Mobile : les bots et les assistants virtuels vont-ils tuer les applications ?

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L'environnement est propice au triomphe des bots et des assistants virtuels personnels, tous gonflés à bloc par l'intelligence artificielle.
L'environnement est propice au triomphe des bots et des assistants virtuels personnels, tous gonflés à bloc par l'intelligence artificielle. (Crédits : REUTERS/Valentin Flauraud.)
Les bots conversationnels dans les messageries instantanées comme Messenger ou Whatsapp et les progrès de la reconnaissance vocale pourraient ringardiser, dans un futur proche, la plupart des applications mobiles. Bienvenue dans l’ère "post-app".

Si vous possédez un smartphone, comme 65% des Français d'après le dernier Baromètre du numérique de l'Arcep et de l'Agence du numérique, alors vous avez probablement installé de nombreuses applications. Un glissement de doigts sur l'écran suffit pour vous localiser sur une carte, consulter vos courriels, vos comptes bancaires, surfer sur les réseaux sociaux et les médias. Vous avez probablement aussi installé les applications de quelques sites de e-commerce, de compagnies de transports (taxis, VTC, SNCF...) et quelques jeux pour la route. Bref, l'univers applicatif et sa formidable simplicité vous rendent probablement accro. Personne ne vous jettera la pierre : plus de huit fois sur dix, lorsqu'un consommateur renouvelle son téléphone, il choisit un smartphone, preuve qu'il s'impose dans les usages.

Mais ces applications qui nous ont changé la vie sont-elles si pratiques ? Prenons le cas concret de l'organisation d'une soirée cinéma-restaurant. Aujourd'hui, vous aurez besoin d'utiliser au moins quatre applications. D'abord, celle d'un moteur de recherche ou d'un site comme Allociné, pour choisir le film. Puis celle du cinéma pour acheter la place en ligne. Pour trouver le restaurant, il faudra faire un tour sur l'application de Lafourchette.fr, de TripAdvisor ou l'un de leurs nombreux concurrents, puis réserver. Enfin, pour vous y rendre, une appli de cartographie ou de transports en commun vous indiquera votre itinéraire. À chaque fois, il vous faudra ouvrir une application, puis la refermer ou la placer en arrière-plan, puis chercher la suivante dans votre téléphone voire la télécharger si besoin. Certes, c'est mieux que l'époque de l'annuaire et du téléphone fixe. Mais force est de constater que les applications ont beau être pratiques, elles ne sont pas optimales en terme d'expérience utilisateur.

Les assistants virtuels, le futur de la recherche en ligne

La tolérance des utilisateurs de smartphones envers les applications montre même ses limites. Car les applis cannibalisent la capacité de stockage du téléphone, pompent la batterie à grande vitesse et surchargent l'écran d'accueil. Ainsi, selon une étude de comStore, 65,5% des utilisateurs de smartphones n'en téléchargent plus du tout. Et parmi ceux qui en installent beaucoup, la part des renouvellements du smartphone et du premier équipement est de plus en plus forte. Autrement dit : les utilisateurs, notamment les 18-24 ans, chez qui le décrochage est le plus fort, ont fait le tour de la magie des applis.

     | Lire. Gros embouteillage sur le marché des applications

L'environnement est donc propice au triomphe des bots et des assistants virtuels personnels (VPA), tous gonflés à bloc par l'intelligence artificielle. Apple (avec Siri), Microsoft (avec Cortana), Google (avec Google Assistant) et Amazon (avec Alexa) sont tous déjà dans les starting-blocks. Leurs assistants personnels, intégrés dans les différents devices dont les smartphones, ambitionnent, grâce aux progrès de plus en plus impressionnants de la reconnaissance vocale et du deep learning (apprentissage continu) d'interagir avec le consommateur de manière presque organique. Ils peuvent jouer de la musique, régler l'alarme, écrire un pense-bête, streamer des podcasts, jouer des audiobooks, effectuer des recherches sur un trajet, la météo ou encore l'actualité...

Microsoft vient même d'accomplir une avancée majeure en intelligence artificielle en créant un système capable de reconnaître la voix aussi bien qu'un professionnel humain. Avec l'émergence de la maison connectée, ou smart home, qui risque d'être à terme dominée par ces mêmes géants du Net (lancement récent de Google Home, d'Amazon Echo et d'Apple Home, qui visent à piloter tous les objets connectés depuis le smartphone), l'assistant virtuel pourrait bouleverser la recherche en ligne et modifier drastiquement notre façon d'utiliser le smartphone.

Les bots sur les messageries instantanées vont rendre beaucoup d'applis obsolètes

Les bots, les robots électroniques intelligents, pourraient achever de rendre les applis obsolètes en transformant les messageries instantanées comme Messenger, Whatsapp, Vine ou encore Telegram, entre autres, en véritables plateformes de services.

Les messageries occidentales paraissent d'ailleurs à la traîne par rapport à leurs concurrentes asiatiques. Sur WeChat, propriété du chinois Tencent, ou sur le japonais Line, les utilisateurs peuvent déjà tout faire ou presque via leur messagerie instantanée. Car les bots, eux aussi de plus en plus intelligents, répondent automatiquement aux messages de l'utilisateur, réinventant au passage la relation entre les marques et leurs clients. Commander un taxi ou un VTC, réserver une table au restaurant, acheter des produits et les payer, discuter avec un service client... Tout cela est désormais possible.

Ainsi, pour planifier la fameuse soirée ciné-restaurant, plus besoin de naviguer entre les applis. Des bots sur Messenger, par exemple (et bientôt sur Telegram, Vine et Whatsapp), pourront vous proposer un film en fonction de vos envies et de vos goûts (merci les données personnelles que vous disséminez depuis des années sur Facebook), payer la place avec votre carte bancaire, trouver et réserver un restaurant, et vous indiquer le trajet. Le tout en quelques questions-réponses.

Pour Stéphanie Baghdassarian, de Gartner, le passage à l'ère post-app marque l'avènement des interactions "intégrées":

"On va bientôt se rendre compte que l'ère des applications n'était qu'une étape. Nous vivons dans le royaume du contenu, mais les applications sont des contenants. L'ère post-app qui s'ouvre permet de passer des interactions en silos à des interactions beaucoup plus fluides. Les utilisateurs devraient y trouver un gain d'usage, mais les éditeurs d'applis devront accepter de renoncer à leur relation directe avec leurs utilisateurs au profit de la plateforme"

Post-app

Facebook, très bien placé dans l'ère post-app

L'analyse du rapport qu'entretiennent les Millennials avec la technologie confirme que les applications sont condamnées à décliner. Selon Gartner, qui vient de publier une étude sur sujet, les moins de 25 ans attendent que les services en ligne qu'ils utilisent anticipent leurs besoins et qu'ils travaillent les uns avec les autres.

Le chinois WeChat, qui a compris le formidable potentiel des bots avant tout le monde, dès 2013, est l'exemple à suivre. Du côté occidental, c'est Facebook qui parait le mieux placé pour devenir, grâce à Messenger, la plateforme de référence de l'ère post-app. Le réseau social, qui vient de lancer Instant Games pour enfermer encore plus ses utilisateurs dans son écosystème, jouit d'une popularité inégalée, 1,79 milliard de membres, dont 1 milliard sur Messenger. Depuis avril, Facebook a autorisé les développeurs à créer des bots conversationnels sur Messenger.  A l'image de celui de Voyages SNCF:

Bot SNCF

En six mois, 33.000 bots ont été lancés sur Messenger, au service des marques qui y voient une formidable opportunité. Pour l'heure, l'usage n'est pas encore mature. Mais Messenger rêverait de devenir le WeChat occidental, autrement dit la "porte d'entrée du web" des mobinautes.

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