Les tribulations d’Orange pour servir les "gamers" de La Réunion

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Grâce aux serveurs sud-africains, les gamers de La Réunion bénéficient d'une latence comprise, selon Orange, entre 40 et 50 millisecondes, contre près d'une demi-seconde auparavant.
Grâce aux serveurs sud-africains, les "gamers" de La Réunion bénéficient d'une latence comprise, selon Orange, entre 40 et 50 millisecondes, contre près d'une demi-seconde auparavant. (Crédits : Reuters)
Depuis mardi, l’opérateur historique permet aux "gamers" de l’île de se connecter à des serveurs sud-africains, et ainsi de jouer, à leur immense soulagement, en ligne dans de meilleures conditions.

Jean-Luc Vuillemin n'en revient pas. Depuis deux jours, le directeur des réseaux et des services internationaux d'Orange reçoit des salves de messages de remerciements et de félicitations de "gamers" de La Réunion sur Twitter. "Merci infiniment !", claironne l'un d'eux, qui juge qu'il restera "clairement dans les livres d'histoire" ! Pourquoi ces mots enflammés ? Parce que depuis mardi, les fans de jeux vidéo de l'île sont directement connectés, grâce aux travaux d'Orange, à des serveurs situés en Afrique du Sud. Et pour ces passionnés de jeux en ligne, cela change tout.

Jusqu'alors, le trafic généré par ces "gamers" remontait par des câbles sous-marins jusqu'à Paris, en longeant Madagascar et toute la côte ouest de l'Afrique. Pendant longtemps, il n'existait pas de serveurs dédiés aux jeux vidéo plus près. Résultat : lorsqu'ils jouaient en ligne, les joueurs pâtissaient d'une latence d'un peu moins d'une demi-seconde. Autant dire une éternité, et un désavantage certain pour certains jeux où la réactivité est cruciale pour dézinguer ses adversaires.

Un raccordement complexe

Dans la communauté réunionnaise des "gamers", le sujet est sensible. Certains s'y intéressent de près. Ils ne comprennent pas pourquoi leur trafic doit parcourir un si long chemin, alors que des serveurs de jeux vidéo sont désormais disponibles en Afrique du Sud. La destination est beaucoup plus proche, et permettrait de leur offrir une latence bien meilleure, entre 40 à 50 millisecondes. Estimant qu'il s'agit d'une bonne idée, Jean-Luc Vuillemin promet de faire son possible. "Nous savions que des serveurs commençaient à s'installer en Afrique du Sud, explique-t-il. Le pays se développe, et est devenu, grâce à l'action des Gafa, un lieu d'hébergement important."

Mais l'opération, complexe, s'avère plus longue que prévue à mettre en place. Pour rallier les serveurs de jeux vidéo, lesquels sont situés à Johannesburg, Orange recourt d'abord à des câbles sous-marins. Ils lui permettent d'acheminer le trafic de La Réunion jusqu'à la ville de Mtunzini, sur la côte est de l'Afrique du Sud. De là, un câble de fibre optique est tiré jusqu'à Johannesburg, où Orange dispose d'un point de présence. Il restait, enfin, à connecter ce dernier aux fameux serveurs.

L'impatience des "gamers" réunionnais

C'est là que les choses se sont compliquées. "A Noël et au mois de janvier, il a fallu discuter avec les hébergeurs sud-africains de jeux vidéo pour se connecter à leurs data centers, détaille Jean-Luc Vuillemin. Le problème, c'est que cette période correspond là-bas aux grandes vacances." Orange peine à joindre d'emblée les bons interlocuteurs chez les hébergeurs, mais arrive tout de même à ses fins. Vendredi dernier sur Twitter, Jean-Luc Vuillemin annonce, non sans fierté, que le service est disponible. "Malheureusement, il restait une règle de routage qui bloquait le trafic, raconte le dirigeant. Il nous a fallu deux jours supplémentaires pour régler le problème."

Dans l'intervalle, les "gamers" réunionnais, eux, trépignent.

"C'est vrai qu'ils sont incroyablement passionnés et actifs, constate Jean-Luc Vuillemin. Mon message indiquant que le service fonctionnait a été vu 58.000 fois! Ils sont aussi incroyablement impatients : j'ai reçu jusqu'à 200 messages par jour me demandant où nous en étions ! Certains ne réalisent pas à quel point Internet est un monde compliqué. Nous avons interconnecté cinq réseaux différents, ce n'est quand même pas rien."

Aux yeux de Jean-Luc Vuillemin, l'expérience s'est avérée instructive. "Cela montre qu'aujourd'hui, pour un opérateur télécoms, l'important est moins de créer des liens, des solutions de transits, que de permettre d'accéder de façon optimale aux contenus, affirme-t-il. Je suis très content de cette opération." Les "gamers" réunionnais, eux, sont aux anges.

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