Polémique au CNNum, Marie Ekeland priée d'éjecter la militante "antiraciste" Rokhaya Diallo

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Marie Ekeland, la nouvelle présidente du Conseil national du numérique.(CNNum).
Marie Ekeland, la nouvelle présidente du Conseil national du numérique.(CNNum). (Crédits : LeWeb)
La présence de l'écrivaine et journaliste Rokhaya Diallo, connue pour ses positions controversées sur le "racisme d’État", et du rappeur et entrepreneur Axiom parmi les experts du nouveau Conseil national du numérique (CNNum), crée la polémique. Marie Ekeland, la nouvelle présidente, doit revoir sa copie.

Voilà qui devrait raviver les critiques sur l'indépendance réelle du Conseil national du numérique (CNNum) vis-à-vis du gouvernement. Après s'être glorifié d'avoir laissé -"ce qui est inédit"- la nouvelle présidente de la commission consultative, Marie Ekeland, choisir en toute indépendance les 29 autres experts qui la composent, le secrétaire d'État au Numérique, Mounir Mahjoubi, lui a demandé mercredi 13 décembre au soir de revoir sa copie :

"Eu égard à l'ampleur des enjeux qui sont les siens, le Conseil National du Numérique a besoin de sérénité pour travailler, et les derniers échanges sur la composition du Conseil soulignent que ces conditions ne sont pas pleinement réunies. J'ai donc demandé à la Présidente du CNNum de proposer une nouvelle composition du Conseil", a-t-il expliqué dans un communiqué de presse.

La militante antiraciste Rokhaya Diallo éjectée, le rappeur Axiom attaqué

En cause, une polémique sur deux des 29 choix de Marie Ekeland : la militante féministe et antiraciste Rokhaya Diallo, et le rappeur Hicham Kochman, dit "Axiom". C'est surtout la première qui pose problème à Matignon et à l'Élysée. L'écrivaine et journaliste, également chroniqueuse dans l'émission de Cyril Hanouna Touche pas à mon poste, est connue pour ses positions à contre-courant sur le "racisme d'État". Elle a également dénoncé un "racisme ancré à gauche" concernant notamment le voile islamique, dans une interview donnée en novembre au média Regards.

Sa nomination a ému au gouvernement, dans l'opposition, sur Twitter, dans l'écosystème numérique, et même, selon nos informations, parmi certains autres membres du nouveau CNNum, qui ont fait part de leurs inquiétudes à Marie Ekeland. La députée Valérie Boyer, nouvelle secrétaire générale adjointe de LR, a écrit mardi 12 décembre une lettre au Premier ministre Édouard Philippe, relevant des "contradictions" de la part du gouvernement. "Vous mettez en avant Rokhaya Diallo qui parle de "femmes racisées" et le rappeur Axiom qui associe les Français à des "porcs' ", écrit-elle. Ce dernier s'est défendu et a annoncé avoir saisi son avocat pour donner "la suite judiciaire qu'il mérite" au courrier de Valérie Boyer. D'après nos informations, le gouvernement a uniquement demandé le remplacement de Rokhaya Diallo. Si d'autres personnes venaient à être remplacées par Marie Ekeland, par exemple le rappeur Axiom, "ce ne serait pas du fait du gouvernement", indique-t-on.

Rokhaya Diallo a aussi confirmé sur Twitter que sa nomination n'était "plus à l'ordre du jour". Et dénoncé l'hypocrisie du gouvernement:

Indépendance de façade du CNNum ?

La polémique sur l'indépendance du CNNum vis-à-vis du gouvernement agite le milieu du numérique français depuis plusieurs années. En cause : le processus de nomination des membres, qui, par décret, revient à l'exécutif, et aussi ses positions, très marquées à gauche. Sous François Hollande, le CNNum alors dirigé par Benoît Thieulin puis Mounir Mahjoubi, était régulièrement accusé par la droite et par des fédérations professionnelles comme Tech in France d'être "le bras armé" du gouvernement. Ses positions, comme sur la défense du chiffrement, la promotion du logiciel libre ou la volonté de réguler le secteur du numérique, ont alimenté le débat sur la représentativité réelle du CNNum, censé incarner toutes les sensibilités -y compris libérales- du milieu du numérique français.

Pour l'ancien président Benoît Thieulin, qui figure parmi les 30 nouveaux membres, cette attaque est infondée. "L'indépendance du CNNum ne se juge qu'au travers de ses prises de positions. De mon temps je crois qu'on l'a suffisamment prouvé", indique-il à La Tribune en faisant référence, entre autres, à la vive opposition sur la loi Renseignement de 2015. Même récemment, le CNNum n'a pas hésité à voler dans les plumes du gouvernement.

Lire aussi : Lutte antiterroriste: le CNNum dénonce la « spirale sécuritaire infernale » de la France

Le secrétariat d'État au Numérique n'avait pas de problème avec Rokhaya Diallo

En revanche, la polémique actuelle souligne que, si les membres du CNNum peuvent travailler en toute indépendance, leur nomination reste conditionnée au bon vouloir du gouvernement, alors que Mounir Mahjoubi avait affirmé le contraire:

"Nous avons souhaité, par souci de bonne gouvernance et afin que le débat démocratique puisse avoir lieu, que le Conseil puisse agir en indépendance, compte tenu de l'importance des sujets à traiter. Dans ce contexte, la présidente du Conseil a pu, ce qui est inédit, composer son équipe, en intégrant des points de vue dont certains peuvent être différents de ceux du gouvernement", a souligné le secrétariat d'État au Numérique.

En réalité, les 30 noms ont bien été soumis à un "circuit de validation" en haut lieu. "La composition n'a jamais été faite autrement que par le gouvernement en accord avec le président du CNNum. Rien ne change vraiment en l'occurrence", ajoute Benoît Thieulin. En revanche, le secrétariat d'État au Numérique n'avait pas émis d'objection à la présence de Rokhaya Diallo:

"Nous n'avions pas de problème avec elle, nous n'étions pas remontés aussi loin dans son historique, indique-t-on dans l'entourage de Mounir Mahjoubi. Mais, compte tenu de l'importance des enjeux autour du numérique et des nombreux messages d'inquiétude remontés à Marie Ekeland et au gouvernement, il faut que le CNNum puisse travailler dans la sérénité et que son message ne soit pas brouillé par la présence d'une personnalité polémique."

La nouvelle composition du CNNum sera annoncée la semaine prochaine.

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Commentaires
a écrit le 16/12/2017 à 18:51 :
Après Taubira , Diallo , à quand Joe Starr, ministre de l'intérieur . Cette société , c'est vraiment n'importe quoi , les communiquants ont pris le pouvoir !!!
a écrit le 15/12/2017 à 12:16 :
Je rappellerai simplement que Mme Diallo avait été choisie par la présidente du conseil et en première instance approuvée par le gouvernement.

Jusque là rien de bizarre, le CNNum est une instance chargée de rendre des avis purement consultatifs, et à ce titre il est plutôt sain qu'elle soit indépendante et plurielle. Ça n'aurait aucun intérêt d'avoir un conseil qui serait constitué de lèches bottes fonctionnant tous selon le même logiciel mental que l'équipe gouvernementale.

Mme Diallo est diplômée Master en marketing et distribution dans l’industrie audiovisuelle, écrivain, journaliste et réalisatrice. Elle est aussi qualifiée et plus expérimentée en contenu numérique que la moitié des autres membres du conseil qui sont soit des geeks boutonneux, soit des financiers rapaces de l'économie numérique.

Manifestement avoir une femme noire engagée dans la lutte contre le racisme pose des problèmes à certains de ces membres qui sont aussi d'anciens collègue de Mahjoubi au CNNum et ils ont eu sa peau.

Ce qui pose un vrai problème de crédibilité en indépendance et en pluralité du Conseil.
Réponse de le 15/12/2017 à 16:19 :
Si ce que vous dites est «  juste »
C’est polémique est encore un phénomène très bizarre... si tout le monde est en accord
Ou est le problème ?
Le gouvernement approuve : ou est le problème alors : je ne comprends pas.
Réponse de le 15/12/2017 à 19:05 :
Le problème c'est que si le gouvernement avait voulu accréditer la thèse du racisme d'état (que personnellement je ne soutiens pas), il n'aurait pas agit autrement.
a écrit le 15/12/2017 à 10:24 :
Encore une machinerie payée par nos impôts et qui ne sert souvent qu'à placer des incompétents et des copains et qui ne sert absolument a rien, sinon a faire croire aux médias que les gouvernants agissent .
a écrit le 14/12/2017 à 19:42 :
Avec de tels "experts" qui n'ont évidemment ni compétences juridiques ni compétences techniques, il est plus qu'évident que le CNNum ne sert pas à grand chose. Le mieux est de liquider cette danseuse de la république.
Réponse de le 15/12/2017 à 6:21 :
Je suis d’accord avec «  vous »
Il faut une concertation publique et ouverte à tous et toutes( plateforme public) et avec l’encadrement des experts non politisés et objectifs(juristes , experts en numériques avec casiers vierges ( pas des harckers...))
Cette organisation ne sert à rien.
Je trouve que MDiallo est allée un peu fort :
C’est vrai qu’il y a eu et il y aura des courants des mouvements de rejets d’autres personnes dans les états : ça existe partout dans le monde , mais c’est pas de cette manière qu’on combat le rejet des autres ...
A mon sens : il faut pas descendre au niveau des gens qui rejettent les autres par des préjugés ou par la haine, c’est un sujet trop important pour pas le mélanger à la transition numérique qui nous impose et avec le risque de perdre 50% des emplois en France.
a écrit le 14/12/2017 à 19:39 :
C'est qui Marie Ekeland , à partir une financière , elle ne représente rien , les grosses levées de fond se sont fait aux USAs via le Y combinator ... ??? Sérieusement, les spécialistes du numériques en France , on les connait ce sont les success stories de ces 25 dernières années dans le secteur en France et si on écarte les boites d'interim que sont les ssii , ils se comptent sur les doigts des 2 mains ... et en rajoutant les directions techniques , on arrive à tout casser à 100 personnes . Quant à Mme Dialo, à part accuser les français de racistes , elle sait faire quoi , elle va nous expliquer que dans les startups , il y a trop de blancs ?
a écrit le 14/12/2017 à 17:57 :
Ce qui me choque toujours c'est le terme commission indépendante, elles ont quoi d’indépendantes ces commissions ? indépendant du vote des citoyens ? oui c’est sur mais dans ce cas ça n'a rien de positif , c'est un lobby d’intérêts .
a écrit le 14/12/2017 à 17:27 :
"Marie Ekeland, choisir en toute indépendance les 29 autres experts qui la composent"

C'est qui les autres ?
a écrit le 14/12/2017 à 17:06 :
J'aurai aimé savoir si les autres membres avaient une compétence dans le domaine? Ça doit être trop demander au journaliste.
a écrit le 14/12/2017 à 15:52 :
La vraie question est de savoir en quoi Mme Diallo et M. Axiom ont une quelconque valeur ajoutée dans ce CNNum. Parce qu'ils utilisent les réseaux sociaux pour donner leur opinion ?
a écrit le 14/12/2017 à 15:50 :
"L'écrivaine et journaliste, également chroniqueuse dans l'émission de Cyril Hanouna Touche pas à mon poste,"

Non mais par delà toute considération politique on a besoin de gens sérieux et surtout pas de clowns qui vont s’exhiber dans les émissions les plus vulgaires et stupides du paf français qu'il soit hein, merci.

Erreur de casting donc oui c'est flagrant là mais on reste dans le niveau intellectuel des lrem désespérément au ras des pâquerettes là. Vous avez vu les députés, les ministres et le président lrem ? Pas étonnant qu'ils choisissent des collaborateurs de leur niveau et que du coup régulièrement ça coince.

Au secours
a écrit le 14/12/2017 à 15:20 :
Sans commentaire.
Réponse de le 14/12/2017 à 15:47 :
Ben moi j'avais commenté.... et ça a disparu. Probablement pas en ligne avec la ligne du parti.

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