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Snapchat : les raisons d'un plus bas historique en Bourse

Photo de Sylvain Rolland

Sylvain Rolland

Publié le 02 août 2017 à 12:20 - Mis à jour le 02 août 2017 à 12:20

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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La valeur de l'action Snap, le réseau social des Millennials, a atteint mardi soir son plus bas historique en Bourse, à 13,10 dollars, loin de son record de 27 dollars début mars. Plusieurs facteurs expliquent ce niveau bas, qui est amené à durer dans les prochaines semaines.

Cela fait déjà un petit moment que la lune de miel est terminée sur les marchés pour Snap, la maison-mère du réseau social Snapchat. Mais cinq mois après son introduction en Bourse triomphante sur le New York Stock Exchange (NYSE), la messagerie mobile des Millennials créée par Evan Spiegel et Bobby Murphy entre officiellement dans une grosse période de turbulences.

Mardi 1er août, l'action Snap a chuté de plus de 4%, à 13,10 dollars l'action, ce qui constitue son plus bas niveau historique (-44% depuis son premier jour de cotation). Sa valeur est déjà très loin du record de 27 dollars atteint le 3 mars, au lendemain de son introduction fixée à 17 dollars. Le signe d'une défiance profonde des investisseurs. Même Twitter, qui fait pourtant office d'épouvantail avec sa trajectoire boursière catastrophique (l'action vaut aujourd'hui à peine un peu plus de 16 dollars, contre 41 lors de son IPO en novembre 2013), n'avait pas chuté si vite.

   | A lire "Snapchat n'est pas un bon investissement à long-terme"

Exclusion de l'indice S&P 500

Les raisons de la chute en Bourse de l'action Snap sont nombreuses. D'après les analystes, la brutalité de la baisse s'explique d'abord par l'annonce de la modification des règles pour intégrer l'indice S&P 500, effective à partir du 1er août, qui exclut de fait Snap. Le célèbre indice boursier, qui se veut plus regardant sur la gouvernance des sociétés, a décidé de ne plus accepter d'entreprises qui émettent plusieurs catégories de titres.

Or, c'est précisément le cas de Snap. Pour garder le contrôle de l'entreprise, ses fondateurs Even Spiegel et Bobby Murphy ont eu recours à un montage jusqu'alors inédit lors d'une IPO. Les nouveaux investisseurs post-IPO ne peuvent acquérir que des actions de classe A, sans aucun droit de vote. Seuls les fondateurs et les investisseurs historiques peuvent acheter des actions de classe B, livrées avec un droit de vote par titre. Enfin, les deux fondateurs se réservent les actions de classe C, qui donnent droit à 10 vote par action.

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La méthode avait été vertement critiquée, car elle empêche les nouveaux investisseurs d'avoir leur mot à dire sur la gouvernance de l'entreprise. De nombreux analystes estimaient même que Snap contrevenait aux principes de la démocratie actionnariale, résumant l'investissement dans le réseau social à "l'achat d'un ticket pour le grand 8".

Cela n'avait pas empêché Snapchat de réussir son IPO. Mais la décision de l'indice S&P 500 porte un coup à l'entreprise, car beaucoup d'investisseurs privilégient l'investissement dans des indices plutôt que dans des stocks individuels. Snap n'est pas non plus éligible pour le FTSE Russell, un indice majeur au Royaume-Uni, pour la même raison.

Fin de la période de "lockup"

Cette décision coïncide avec la fin de la période de "lockup", c'est-à-dire le délai légal après l'introduction en Bourse qui empêche les actionnaires historiques de l'entreprise de revendre leurs titres.

La levée de la restriction entraîne traditionnellement une augmentation importante du volume des échanges et un afflux important de titres mis sur le marché, ce qui se caractérise par une baisse du cours. Snap, comme d'autres avant lui, n'a pas dérogé à la règle. Le volume de transactions a atteint son plus haut niveau depuis dix semaines.

La confiance des investisseurs en berne

Si le volume des échanges a été si important, c'est aussi parce que depuis son IPO, Snap a déjà perdu une partie de la confiance de ses investisseurs. Ses premiers résultats trimestriels, publiés en mai, ont fortement déçu les actionnaires. L'action avait dégringolé de 25% suite à la publication pour revenir au niveau du prix d'introduction, à un peu plus de 17 dollars. Snap en subit toujours les conséquences sur les marchés.

     | Lire aussi Snapchat : fin de l'euphorie en Bourse

Ainsi, au premier trimestre, Snapchat ne dégageait que 149,6 millions de dollars de chiffre d'affaires, soit 10% de moins qu'au trimestre précédent, alors que les analystes attendaient 158 millions de dollars. Plus grave : la croissance du nombre d'utilisateurs montrait déjà des signes d'essoufflement, avec 166 millions d'utilisateurs actifs par mois, soit une petite progression de 5% par rapport au trimestre précédent. La raison vient surtout de l'offensive d'Instagram contre Snapchat. Le réseau social aux 600 millions d'utilisateurs mensuels, détenu par Facebook, reproduit les unes après les autres les fonctionnalités qui font le succès de Snapchap, mais avec davantage de succès puisque les "stories" d'Instagram attirent désormais plus d'utilisateurs que Snapchat lui-même.

Enfin, le modèle économique de Snapchat reste un immense point d'interrogation pour ses investisseurs, qui craignent un destin "à la Twitter", c'est-à-dire une incapacité à devenir rentable. Au premier trimestre, sa perte nette a atteint un nouveau record, à 188 millions de dollars hors événement exceptionnel, contre 152 millions au quatrième trimestre 2016. Et la société peine à rassurer sur sa stratégie. Elle se définit comme une "entreprise de l'image", mais peine écouler les lunettes connectées Spectacles (60.000 exemplaires vendus au premier trimestre). Les investisseurs ne perçoivent pas non plus la stratégie derrière le rachat de plusieurs startups, à commencer par le français Zenly, acquis en juin pour plus de 250 millions de dollars, et aussi deux fabricants de drones.

     | Lire aussi L'ascension fulgurante du français Zenly, racheté par Snapchat

L'hémorragie risque de se poursuivre

L'action Snap pourrait ne pas encore avoir touché le fond. L'entreprise doit publier le 8 août des résultats trimestriels du 2è trimestre qui s'annoncent de tous les dangers. Si les analystes estiment que l'entreprise pourrait battre leurs attentes, celles-ci ne sont pas très élevées. La progression du nombre d'utilisateurs sera scrutée à la loupe.

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Après la publication des résultats, le cours de Bourse pourrait encore tanguer lorsque les employés auront enfin le droit eux aussi de céder leurs actions, à la mi-août. D'après JP Morgan, environ 800 millions de titres seront alors mis sur le marché.

Sylvain Rolland

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