Opinion

"Il est vain d'opposer rigueur et croissance"

Jean Peyrelevade, économiste, président du conseil d'administration de Leonardo & Co
Jean Peyrelevade, économiste, président du conseil d'administration de Leonardo & Co

Jean Peyrelevade | 14/08/2012, 10:42 - 469 mots

La période électorale est terminée. Nous avons un nouveau Président et un Parlement tout neuf. Que peut-on en dire ? La droite est battue, le centre a disparu, le PS triomphe. Mais la gauche de gouvernement, que l'on attend à l'œuvre, est dans une impasse.Fallait-il vraiment, pour gagner les élections, bercer le peuple d'illusions ? En tout cas, cela fut ainsi fait.

Hausse de 25 % de l'allocation de rentrée scolaire, augmentation du smic, retour à la retraite à soixante ans, autant de signaux qui laissent croire que nous sommes encore dans une situation « normale » où l'on peut, suivant la pratique de tant de gouvernements précédents, distribuer avant de produire. La gauche démagogique, celle qui séduit les électeurs à coups de promesses, a pris en otage la gauche de responsabilité. Cependant, comment oublier l'état de l'Europe et, en son sein, l'état de la France ?

Nos finances publiques sont gravement déséquilibrées, notre compétitivité continue à se dégrader, mois après mois. Rien n'est fait pour arrêter le déclin prolongé de notre appareil productif. Donc, le chômage va s'aggraver. Et ce ne sont pas les appels incantatoires à la croissance ni les tentatives d'encerclement politique d'Angela Merkel qui porteront remède à des maux qui sont dus, pour l'essentiel, à notre comportement.

François Hollande est au pied du mur. Il dispose d'une majorité absolue à l'Assemblée et la gauche contrôle le Sénat. L'exécutif et le législatif sont à l'unisson. Aucune excuse, aucune circonstance atténuante ne viendront tempérer son évidente responsabilité. Le Président saura-t-il se dégager du discours imprécis, confus, laxiste du candidat ? Et affronter, à bref délai, deux défis incontournables ? Remettre l'économie française sur pied, sauver la zone euro de l'éclatement, ces deux impératifs vont de pair. Rigueur en France, fédéralisme à Bruxelles, tels sont les chemins du redressement, pour nous comme pour l'Espagne et l'Italie, nos voisins menacés de l'Europe du Sud.

Toute croissance économique serait pour longtemps oubliée si la zone euro se décomposait. La France doit, par ses efforts propres, montrer qu'elle adhère pleinement à l'objectif commun : chacun doit mettre de l'ordre chez soi pour que l'ensemble retrouve quelque solidité. En même temps, sans une France forte, une zone euro reposant sur la seule puissance de l'économie allemande ne serait pas viable. La rigueur est donc incontournable.
Elle sera plus sévère si nous sommes seuls face à l'obstacle, si nous échouons à recréer au sein de la zone euro menacée de dissociation un véritable sentiment de solidarité, d'ailleurs condition de sa survie. Oui, nous avons besoin de nous appuyer sur la prospérité, sur la solidité allemande. De l'Europe du Nord, en situation favorable, peut venir une attitude plus coopérative et donc davantage de croissance pour tous. À condition d'accepter en même temps une vraie discipline commune, donc des transferts de souveraineté, donc un saut vers le fédéralisme.

Il est vain d'opposer rigueur et croissance, comme si l'on avait le choix entre l'une et l'autre. La rigueur, nous y sommes de toute manière condamnés. Elle se fera avec croissance si et seulement si nous acceptons d'aller vers une Europe beaucoup plus intégrée : l'engagement allemand est à ce prix. La décision est entre les mains du Président. Elle sera lourde de conséquences.

Commentaires

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Pascal C a écrit le 21/08/2012 à 10:05 :

Sages propos, quoique un peu idéalistes sous certains aspects. Depuis l'avènement de l'euro, nous vivons typiquement bien au-dessus de nos moyens REELS. A l'instar des Etats, l'Europe de l'euro, a bâti, édifié, dépensé, consommé, rénové tout ce qui pouvait l'être, surtout dans les pays les moins riches qui la composent. Avec, dans la tête, l'idée que la monnaie était son fer de lance et que rien ni personne ne pourrait venir attaquer ses fondements. On trouverait plus tard le moyen de payer ! Pourtant, les déficits publics ne datent pas d'hier et seuls quelques courageux oracles osaient écrire ou dire des choses qui fâchaient. Ils avaient raison et nous n'avons été qu'une toute petite poignée à les soutenir et répéter leurs propos contre vents et marées. Le titre de l'article de Jean Peyrelevade sonne vrai. On rappellera seulement que François de Closets avait prôné, il y a déjà plusieurs années, que la France devrait, qu'elle le veuille ou non, subir à la fois rigueur ET retour de la croissance. Et que cela prendrait bien des années. Mais notre excellent journaliste économique prêchait dans le désert et se faisait moquer par l'intelligentsia économique et politique, sûre de son fait, les uns brandissant la croissance comme un étendard, les autres promettant la rigueur comme seul remède, aucun des deux camps n'envisageant les deux contraintes de concert. Aujourd'hui, on n'entend personne maudire tous ceux, écrasante foule, qui s'étaient offert de mépriser notre journaliste clairvoyant. Il est vrai qu'en France, on aime tout particulièrement souffrir et pleurer pour commencer de redresser la tête...

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aka a écrit le 17/08/2012 à 19:08 :

Je suis en accord avec se très bon titre "il est vain d'opposer rigueur et croissance". La rigueur la Grèce la teste et franchement c'est pas concluant, la croissance a crédit c'est fini vu l'état des finances. La seule planche de salut qui nous reste a mon humble avis c'est la planche a billets et l'inflation pour rembourser nos dettes colossales avec de la monnaie de singe. Et accessoirement que nos politiques fassent leur boulot en pondant des budgets à l'équilibre.

EIFFEL a répondu le 19/08/2012 à 11:29:

La planche à billets semble évidemment la seule solutiuon et elle est déjà bien engagée un peu partout dans le monde et notamment aux USA et plus subtilement en Europe. Il va s'en suivre un appauvrissement des gros détenteurs de devises au profit des Etats et des citoyens endettés. En fait, il s'agit aussi d'un juste retour des choses. Ainsi, un Carlos Ghosn qui gagne un million d'euros par mois donnera automatiquement une partie de son trop perçu, à la grande masse des indigents et des allocataires qu'il a fait venir par le biais d'appel de main d'oeuvre de ses usines du continent africain. Il faut que Carlos et consorts comprennent que la justice passe toujours, tôt ou tard. Merci Carlos !

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john galt a écrit le 16/08/2012 à 15:08 :

Mr Peyrelevade est un parfait représentant de l'énarchie compassionnelle, et sous couvert de compétence économique, nous ressort encore et tjrs le socialisme qui nous coule. En quoi la croissance disparaitrait si l'eur ose décomposait ??? Parce que l'Euro est synonyme de croissance ??? depuis 10 ans, cela se saurait !!! En quoi une union monétaire peut être synonyme de ciompétitivité ??? Autre a priori parfaitement socialiste et parfaitement faux : la solidarité de l'europe du nord est nécessaire à la croissance ?!?!? depuis quand la solidarité, cad le vol des compétents pour encourager les incompétents àse reposer est-il synonyme de croissance ??? l'effondrement continue de la croissance française depuis 40 ans (mais aussi la faillite de la GB en 77, de la suède en 92) nous montre pourtant tout l'inverse !!!! Et la vérité ne contredit pas une définition vraie !! (Aristote). Mr Peyrelevade n'arrive pas à sortir de son enfermement idélogoqiue étatique et socialisant ...

nino a répondu le 17/08/2012 à 08:34:

Mais quel pays libéral s'en sort bien selon vous ?

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juanmarco a écrit le 16/08/2012 à 09:52 :

La Gauche de responsabilité s'appelle la Droite.

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Miami Cuban a écrit le 14/08/2012 à 14:53 :

"Il est vain d'opposer rigueur et croissance" Pour vous basse populace, ce sera rigueur et récession. Pour nous, la Nomenklatura, ultra-consumérisme à crédit, non taxation des indemnités et immunité (ou impunité, c'est au choix).

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tedy a écrit le 14/08/2012 à 13:17 :

le gouvernement semble voir réduire les déficits.L'ancien gouvernement laisse un déficit colossal : 65 % du PIB en 2007 , 89 % du PIB en 2012. il ne peut y avoir de croissance saine si les dépenses publiques qui influe sur la croissance sont basées sur l'emprunt. Il faut remettre la machine en route dans une rigueur implacable pour réduire les dépenses. en ce qui concerne la compétitivité, il faudra changer de cap et lancer la France dans le haut de gamme et soutenir ou nous sommes en tête notre image de marque dans l'agro alimentaire et le luxe n'est plus a prouvé. (la demande va augmenté grâce à l'augmentation de la classe moyenne dans les poays emergents) on ne peut plus faire de produits à bas couts notre production se sera jamais compétitive. On ne peut pas lutter contre les pays émergents avec nos cout du travail. si on ne peut pas opposer croissance et rigueur, il faudra orienté la politique industrielle dans une voie qui lui assure le succès et l'emploi en France. Et ceci avec peu de moyens. sinon, on sera contraint d'opposer croissance et rigueur avec les mirages de l'effet positif du déficit. ( le déficit influerai une demande plus forte )

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Gilles1 a écrit le 14/08/2012 à 12:31 :

Il décidera de ne rien faire comme il a toujours fait au long de sa carrière de haut fonctionnaire ! Ce n'est pas pour rien qu'il est allé rendez visite à Chirac, un orfèvre en la matière.

morose a répondu le 16/08/2012 à 16:19:

Bien vu; le passé éclaire l'avenir!

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par Pascal C le 21/08/2012 à 10:05

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