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Technos & MediasTélécoms

Télécoms d’entreprise : comment Kosc s’est retrouvé dos au mur

Photo de Pierre Manière

Pierre Manière

Publié le 10 septembre 2019 à 16:18 - Mis à jour le 10 septembre 2019 à 16:29

Yann de Prince, le président de Kosc.

Yann de Prince, le président de Kosc.

DR

Le Quotidien Numérique

07 juillet 2026

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Embourbé dans un conflit avec Altice, la maison-mère de SFR, l’opérateur cherche des solutions pour se renflouer ou trouver un repreneur.

Kosc est en grande difficulté. Un peu plus de trois ans après son arrivée sur le marché des télécoms professionnelles, l'opérateur a un besoin urgent d'argent frais. Interrogé sur ses difficultés financières, Yann de Prince, le président du groupe ne nie pas les problèmes. « Aujourd'hui, la situation est tendue, affirme-t-il. Nous ne sommes pas en cessation de paiement, mais nous devons prendre des mesures rapides. » Celles-ci passeront, selon lui, soit par une injection d'argent frais de ses actuels actionnaires, soit par l'arrivée d'un nouvel investisseur, soit par un rachat pur et simple de la société par un tiers. Concernant la possibilité d'une vente du groupe, Yann de Prince affirme avoir reçu des marques d'intérêt de plusieurs sociétés. « Nous avons transmis, par l'intermédiaire de la banque Rothschild, un mémo aux acteurs qui nous ont sollicités pour sonder leur appétence », poursuit le dirigeant.

Comment Kosc en est-il arrivé là ? Qu'est-il arrivé à celui qui se rêve, depuis trois ans, comme le futur « Free des télécoms professionnelles » ? Pour le comprendre, il faut remonter à la création de la société. En 2014, Patrick Drahi, le propriétaire de Numericable, signe l'un de ses plus gros coups en rachetant SFR. Mais pour boucler le plus important deal de l'année et décrocher le feu vert de l'Autorité de la concurrence (ADLC), il doit se séparer de certains actifs-clés. Parmi eux, il y a le réseau Internet fixe, d'envergure nationale, de Completel.

  • Lire aussi : Kosc, le nouveau trublion des télécoms d'entreprise

Entrepreneur bien connu du monde des télécoms professionnelles, Yann de Prince est intéressé. Il monte un consortium d'investisseurs (avec notamment le spécialiste du cloud OVH et Bpifrance), lève 24 millions d'euros, emporte la mise et fonde Kosc. A ses yeux, le réseau de Completel est une poule aux œufs d'or. Il doit lui permettre d'accoucher d'un opérateur de gros spécialisé dans la vente de capacité aux opérateurs B2B alternatifs. Lesquels se chargent, in fine, de vendre au détail des offres Internet à très haut débit aux PME. Pour se faire une place sur le marché, Kosc veut casser les prix. Il capitalise aussi sur sa « neutralité ». « Contrairement à Orange et SFR, qui sont à la fois opérateurs de gros et de détail, nous ne serons jamais concurrents de nos clients », claironnait Yann de Prince, dans nos colonnes, en juillet 2016. Kosc bénéficie alors de la bienveillance de l'Arcep, dont le président, Sébastien Soriano, répète qu'il veut en finir avec la domination d'Orange - et dans une moindre mesure, de celle de SFR - sur le marché des télécoms pour les entreprises.

  • Lire aussi : Soriano : « Dans les télécoms d'entreprise, deux acteurs, ce n'est pas assez »
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Mais tout ne s'est pas passé comme prévu. Loin de là. Kosc a essuyé de gros problèmes pour se lancer. Il argue que SFR ne lui a pas transmis en temps et en heure son réseau en bon état de marche. « Notre contrat prévoyait une livraison du réseau au 31 mars 2017, affirme Yann de Prince. Or, à cette date, il n'était pas livré. » De plus, il manquait selon lui des infrastructures essentielles, dont des liaisons longue distance en fibre optique. Interrogé à ce sujet, Altice, la maison-mère de SFR, se refuse à tout commentaire.

SFR tacle Kosc

Mais dans une note d'information destinée aux parlementaires, et à laquelle La Tribune a eu accès, l'opérateur juge qu'il a honoré ses engagements. « SFR a livré à Kosc l'intégralité de son réseau DSL, en parfait état de fonctionnement, comme il s'y est engagé devant l'Autorité de la concurrence, et ce, le 22 avril 2017, quelques jours seulement après la date du 31 mars », lit-on. SFR souligne que ce délai supplémentaire « avait été accordé pour finaliser cette cession en accord avec le mandataire [la société chargée de rendre compte à l'ADLC du déroulement de l'opération, Ndlr] et le service des concentrations de l'Autorité de la Concurrence ».

Dans sa note, SFR affirme que si Kosc n'a pas réussi à activer son réseau tout de suite, il ne peut s'en prendre qu'à lui-même.

« Réseau non allumé pendant des mois, stratégie de déploiement non optimale [...], Kosc a vu apparaître de nombreuses difficultés au moment de son allumage tardif résultant de ses seuls choix industriels, tacle l'opérateur. Kosc a aussitôt et délibérément tenté de reporter ces difficultés sur SFR en lui en faisant porter la responsabilité. C'est ainsi que Kosc a pu insinuer que le réseau livré n'était pas exploitable. Mais la réalité est que le réseau a bien été cédé en parfait état fonctionnel et d'exploitabilité à la date d'échéance du contrat, documents à l'appui. »

« Une enquête foireuse du début à la fin »

Dans la même missive, l'opérateur au carré rouge déplore surtout que Kosc « n'a jamais payé les 15 millions d'euros qu'il doit à SFR » pour son réseau. En décembre 2017, SFR attaque le nouvel entrant au tribunal de commerce pour lui réclamer cette somme, plus 5 millions d'euros de préjudices. Yann de Prince, lui, n'en démord pas : à ses yeux, SFR n'a pas rempli sa part du contrat. Pas question, dans ces conditions, de sortir le chéquier. « Nous n'avons donc payé que 20% du réseau », affirme-t-il. A l'en croire, c'est au contraire SFR qui lui doit de l'argent pour n'avoir pas, selon lui, tenu parole.

Pourtant, vendredi dernier, la ligne de défense de Kosc a été foudroyée... par l'ADLC. L'institution s'était auto-saisie en mars 2018 pour s'assurer que SFR avait bien rempli sa part du contrat. Or d'après elle, « aucun élément ne permet de caractériser le non-respect par Altice France [ex-SFR] de ses engagements relatifs à la cession du réseau DSL de Completel ». Un coup de massue pour Yann de Prince, qui craint que ces conclusions le plombent au tribunal de commerce. Très remonté, il a tiré à boulet rouge, sur Twitter, sur l'institution de la rue de l'Echelle. « L'ADLC blanchit SFR au terme d'une enquête foireuse du début à la fin, canarde-t-il. Le communiqué de presse est un modèle de bullshit => les dés étaient pipés. » Le dirigeant ne compte pas en rester là, et veut saisir le Conseil d'Etat.

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Photo d'illustration (Crédits : DR)

(Crédits: capture d'écran Twitter)

Pour ne rien arranger à la situation de Kosc, certains ont, du moins à les en croire, anticipé cette décision de l'ADLC. Cet été, l'opérateur a sollicité ses actionnaires pour remettre 10 millions d'euros dans la société. Mais l'un d'eux, la Banque des Territoires (qui dépend de la Caisse des Dépôts), a fait faux bond. « Le contentieux avec SFR fait peser un risque financier très grand sur Kosc, a indiqué la Caisse des Dépôts ce vendredi, aux Echos. Nous avons vu la situation se tendre et pensions que la décision de l'ADLC serait défavorable à Kosc. Il nous fallait agir en investisseur avisé. »

À lire également

  • Fibre pour les entreprises : Kosc s’attaque aux grandes villes
  • Télécoms pour les entreprises : Kosc signe un accord avec Orange
  • Kosc, le nouveau trublion des télécoms d’entreprise

Interrogé sur les déboires de Kosc, Sébastien Soriano estime que « l'important, c'est que l'activité continue » même si l'entreprise doit changer de mains. « Notre objectif, c'est d'avoir au moins trois acteurs d'infrastructures permettant d'animer un marché activé concurrentiel, et permettant à tout un tas de petits opérateurs de vendre la fibre », souligne le président de l'Arcep. Aujourd'hui, les abonnements Internet fixe à très haut débit demeurent souvent hors de prix pour les PME. Ce qui constitue un boulet pour leur compétitivité.

Pierre Manière

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