La Tribune

Bankia : l' histoire d'une nationalisation

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Gaëlle Lucas, à Madrid.  |   -  695  mots
La banque issue de la fusion de sept caisses et les autorités espagnoles ont tenté diverses solutions pour éviter l'entrée de l'Etat au capital du groupe madrilène lesté par son exposition insoutenable à l'immobilier. Sans pouvoir éviter la nationalisation.

Bankia sera nationalisée. Le gouvernement de Mariano Rajoy a décidé de trancher le n?ud gordien. La nationalisation de Bankia suit la nomination de José Ignacio Goirigolzarri à la présidence de la banque madrilène à la place de l'ancien directeur du FMI Rodrigo Rato.

Un montant de 4,5 milliards d'euros de dette versée à la banque madrilène par le Fonds public de Restructuration Bancaire (Frob) en 2010 sera ainsi converti en actions. Après cette opération, le ministère de l'Economie contrôlera 45% de Bankia via son entrée au capital de BFA, sa maison mère issue de la fusion de sept caisses d'épargne. Il pourrait y injecter jusqu'à 10 milliards d'euros. C'est le huitième établissement financier nationalisé depuis le début de la crise. Et pour beaucoup, c'est là le dernier acte de la chronique d'une intervention annoncée.

"Too big to fail" malgré près de 32 milliards d'euros d'actifs toxiques

Depuis la décision de sept caisses, dont Caja Madrid, de se fusionner en 2010, nombre de solutions ont été envisagées pour assurer la solvabilité du nouveau groupe. Quatrième banque du pays avec 340 milliards d'actifs et 10 millions de clients, Bankia est en effet « too big to fail ». Or sa situation est explosive : BFA accumule 31,8 milliards d'euros d'actifs immobiliers toxiques, difficiles à assumer par Bankia, dont les résultats sont faibles (304 millions d'euros de bénéfice en 2011) et la rentabilité, basse. Bankia est d'ailleurs notée BBB- et BFA se situe au niveau d'obligation spéculative, à BB- pour Standard & Poor's, qui les a placées en vigilance négative après l'annonce de la nationalisation.

Un premier prêt en 2010

Le groupe avait reçu un prêt de 4,5 milliards d'euros de la part du Frob dès 2010. Mais pour certains, le ver était déjà dans le fruit car les deux principales caisses du groupe, Caja Madrid et Bancaja, figuraient parmi les entités les plus exposées à l'immobilier. A cette fragilité s'ajoutait le poids des politiques, qui contrôlaient les anciennes caisses fusionnées et compliquaient la gestion de Bankia. A cet égard, la direction de Bankia va être renouvelée en profondeur et  "professionnalisée" sous l'impulsion de José Ignacio Goirigolzarri, directeur général de BBVA jusqu'en 2009.

L'entrée en Bourse en juillet 2011

Quand en février 2011, le Gouvernement de José Luis Rodriguez Zapatero impose une hausse du niveau de fonds propres au secteur sous peine de nationalisation, Bankia, qui ne se constitue officiellement qu'en mars 2011, doit trouver des investisseurs privés pour y parvenir. Elle entre en bourse en juillet 2011, en pleine tempête financière, à une décote de 60%.

En novembre 2011, Banco de Valencia, filiale du groupe, est mise sous tutelle par la Banque d'Espagne.

 Le président est évincé

Puis, début 2012, les rumeurs autour d'une possible fusion avec CaixaBank s'intensifient. La banque issue de La Caixa semblant la seule capable d'absorber la caisse madrilène. Dans le secteur, il est dit que le président d'alors de Bankia, Rodrigo Rato, aurait refusé cette option par crainte de perdre son poste de numéro un au profit du président de La Caixa. L'ancien ministre de l'Economie sous José María Aznar posait d'ailleurs problème sur les marchés qui craignaient que son poids au sein du Parti Populaire (PP) de Mariano Rajoy, n'empêche une éventuelle intervention de l'Etat. Sous leur pression ainsi que celle du FMI, et compte tenu du refus de l?auditeur de certifier les comptes de l?entité, le Gouvernement a finalement poussé Rato vers la sortie et pris le contrôle de Bankia.

Une nationalisation controversée

L'intervention l'Etat a été accompagnée d'un vent d'indignation. D'aucuns critiquent le fait que des fonds publics soient versés par milliards à une banque dont la gestion a été défaillante. Parallèlement, les investisseurs de Bankia se sentent trompés : les actions de la banque ont perdu plus de 40% de leur valeur depuis son entrée en bourse il y a dix mois. Enfin, la gestion de la Banque d?Espagne, jugée tardive, est fortement critiquée par certains partis politiques et experts du secteur.
 

 

 

 

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Commentaires

parachaco  a écrit le 11/05/2012 à 9:58 :

pourquoi les espagnols ne prennent pas exemple sur l'Islande ? que les médias ne parlent jamais

Jean-Michel  a écrit le 11/05/2012 à 1:17 :

L'Espagne, un nouvel Irlande ?
Le gouvernement espagnol a demandé aux banques de passer les provisions de 54 à 166 milliards d'euros pour faire face aux pertes à venir. Certains économistes parlent même de 270 milliards d'euros.
http://www.bloomberg.com/news/2012-05-09/spain-underplaying-bank-losses-faces-ireland-fate.html