RFI, France 24, TV5 Monde : la réforme de l'Audiovisuel extérieur de la France jugée « coûteuse et chaotique »

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Alain de Pouzilhac, ex-PDG de l'AEF et Christine Ockrent, ancienne directrice déléguée Copyright REA
La Cour des comptes revient sur la réunion des trois entités de l'audiovisuel extérieur de la France au sein d'un même groupe, jugeant qu'elle a coûté 100 millions d'euros de plus à l'Etat au lieu de générer des économies. Elle remet en cause le rôle et la gestion de ancien président Alain de Pouzilhac.

A côté, le bilan du plan des aides à la presse de Nicolas Sarkozy paraît presque positif. Gestion désastreuse, réforme chaotique et coûteuse, la Cour des Comptes n?a pas eu de qualificatifs assez fort pour dire tout le mal qu?elle pensait de l?Audiovisuel extérieur de la France, qui coiffe les trois entités audiovisuelles publiques censées représenter la France à l?étranger, RFI et France 24 désormais fusionnés, et TV5 Monde. Faisant le service après vente d?un rapport publié en 2009 dans lequel elle demandait à que le pilotage de l?AEF soit clarifié, la Cour constate que ses recommandations sont restées lettre morte.

Alain de Pouzilhac s'est opposé à deux contrats d'objectifs et de moyens

Elle tire donc à boulet rouges sur la gestion de l?ancien PDG de l?AEF, Alain de Pouzilhac, dont les conflits récurrents avec l?ancienne directrice générale déléguée du groupe, Christine Ockrent, ont pollué la vie de l?entreprise. Principal reproche, Alain de Pouzilhac a bloqué deux contrats d?objectifs et de moyens de l?entreprise proposés par les autorités de tutelle, censés pourtant fixer le cadre et les budgets de la nouvelle entité publique. Si l?ancien PDG était en faute, l?Etat doit aussi prendre sa part de responsabilité dans la mesure où il n?a pas « tiré les conséquences normales du blocage », en se séparant d?un PDG qui ne partageait pas sa vision de l?entreprise.

D?autant que les plans d?affaires présentés par l?AEF ? et donc par son ancien président ? étaient « irréalistes ». Ainsi, en 2008, l?AEF espérait une hausse de ses « ressources propres » de 113% entre 2009 et 2013, grâce au développement de la publicité et la diversification. Las, outre la crise, le travail de la régie de France Télévisions a été pollué par des négociations difficiles menées en parallèle avec AEF. De fait, la régie de France Télévisions devait prendre en charge l?intégralité de la publicité de l?Audiovisuel Extérieur, mais cela n?a pas été le cas. Et l?AEF a finalement conservé en interne la régie de RFI.

Du coup, l?AEF a révisé drastiquement ses ambitions à la baisse, passant de 26 millions de recettes en 2012 et 39 en 2013, à 9 millions en 2012 et 19 millions en 2015. Et l?avenir n?est pas plus assuré aujourd?hui. Pour 2013, AEF n?a plus de minimum garanti signé avec la régie. Ce qui ne l?empêche pas de faire des prévisions très ambitieuses. Le groupe a prévu 5,8 millions d?euros de recettes pour France 24. Un objectif a priori irréalisable dans la mesure où la chaîne a engrangé l?an passé à peine 2,1 millions d?euros.

Les surcoûts des restructuration

A ces plans d?affaires fantaisistes s?ajoutent des surcoûts liés aux plans sociaux menés chez RFI. La radio a mis en ?uvre deux plans de départs, qui ont allégé les effectifs de 317 personnes au total pour un coût global de 65,3 millions d?euros, soit plus de 200.000 euros en moyenne versés à chaque partant. Au final, AEF, dont la création devait permettre de faire des économies, a coûté plus cher que prévu, le financement de l?Etat n?ayant cessé de croître pour passer de 292 millions en 2008 à 372 millions en 2011, soit 100 millions d?euros en plus des dotations annuelles. Et si la Cour ne remet pas en cause explicitement le coup d?arrêt à la fusion des rédactions de RFI et de France 24, finalement actée par la ministre de la Culture Aurélie Filippetti, elle souligne ses conséquences financières, à savoir un surcoût de 3,5 millions d?euros. Si l?audience des chaînes a augmenté, c?est donc au prix d?un surcoût insupportable.

Pour l?avenir, la Cour recommande d?abord de désigner le ministère des affaires étrangères comme le responsable de la tutelle de l?AEF, avec comme première priorité la mise en place d?un contrat d?objectifs et de moyens, tels qu'en ont tous les groupes audiovisuels publics. Elle souhaite aussi que le groupe poursuive ses efforts en termes de synergies « sans exclure le domaine éditorial ». Une recommandation qui concerne donc les deux rédactions de France 24 et de RFI.

 

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Commentaires
a écrit le 12/02/2013 à 22:52 :
qu est ce qui fonctionne bien dans ce pays ?

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