être la cause majeure d'un eprocédure de retour ( 100% en ce qui me concerne) .

à écrit le 07/09/2021 à 14:13
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Ceci est completement faux, c’est méthode n’existe plus et les sites d’e-commerce ont reussi à éteindre le phénomène des fake retours

à écrit le 07/09/2021 à 14:12
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Ceci est completement faux, c’est méthode n’existe plus et les sites d’e-commerce ont reussi à éteindre le phénomène des fake retours

à écrit le 07/09/2021 à 12:16
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"Un fléau pour le e-commerce..." : vu les bénéfices générés, les faillites des petits commercants engendrés, c'est peut-être exagéré, quand même.

à écrit le 07/09/2021 à 10:53
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Les fraudes au retour sont une fable ... le problème, c'est que les leader de la vente en ligne, celui qui livre le dimanche, font appel à des livreurs indépendants, des automisères ... exploités, très mal rémunérés, fort mal sélectionnés, on les...

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