Le fondateur et propriétaire d’Iliad (Free) renforce son contrôle sur le quotidien. La manœuvre intervient en plein débat sur la concentration des médias.Sacré timing. Alors que la concentration dans les médias au main de quelques grandes fortunes industrielles n'a jamais autant fait débat, Xavier Niel vient renforcer son emprise sur Le Monde. Comme l'a annoncé le groupe ce mardi, le banquier d'affaires Matthieu Pigasse a revendu au propriétaire et fondateur d'Iliad (Free) la quasi-totalité de ses parts dans la société Le Nouveau Monde (LNM). Xavier Niel met ainsi la main, pour un montant qui proche de 35 millions d'euros selon La Lettre A, sur 49% de son capital. Il se situe au même niveau que le magnat tchèque de l'énergie Daniel Kretinsky. Matthieu Pigasse, lui, en conserve 2%.
Dans son communiqué, le groupe Le Monde précise que ce rachat s'est fait « en plein accord avec Matthieu Pigasse et Daniel Kretinsky ». LNM est simultanément devenue « une société en commandite simple », dont Matthieu Pigasse est « l'unique associé et gérant commandité », l'opération n'entraînant « pas de changement de contrôle » de cette société.
LNM est l'un des actionnaires de la société Le Monde libre (LML), qui constitue elle-même « l'actionnaire de référence » du groupe Le Monde, dont elle détient 72,5% du capital, avec pour associés commandités Matthieu Pigasse et Xavier Niel, et dont ni le capital ni le contrôle ne sont modifiés. « Xavier Niel s'est par ailleurs engagé à ce que tous les titres de LML qu'il détiendrait, directement ou indirectement, soient apportés au Fonds pour l'Indépendance de la Presse, fonds de dotation créé l'an dernier », rappelle le communiqué.
Une « hyper-concentration » qui inquiète
Cette opération intervient alors que jamais la consolidation du secteur des médias aux mains de quelques milliardaires n'a jamais autant inquiété le grand public et le pouvoir politique. Une commission d'enquête du Sénat auditionne, en ce moment même, tous les tycoons des médias. Elle s'interroge sur les conséquences de cette « hyper-concentration » sur le pluralisme, l'indépendance des journaliste, et le bon fonctionnement de la démocratie. Et ce dans un contexte électrique de course à la présidentielle.