Hollande-Sarkozy : le match de la gestion des déficits

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Si Nicolas Sarkozy avait commencé son mandat dans une logique de baisse ciblée de la fiscalité, sa politique fiscale a profondément changé en 2011 puis a été poursuivie au moins sur le plan macroéconomique par François Hollande.
Si Nicolas Sarkozy avait commencé son mandat dans une logique de baisse ciblée de la fiscalité, sa politique fiscale a profondément changé en 2011 puis a été poursuivie au moins sur le plan macroéconomique par François Hollande. (Crédits : Reuters)
En ce début d'année 2016 et après l'adoption de la loi de finances, on peut ici proposer une première vision des performances respectives des mandats de François Hollande et Nicolas Sarkozy en matière de gestion des comptes publics et des déficits. Qui des deux présidents remporte le match de la gestion publique ? Par Pierre-François Gouiffès, maître de conférences à Sciences Po.

Via notamment la comptabilité nationale, on dispose, pour cet exercice, de données ou de prévisions sur les cinq années de chaque mandat : 2007-2011 pour Nicolas Sarkozy et 2012-2016 pour François Hollande. Par convention, on attribue l'année de début de mandat au président nouvellement élu, même si on verra que 2012 « appartient » sur le plan fiscal aux deux présidents.

On peut d'abord noter que la croissance moyenne en volume est identique sur les deux mandats à +0,7% annuel, un niveau particulièrement atone : Nicolas Sarkozy a connu la forte récession de 2009 liée aux suites de la crise financière mondiale de 2008, mais ensuite profité de deux années de redressement ou de rattrapage, tandis que François Hollande a connu trois premières années de mandat de croissance atone et espère un redressement de la croissance en 2015-2016 :  le budget 2016 est construit sur une croissance de 1,5%, une prévision « atteignable », mais non « prudente » suivant les termes du haut conseil des finances publiques.

Un choc fiscal inédit à cheval sur les deux quinquennats

Sur la période 2006-2014, les prélèvements obligatoires ont augmenté de 164 milliards d'euros à comparer à une augmentation du PIB nominal de 279 milliards d'euros. Donc pour chaque euro de PIB supplémentaire, il y a eu 60 centimes d'impôts et cotisations sociales.

Si Nicolas Sarkozy avait commencé son mandat dans une logique de baisse ciblée de la fiscalité via la fameuse loi TEPA et le budget 2008, sa politique fiscale a profondément changé en 2011 puis a été poursuivie au moins sur le plan macroéconomique par François Hollande. Le choc fiscal a donc été particulièrement brutal sur la période 2011-2013 : longue tradition depuis 1974, l'exécutif vise la réduction des déficits par l'augmentation des impôts et cotisations : le gouvernement Fillon (budgets 2011 et 2012) puis le gouvernement Ayrault (collectif 2012 et budget 2013) vont opérer sur trois exercices un choc fiscal inédit depuis le début des années 1980 avec 3,4 points de PIB de prélèvements obligatoires supplémentaires avec à la clef 75 à 80 milliards de prélèvements obligatoires récurrents en plus chaque année.

Prélèvements obligatoires

Ce choc fiscal s'interrompt en 2013-2014, mais la France donne une nouvelle fois l'impression de se préparer à stabiliser ses prélèvements au niveau très élevé issu du choc précédent (45% du PIB selon l'INSEE), qui lui permet d'occuper en matière de lourdeur de la fiscalité les places les plus élevées : premier rang dans la zone euro, second dans l'Union européenne derrière le Danemark, pays qui est  dans une situation radicalement différente avec un fort excédent budgétaire et une dette publique rapportée à la richesse nationale inférieure de moitié à celle de la France.

Des dépenses publiques toujours plus hautes

Les dépenses publiques se sont accrues de 5 points de PIB entre 2006 et 2014, augmentation répartie entre 3,4% sous Nicolas Sarkozy et 1,6% avec François Hollande. Nicolas Sarkozy avait connu la forte récession de 2009 induisant alors une hausse très forte du ratio dépenses publiques sur PIB (56,8% du PIB).

Dépenses publiques

Après deux années de baisse légère (55,9% en 2011), le ratio a recommencé à augmenter de façon significative sur la période 2012-2015 sans choc récessif, François Hollande battant en 2013 (57,1%) puis en 2014 (57,5%) le record absolu de l'histoire de France des dépenses publiques rapportées au PIB, ceci en dépit d'une baisse du rythme de croissance des dépenses (croissance annuelle en volume de 0,8% entre 2010 et 2014) ne compensant pas l'atonie économique. Les seules dépenses qui se sont réduites en proportion du PIB sont les intérêts sur la dette profitant de circonstances historiques sur les taux d'emprunt et dans une moindre mesure l'investissement public, pendant que les frais de fonctionnement de l'État et les prestations sociales continuent de fortement augmenter. Il n'est au final pas étonnant que la France se situe désormais sur la dépense publique au second rang tant dans l'Union européenne et la zone euro, désormais seulement devancée par la Finlande (58,3 %).

Des déficits qui ne se résorbent que très lentement

Quel impact sur les déficits de cette conjonction entre le choc fiscal et la poursuite même ralentie de la hausse des dépenses, tout cela avec une croissance atone ? Le déficit s'était fortement creusé lors de la récession de 2008-2009 (autour de 7% du PIB en 2008 et 2009) puis réduit ensuite sur la fin du mandat Sarkozy. Le rythme de réduction des déficits depuis 2012 est particulièrement lent avec un point de baisse du déficit en 4 ans (de 4,8 % en 2012 à 3,8% prévu en atterrissage 2015).

On peut ici rappeler que les deux candidats finalistes de 2012 s'étaient engagés à un retour à l'équilibre des comptes publics avant la fin de leurs mandats (donc zéro déficit en 2017 pour François Hollande, dès 2016 pour Nicolas Sarkozy). On en est aujourd'hui très loin : le déficit 2016 est encore prévu à 3,3%, au-dessus du critère du pacte de stabilité et du traité budgétaire européen qui n'a plus été respecté depuis 2007. La crise de sécurité publique liée aux événements tragiques du 13 novembre a conduit à nouveau la France à demander de s'affranchir une nouvelle fois des contraintes du pacte de stabilité européen, loin de la ligne de réduction des dépenses publiques fortement affirmée lors des vœux de François Hollande pour l'année 2014.

Rappelons enfin que le déficit public français n'a été que très faiblement impacté par des opérations massives de recapitalisation bancaire suite aux chocs immobiliers et financiers de 2007 et 2007. Cela différencie profondément les finances publiques françaises de pays comme le Royaume-Uni, l'Espagne ou l'Irlande qui ont connu des déficits considérables, mais passagers : le déficit français est beaucoup plus structurel à l'instar de ceux du Portugal ou de la Grèce, mais avec une économie beaucoup plus grosse et critique pour la zone euro. Fin 2014, la France avait le cinquième déficit le plus élevé de la zone euro et n'était dépassée en la matière que par Chypre, le Portugal, l'Espagne et la Slovénie.

Une augmentation inéluctable de la dette induisant une lente, mais continue dégradation de la note souveraine de la France depuis 2012

Concernant la dette, on est très loin de l'année 2006 qui avait vu la dette reculer fortement en proportion de la richesse nationale - un fait extraordinaire en France, mais beaucoup plus courant en Europe ou l'OCDE. Le débat du 2 mai 2012 préalable au second tour de l'élection présidentielle avait d'ailleurs été marqué par une dispute de chiffres sur le stock en dette supplémentaire apparu au cours du quinquennat de Nicolas Sarkozy, François Hollande parlant de 600 milliards et Nicolas Sarkozy de 500 milliards, le chiffre effectif étant de 560 milliards.

Depuis 2012, la dette progresse annuellement d'une petite centaine de milliards d'euros par ans et plusieurs bornes à la hausse ont donc été franchies : la France voit sa dette dépasser la moyenne de la zone euro en 2012 (contre aucune dette nette en 1974), les 2.000 trillions d'euros ont été dépassés en 2014, tandis que la barre symbolique des 100% du PIB se rapproche rapidement : 96,3% prévus dans le budget 2016, contre moins de 60% il y a 20 ans.

Enfin l'évolution de l'appréciation des agences de notation fait apparaître une claire continuité quant à la dégradation de l'opinion des trois principales agences sur la dette souveraine de la France. Si la perte du AAA a été inaugurée sous Nicolas Sarkozy avec l'abaissement de la note décidée par Standard & Poor le 13 janvier 2012, la France a depuis été dégradée deux fois par chacune des agences, sachant que S&P qui place sa note sous perspective négative depuis plus d'un an doit de nouveau prendre position en 2016.

La dégradation de la note est-elle devenue presque banale puisque jusqu'ici tout va bien et qu'il n'y a aucun problème de refinancement ? Pour finaliser le jugement là-dessus, il sera utile de regarder le volet finances publiques des différentes plateformes présidentielles de 2017.

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Commentaires
a écrit le 10/01/2016 à 12:49 :
L'article n'évoque que des chiffres qui n'ont aucune signification si on le les traduit pas en conséquences pour l'économie. En faisant court, il faut savoir que l'exportation française est représentée par seulement les grands groupes soit 92% du montant total pour 2014. En 1995 , c'était 71%. La compétitivité ne concerne plus les PME qui pourtant sont le premier employeur dy pays d'où la paralysie de l'emploi et la chute libre de la demande intérieure en produits français. CQFD
a écrit le 05/01/2016 à 19:13 :
Une bonne analyse devrait prendre en compte la relation entre cout du travail et prix de l'énergie.
a écrit le 04/01/2016 à 14:34 :
Hormis les dépenses de fonctionnement de l'Etat respectives des deux présidents qui sont largement en faveur de Hollande à la baisse; je me demande à quoi servent réellement nos élus parce que pour le reste c'est à dire la portion congrue, ça marche tout seul ,les inflexions étant vraiment à la marge.
a écrit le 04/01/2016 à 13:12 :
On ne parlera pas de gestion mais d'absence de gestion : l'incapacité à faire des choix dans la dépense publique. Actuellement les circonstances nous imposent de mettre le paquet sur la sécurité intérieure et extérieure, il faut donc économiser sur d'autres postes, éducation, aide médicale d'état,...
Réponse de le 04/01/2016 à 15:34 :
Pour ma part je pense qu'il faut mettre le paquet sur un redéploiement du budget de la défense vers ceux de la police et de la justice. J'applique pour écrire cela les raisonnements subtils qu'on peut lire ici ou là d'alignement des ratios budgétaires français sur ceux de l'Allemagne.
Réponse de le 04/01/2016 à 16:34 :
@bruno_bd et Théo: Il n'y a en effet plus de pilote dans l'avion. Depuis 1974, avec l'emprunt Giscard, la France ne cesse de descendre. Au dernier rapport, elle est même au 22e rang des pays où il fait bon vivre. A quoi doit-on cela ? Hormis une gestion inexistante, il faut retenir deux facteurs principaux: 1) les dirigeants n'ont aucun plan pour le pays et ne pensent qu'à être élus/réélus pour le pouvoir et l'argent rapide 2) cette situation de déliquescence a entraîné une vassalisation aux US qui ne nous permet plus de prendre des décisions dans notre propre intérêt. Mais alors que faire ? Virer tout ce beau petit monde, lancer des enquêtes d'enrichissement au détriment du pays et créer des comités de salut public qui élisent des représentants locaux, qui eux-mêmes élisent des représentants régionaux, qui eux-mêmes élisent des représentants nationaux (les députés dont le nombre est d'ailleurs fortement réduit) , c'est-à-dire à tous les échelons des gens reconnus pour leurs compétences et leur moralité irréprochable !!! En matière de sécurité, on ne peut importer nos problèmes et s'en plaindre. On passe donc à une immigration qui apporte une plus-value et l'expulsion immédiate des malfrats et de leur famille. Certains vont me dire, oui mais ils sont nés en France; ce à quoi je réponds, on rouvre un bagne aux Kerguélen !!!
a écrit le 04/01/2016 à 13:09 :
L'article confond dépenses publiques (Etat + collectivités + organismes sociaux) et dépenses budgétaires, qui ne sont que les dépenses de l'Etat, mais qui par contre comprennent les investissements d'avenir.
L'article oublie aussi de préciser 2 choses très importantes :

- Le déficit public de la France en 2008, soit avant la crise était de 3.3 % du PIB, soit au-delà des critères de MaastrIcht,alors que l'Allemagne était à seulement 0.1 %.

- En 2011, l'écart s'était encore accru avec un déficit public de la France de 5.2 % et de l'Allemagne de 1 %. En fait, les investissements d'avenir ne sont pas pris en compte dans ce déficit au sens de Maastricht. Sinon, le déficit public de la France aurait été de 5.7 %.

L'article oublie ainsi complètement les raisons qui ont conduit à une hausse de la fiscalité, à savoir la mauvaise gestion de 2006 à 2011 du déficit budgétaire et de la compétitivité de la France.

Merci à la TRIBUNE de publier mon commentaire
a écrit le 04/01/2016 à 13:08 :
C'est ça le hollandisme : le Titanic qui s'enfonce lentement mais sûrement dans les eaux.
Réponse de le 04/01/2016 à 23:37 :
Ce n'est pas du tout ce qu'expose cet article.
Réponse de le 24/12/2016 à 6:54 :
Lire les articles avant de les commenter serait un bon début parce que l'analyse est loin de ce constat...
a écrit le 04/01/2016 à 12:59 :
L'idéal serait que ces deux politiciens passent la main et laissent le pouvoir
à d'autres plus compétents, plus jeunes . Surtout un responsable qui
éviterait la pensée unique, la démagogie ou l'idéologie poussiéreuse du 20 ème siècle.
Une autre manière de faire de la politique , plus démocratique , en finir avec nos roitelets
républicains.

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