Espace : l'euro fort oblige Thales Alenia Space à lancer un plan de compétitivité

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(Crédits : DR)
Handicapé par un euro fort (1,35 dollar), Thales Alenia Space est contraint de réduire à court terme ses coûts et donc l'emploi pour se relancer. Mais le constructeur n'oublie pas non plus la croissance.

Ce n'est pas nouveau mais l'euro fort (1,36 dollar) pénalise toujours autant les industriels de la zone euro à l'exportation. Et le PDG de Thales Alenia Space (TAS), Jean-Loïc Galle, en tire les conséquences après une année 2013 jugée "moyenne" sur le plan des prises de commandes par le patron de la filiale spatiale commune de Thales et de l'italien Finmeccanica. Il a ainsi lancé un plan de compétitivité prévu sur 18 mois, qu'il a présenté vendredi matin aux syndicats puis l'après-midi aux 400 plus hauts cadres de la société.

"Mais ce plan ne suffira pas sur le court terme pour répondre à la perte de parts de marché dans les satellites de télécoms", estime-t-il.

Ce plan sera donc complété par un programme de réduction des coûts qui passera par des réductions d'effectifs pour répondre aux problèmes de sous-charge d'activité. Mais sans plan social ni licenciement, et, enfin, ni fermeture de sites, assure Jean-Loïc Galle, qui a annoncé vendredi matin aux syndicats ce plan de compétitivité... qui vise "un gain de 20 % de productivité", selon les syndicats. Au-delà, Jean-Loïc Galle veut "transformer entièrement l'organisation de l'entreprise avec pour objectif de la faire croître" en termes de chiffre d'affaires.

Un sureffectif de 200 à 300 personnes ?

Les organisations syndicales tablent sur un sureffectif de l'ordre de 200 à 300 salariés sur les 7.500 que comptent TAS, dont 4.500 en France. "Mais attention, on ne nous a pas donné de chiffres", souligne une source syndicale contactée par "La Tribune". Ce que confirme le PDG de TAS : "aujourd'hui, nous n'avons pas encore de chiffres sur l'impact sur les effectifs".

Un plan qui pourrait être réévalué à la baisse si TAS rentre des commandes au-delà des prévisions fixées par Jean-Loïc Galle ou à la hausse si les équipes commerciales ne remplissent pas les objectifs.

Car, comme le rappelle le PDG de TAS, un satellite de télécoms occupe 150 personnes sur trois ans tandis qu'un satellite d'observation en occupe une centaine sur quatre ans. Jean-Loïc Galle souhaite "réduire la taille des équipes qui travaillent sur les programmes en cours et à a venir". Et il compte transférer "tout ou partie" de ces personnels vers des programmes gagnés grâce au plan de compétitivité.

Adéquation des effectifs dépendants des commandes

Les prises de commandes ont donc une grande sensibilité sur l'emploi chez les constructeurs de satellites. "L'adéquation des effectifs est très fortement dépendant des satellites gagnés", confirme-t-il. Or, en 2013, TAS n'a remporté que deux satellites, l'un au Brésil, qui va être signé le 12 décembre en présence de François Hollande à São Paulo (SGDC-1), l'autre en Russie, signé depuis le 1er août avec Gazprom Space Systems mais qui entrera en vigueur début 2014. En outre, TAS n'a remporté aucune charge utile l'an dernier.

"Deux satellites, c'est peu, trop peu. Il faut donc qu'on améliore notre compétitivité dans les télécoms car c'est là qu'on souffre", constate le patron de TAS. L'objectif de 2013 était le gain de trois satellites de télécoms. Tout comme en 2014. "L'impact sur l'emploi sera limité, voire très limité si Thales Alenia Space remporte trois satellites, il sera nul si c'est quatre", explique Jean-Loïc Galle.

Les Américains jouent les gros bras

Les Américains ont fait en 2013 une razzia sur le marché des satellites de télécoms (20 à 22 en moyenne par an). Boeing a réussi à obtenir huit contrats, dont trois en option tandis que Loral en a remporté cinq autres.

Boeing séduit les opérateurs avec son satellite avec une propulsion tout électrique tandis que Loral, qui profite déjà du change euro/dollar très favorable, s'est en outre engagé dans une guerre des prix, analyse Jean-Loïc Galle.Il estime que les compétitions se jouent sur très peu. "Cela varie de quelques millions à 10 millions de dollars sur des satellites qui valent entre 120 et 150 millions dollars", précise-t-il.

Pour les deux constructeurs tricolores, qui n'ont pas vu émerger la propulsion tout électrique, c'est une réalité très dure. TAS estime que le différentiel de compétitivité est de 6 % avec un euro à 1,35 dollar. "A 1,30 dollar, cet écart est très, très absorbable, à 1,25 dollar, il n'y a plus de problème", fait-il remarquer. Le groupe travaille également sur une proximité plus grande avec les grands opérateurs qu'il avait un peu délaissés.

"Nous devons rénover des relations de qualité avec les grands opérateurs comme SES, Inmarsat et Intelsat, explique le patron de TAS. Nous espérons ré-entrer chez ces grands opérateurs".

Jean-Loïc Galle vise une croissance du chiffre d'affaires

Au-delà de la réduction des coûts, Jean-Loïc Galle vise, conformément à la stratégie de Thales, une croissance de son chiffre d'affaires. "Il faut relancer la croissance de l'entreprise", note-t-il. Après avoir atteint 2,1 milliards de chiffre d'affaires en 2013 (contre 2,1 milliards en 2012), la société devrait enregistrer, selon le budget défini à trois ans, 2,3 milliards de ventes en 2015, puis, 2,6 milliards en 2018, selon le PDG de TAS.

Comment TAS va-t-il atteindre ces objectifs ? En relançant les investissements en termes d'innovations, recherche et technologies (R&T) et de recherche & développement (R&D) et en renforçant les équipes commerciales, explique Jean-Loïc Galle. TAS va donc réinvestir pour préparer le futur.

Le constructeur, qui a investi 170 millions d'euros en 2013, compte accroître ses efforts en termes d'investissements dans ce domaine de l'ordre de 10 %. En 2015, TAS investira 185 millions d'euros. Jean-Loïc Galle veut également "muscler plus fortement" ses équipes commerciales pour le grand export en visant les fameux pays émergents en Amérique latine, en Asie et au Moyen-Orient.

Propulsion tout électrique fin 2015

Tout comme Astrium, Thales Alenia Space va profiter de l'arrivée fin 2015 de la plateforme tout électrique Neosat financée par l'Agence spatiale européenne (ESA) et le Centre national d'études spatiales (CNES) pour contrer un peu mieux Boeing. Neosat permettra aux deux constructeurs de couvrir toute la gamme des petits aux gros satellites (jusqu'à 16 kilowatts).

TAS va également profiter de ces investissements pour améliorer en parallèle les performances de sa plateforme actuelle Spacebus jusqu'à 10 à 11 kilowatts. Ainsi, il développe une propulsion hybride (chimique et électrique). C'est d'ailleurs l'offre que TAS a adressé à Hispasat pour son satellite Hispasat 1F.

Dans l'observation optique, TAS prépare une offre intermédiaire entre la très haute résolution (moins de 50 centimètres) et la résolution moyenne (1 mètre). Le constructeur développe sur fonds propres un satellite avec une résolution de 70 centimètres à partir des technologies de  Cosmo-Skymed. Ce satellite plus agile sera destiné spécifiquement à l'export. Selon nos informations, TAS aurait actuellement 15 prospects (contre deux il y a un an).

Renforcement de TAS en Grande-Bretagne, en Russie et Belgique

Le patron de TAS souhaite également renforcer ses implantations en Grande-Bretagne, dont une filiale a été créée il y a trois mois. "Nous visons très rapidement 50 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2015 en Grande-Bretagne, puis 100 millions, explique-t-il. Les petits ruisseaux font les grandes rivières". Thales Alenia Space souhaite en faire un centre de compétences techniques en liaison avec l'agence spatiale britannique : R&T, propulsion électrique, observation et satellites scientifiques.

En Belgique, TAS a créé à côté de celui de Charleroi un second centre de compétences en microélectronique à Leuven, qui travaillera notamment sur l'avionique d'Ariane 6. Enfin, en Allemagne, la pénétration de TAS est beaucoup plus compliquée, Astrium et OHB ayant des positions solides outre-Rhin. La filiale de Thales et Finmeccanica va "se développer dans des niches", comme les communications aéronautiques.

Enfin, en Russie, Thales Alenia Space va concrétiser son projet d'une société commune, qui doit être opérationnelle au deuxième semestre 2014, avec son partenaire Gazprom Space Systems. Enfin, le constructeur est également en discussion sur des nouveaux projets avec un second partenaire que le patron de TAS ne souhaite pas encore dévoiler.

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a écrit le 09/12/2013 à 14:00 :
Ainsi donc comme le disent les économiste "hétérodoxes", en Europe on a une monnaie pour laquelle chacun doit s'adapter, et non pas une monnaie comme outil au service de l'économie et de ses opérateurs. Quand nous ne serons plus en capacité de faire face dans les domaines industriels de pointe, les européistes seront-ils toujours aussi réjouis d'avoir la monnaie unique?
a écrit le 07/12/2013 à 18:14 :
Il nous faut intencifier nos cooperation avec les russes, les chinois, et l'indre ....afin de contrer les americains....
Réponse de le 08/12/2013 à 10:30 :
Ils cherchent surtout une raison pour licencier. Surtout qu'ils ont éliminé le gros de leur concurrence en les achetant ou en les coulant... Maintenant ils n'ont plus besoin de créer des systèmes fiables (qu'ils ont d'ailleurs toujours eut du mal a créer). Du coup ils peuvent aller dans les pays que vous cité mais avant il faut fermer les usines locales. Perso je trouve ça lamentable surtout qu'en on voit tout ce que l'état leur a acheté (et du coup nous Français) et quand on voit leur chiffre d'affaire...
Réponse de le 08/12/2013 à 12:42 :
Merci d'argumenter vos affirmations. En Europe, le concurrent de Thales s'appelle ASTRIUM et n'a été ni racheté ni coulé. Les concurrents sont d'abord US et Thales n'a aucun pouvoir sur eux. Quant à la fiabilité d'un système de télécom spatial cela ne relève pas du fonctionnement de votre grille pain. Thales n'a pas plus de défauts en orbite que les autres. Le spatial n'est pas un sport de masse, avant de critiquer stupidement venez faire un tour sur la piste...
Réponse de le 09/12/2013 à 6:25 :
TAS n'a jamais racheté ni coulé de concurrent. Il y a eu seulement une fusion il y a quelques années avec son concurrent italien. Il faut juste admettre aujourd'hui que les américains sont plus forts et que maintenant, c'est à TAS de prouver qu'il peut innover et être compétitif avec notamment la possibilité de proposer une propulsion électrique. Coté prix, s'il faut passer par une baisse d'effectifs à l'aide de départs volontaires, pourquoi pas.

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