La Tribune

EADS et BAE Systems vont créer le numéro un mondial de l'aéronautique-défense

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Michel Cabirol et Fabrice Gliszczynski  |   -  754  mots
Les deux groupes vont créer le leader mondial dans le secteur de l'aéronautique et la défense. Pour autant, l'opération est fragilisée par les fuites dans la presse et pourrait ne pas se faire.

C'est un coup de tonnerre dans l'industrie aéronautique et de défense... qui va considérablement bouleverser le paysage mondial de ce secteur, en crise en raison de la contraction des budgets de défense. Le groupe européen EADS et son concurrent et partenaire britannique BAE Systems sont en train de discuter d'une "possible" fusion, qui créerait un géant du secteur comparable au mastodonte américain Boeing, selon un communiqué commun des deux groupes. Les deux réunis pourraient atteindre un chiffre d'affaires de près de 72,3 milliards d'euros (chiffres de 2011) avec 220.000 salariés dans le monde tandis que le groupe américain a réalisé l'an dernier 49 milliards d'euros de ventes. Soit une entité 1,5 plus grosse que Boeing.

Un deal à 60 % EADS, 40 % BAE Systems

Selon les discussions en cours entre les deux groupes, le nouvel ensemble serait détenu à 60 % par les actionnaires d'EADS et à 40 % par ceux de BAE. La France, Allemagne et GB auront une "golden share" dans l'ensemble EADS-BAE. Le groupe européen verserait 200 millions de livres de dividende exceptionnel en cas de fusion avec le groupe britannique. Les deux groupes collaborent déjà dans le programme Eurofighter (avec l'italien Finmeccanica) et sont également actionnaires du missilier MBDA (37,5 % chacun, 25 % Finmeccanica). En cas de réussite de l'opération, le nouveau groupe consoliderait ces actifs en devenant majoritaire.

L'opération fragilisée par les fuites dans la presse

"Tout accord sur un éventuel rapprochement devra être préalablement approuvé, entre autre, par le conseil d'administration d'EADS. Il n'y a aucune certitude quant à la réalisation de cette opération, et une communication sera faite en temps voulu", a précisé EADS dans un communiqué publié en fin mercredi en fin après-midi. Ainsi, selon nos informations, les discussions ont commencé il y a plus de trois mois environ. Ce qui coïncide avec l'arrivée du nouveau président d'EADS, Tom Enders, qui en trois mois a déjà révolutionné le groupe européen (siège social à Toulouse, chaîne d'assemblage de l'A320 aux Etats-Unis et restructuration de la filiale Cassidian). Pour autant, la fuite dans la presse d'un banquier pourrait, selon des proches du dossier, compromettre toutes les négociations, qui repose sur des équilibres. Déjà en bourse, EADS a perdu à la clôture 5,63 % tandis que BAE Systems a gagné 7,02 %. "Cela pourrait mettre en danger les équilibres discutés", estime-t-on au sein d'EADS.

Un groupe révolutionné par Tom Enders

En cas de réussite, Tom Enders et son équipe devrait réaliser la "vision 2020" de Louis Gallois, qui préconise un rééquilibrage des activités civiles et militaires, dès 2012. Cette nouvelle entité réaliserait 53 % du chiffre d'affaires dans le civil et 47 % dans le militaire. Ce qui lui permettrait de mieux amortir les cycles de l'aéronautique civile. Ce nouveau groupe sera en outre mondial, et non plus seulement à dominante franco-allemande : BAE Systems est notamment très implanté aux Etats-Unis, Grande-Bretagne, Australie, Inde tandis que EADS est plus présent en Europe, au Moyen-Orient et en Asie. Le nouveau groupe va toucher tous les marchés et tous les pays. "On est toute l'Europe de la défense", indique-t-on chez EADS. En outre, le groupe renforce sa force de frappe par rapport aux groupes américains. Il était déjà capable de rivaliser - il était au deuxième rang mondial derrière Boeing. Mais là clairement, il passe dans un autre monde.

Timing gonflé ?

Pour autant, le timing est "gonflé" au regard des perspectives des marché de la défense, qui se contractent considérablement. "Il y a des risques. Le Royaume-Uni a annulé des commandes, d'autres pays, dont les Etats-Unis vont suivre. Même si le marché américain de la défense restera toujours le plus gros marché de la planète, rien ne dit que BAE conservera ses parts de marché à l'avenir, d'autant plus si une partie de ses racines sont en France et en Allemagne", explique, à chaud, un analyste. Et d'ajouter : "sur les marchés intérieurs, le risque est en effet de devoir financer la R&D (Recherche et développement) tandis que sur les marchés émergents, le nouveau géant devra composer avec l'agressivité des groupes américains, mais aussi des acteurs locaux. En outre, depuis un à deux ans, BAE Systems est loin de générer le milliard de livres de cash comme il faisait jusque là chaque année. "Beaucoup d'investisseurs qui sont sur EADS ne veulent pas ce scénario", explique un analyste.

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Commentaires

GERARDC27  a écrit le 14/09/2012 à 15:29 :

Cet accord peut se faire mais sans destruction de valeur pour les actionnaires actuels. Et surtout pas avec la parité retenue de 60/40 mais plutôt à 80/20; ce qui compte tenu des perspectives sombres dans la défense semblent plus appropriées.

A bas les anglos!  a écrit le 13/09/2012 à 16:20 :

Que de haine exprimée ici envers les 'anglo-saxons' ! En effet, imaginez l'histoire de la France sans eux? maître de l'Europe sous Napoléon? les tranchées du nord-est vierges de leur sang impur? un régime d'ordre à la francisque? Oui, ce sont bien eux les vrais ennemis !

"Caravelle"  a écrit le 13/09/2012 à 12:57 :

Les plus anciens ont peut-être encore en mémoire le sensationnel accord de commercialisation du biréacteur de Sud aviation avec MacDonnell Douglas. Grâce à l'exclusivité consentie au constructeur américain sur nombre de territoires aucune vente supplémentaire de Caravelle ne fut possible et sa diffusion resta confidentielle... Les Anglais ayant choisi leur camp depuis longtemps sont ils fiables?

Indigné  a écrit le 13/09/2012 à 10:38 :

Si les anglais reviennent dans EADS, c'est sürement sur ordre des américains pour mieux torpiller l'insdustrie aèronautique européenne.

Cameron  a écrit le 13/09/2012 à 8:36 :

30% France, 30 % Allemagne 40% UK: les anglais vont faire la loi chez AIrbus après l'avoir abandonné lachement au début des difficultés du A380.

moins que ça  a répondu le 13/09/2012 à 13:49:

en fait c'est actuellement France et allemagne 37,5% chacun, ensuite espagne avec 5,5%, et le reste sur le marché. Donc là ce sera France et Allemagne à 22,5%, UK à 40%. Par contre BAE est déjà avec des actionnaires privés et pas d'actionnaire "national". Donc les 40% de BAE ne sont pas une participation homogène. Difficile de savoir ou la balance va peser. Et au delà des actionnnaires, les cadres d'EADS ne vont pas se laisser metttre de coté : Enders, Brégier, Lutz, rien que ces 3 là, les anglais vont devoir compter avec eux.

Tony Meuter  a écrit le 13/09/2012 à 0:11 :

La réquisition entamée lors de la guerre d'Irak se poursuit.

la fin pour thales et DCNS ?  a écrit le 12/09/2012 à 23:38 :

Si l'opération se fait, c'est la fin pour Dassault-Thales-DCNS. La coopération Dassault-BAE dans les drones sera remplacé par une coopération BAE-Cassidian, au niveau électronique de défense Thales avait réussi à rester le plus fort, mais avec la fusion avec BAE, EADS-Cassidian va les écraser, et dans le domaine naval, EADS avec la branche naval de cassidian va écraser DCNS. Bien joué de la part de Thomas Enders. Les allemands voulaient utiliser EADS pour mettre la main sur Thales, mais comme ils ont échoués, changement pour une stratégie autrement plus ambitieuse : fusion avec BAE et "out" les français. Il restera juste Dassault, repoussés dans le seuls domaine des jets civils.

Gigi  a répondu le 13/09/2012 à 8:03:

Bien sûr, ces méchants allemands veulent mettre la main sur Dassault etc. comme la France a mis la main sur Hoechst, mais c'est normal - puisque c'est la France, avec son savoir faire.

Missiles  a répondu le 13/09/2012 à 9:28:

Votre raisonnement est en partie faux. C'est les Français qui voulaient ajouter Thales à EADS, les Allemands n'en voulait pas. Pour une raison bien simple. Soit les Allemands mettaient de l'argent au pot, soit le 50/50 n'existait plus et était en faveurs des Francais

X  a répondu le 13/09/2012 à 13:30:

La branche naval de Cassidian ? Vous êtes sûr de bien connaitre l'entreprise ? A part des radars Cassidian ne fait pas de naval et n'a pas vocation à en faire

plutot la branche navale de BAE  a répondu le 13/09/2012 à 13:46:

Je pense qu'il veut parler de la branche navale de BAE. La fusion des deux groupes va effectivement doter l'ensemble d'une branche navale, celle de BAE, face à laquelle DCNS risque de se retrouver. De toute façon, avec ou sans arrrière pensée de la part d'EADS, le pole franco-français risque effectivement de se retrouver marginalisé. Ceci dit, est ce que BAe sait encore faire des navires "exportables", c'est à dire des navires plus modestes mais moins cher et adapté aux acheteurs ? Ce n'est pas sûr non plus. La frégate F125 des chantiers allemands est surement plus adaptée au marché que les destroyers que va acheter la royale navy. DCNS elle, est présente à la fois sur le segment "haut de gamme" (avec les frégates Horizons, quasiment inexportables car trop haut de gamme) et les FREMM et Godwin, bien plus abordables.

Danger  a écrit le 12/09/2012 à 23:28 :

l 'oncle SAM ne laissera pas les anglais participer à ce grand projet avant tout militaire . Sa collaboration avec la GB , traditionnelle , hautement privilégiée dans des secteurs ultra sensibles lui donnne des munitions redoutables . Les anglais ne lâcheront jamais
l' Amérique pour l' Europe . Cette annonce cache un coup tordu des anglo-saxons et il vaudrait mieux se méfier !!!

DRRW  a écrit le 12/09/2012 à 21:48 :

Presque -6% pour EADS et + de 7% pour BAE, et encore le gvt anglais planche a la sauvegarde de ses interets. Par ailleurs l'heure est elle vraiment a la concentration sans limite, concentration qui inclut au bas mot 4 etats avec des points de vue et des visions ne serait ce que sur l'europe assez differente? la question se pose et cela d'autant que BAE risque d'etre de plus en plus a la peine dans les annees a venir. Affaire a suivre

jaguardo  a répondu le 29/01/2014 à 12:13:

"compléter sa reliance" : un effort de traduction svp

lyon69  a écrit le 12/09/2012 à 21:26 :

Je ne vois pas en quoi les profits seraient incompatibles avec un projet d'intégration européen, surtout avec une entreprise britannique ... si ça peut rendre l'ensemble plus équilibré et concurrentiellement plus fort ...!!!
(NB: je met des "si" car je n'en sait rien et je ne pose pas d'a-priori car moi, je suis incapable de lire dans la tête de tom enders et je ne suis pas non plus son confident : mais d'autres ici doivent avoir de bonnes sources !!)

Green  a répondu le 12/09/2012 à 22:54:

Il y a une chose autrement plus importante que les profits de Cassidian, ce sont les rapports de force géo-stratégiques dans le monde a venir et l'indépendance de l'UE. EADS n'est pas une simple entreprise, elle est un vecteur de puissance pour des pays qui ont décidés de lier leurs destins, et autant que je sache, les anglais s'y distingue surtout par leur duplicité.

Le mort des intérets français  a écrit le 12/09/2012 à 21:24 :

Ce n'est pas une bonne nouvelle pour les acteurs actuels d'EADS ce genre de projets de fusion car s'il ont connait un peu les anglo-saxonx, ils feront tout pour couler les projets porté à l'origine par EADS pour leur propres intérets d'ailleurs ils le disent.
Avec 40%, ils seront l'actionnaire majoritaire et tireront la couverture a eux. C'est la mort de toute volonté d'indépendance de l'Europe vis a vis du systeme aéronautique anglo/US. D'ailleurs le gouvernement britannique a bien prévenu qu'il allait défendre ses intérêts donc cela annonce la mort de l'aéronautique europeéenne continentale pour un alignement sur la stratégie d'un BAE majoritaire.

C'est triste de voir un des rare fleuron issu d'accord entre partenaire européen jetté en pature à BAE.
Adieu Ariane, Airbus, Eurocopter, Astrium. Les français vont encore se retrouver les cocus de l'histoire en donnant ses bijoux et se retrouver sans rien et dirigé par des anglo-saxon. C'est une décision criminelle pour les fleurons français.

Si les GB veulent rejoindre EADS alors ils n'ont qu'a devenir un partenaire simple et non pas avec pouvoir de détruire toute décision non favorable à BAE. Par définition cela annonce la mort d'EADS et de tous les intérets français car il y a fort a parier que les allemand vont nous faire cocu avec les anglais

Truk  a écrit le 12/09/2012 à 21:23 :

Grosse surprise. Le moment ne paraît pas idéal, et les revenus de BAe Systems aux Etats-Unis risquent d'être payés fort cher pour ensuite se dégonfler comme peau de chagrin. Le DoD acceptait d'acheter à un groupe issu de leur plus vieil allié dans le monde, mais vont-ils être aussi enclins à confier des programmes majeurs à un groupe restant très franco-allemand ? Je n'y crois pas.

Green  a écrit le 12/09/2012 à 20:58 :

EADS a été conçu comme un projet d'intégration industrielle européenne, qui fonctionne tant bien que mal, plutot bien finalement. Maintenant,Enders veux creer une mega entreprise occidentale de l'armement, apatride et à la gouvernance diluée dans les interets anglo-saxons (c'est a dire ceux des USA). les profits sont le seul moteur de ce montage, il n'y a plus de vision européenne dans cette fusion avec Bae. J'espère que cela n'aboutira pas et que les gouvernements allemands, espagnol et français s'y opposeront.

Ed  a répondu le 12/09/2012 à 21:19:

dommage de voir les choses sous cet angle. le groupe a créé plus de 10000 emplois depuis 2 ans alors que tout le monde va mal en Europe... en plus, les chinois arriveront bientot pour changer la donne et il semble préférable d etre solide quand cela arrivera....

Green  a répondu le 12/09/2012 à 22:49:

mais EADS est une bonne chose pour l'Europe et la construction européenne. Mais avec les anglais, et leur strategie multi-centenaire d'eviter l'emergence d'une puissance continentale européenne, c'est une autre histoire. Entre l'UE et les USA, les anglais choisiront toujours les seconds. Cette fusion reviendrait a terme a subordonner pour de bon le fleuron aeronautique de l'Europe dans le complexe militaro industriel américain (via des programmes de dupes comme celui du F35), en èchange d'une part du marché américain de l'armement comme lot de consolation. Mais les pays emergents ont des besoin croissants d'armements, et la relative indépendance de l'Europe est un avantage sur ces marchés, comme l'ont montré les ventes françaises en Inde, au Brésil ou en Russie. Constatez déja les pressions incroyables venues des USA contre ses ventes, et imaginez le résultat si le futur groupe est tenu par ses ventes aux USA...
De plus, il y a en Europe d'autres partenaires plus fiables et tout aussi compétents comme les italiens, ou les anciens pays de l'est qui doivent aussi se developper. Si l'union européenne veux exister au XXIeme siecle elle doit le faire sur ces forces vives.

Truk  a répondu le 12/09/2012 à 22:59:

C'est vrai que le revirement de BAe, ça ne colle pas. Soit ils se mettent à l'abri avant de se faire doucher aux US, et EADS est un pigeon, soit ils sapent de l'intérieur Cassidian et Astrium, et EADS est le dindon de la farce. Vraiment étrange...

Green  a répondu le 12/09/2012 à 23:25:

D'ailleurs la bourse ne s'y trompe pas, BAE monte et EADS descends.