Luttons-nous pour la justice ?

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Emmanuel Macron
Emmanuel Macron (Crédits : Reuters)
12 personnalités (*) engagées issues de la recherche, de l'entrepreneuriat, de la vie associative, des services publics, de la formation professionnelle et de l'enseignement rappellent l'importance de la question globale du travail au XXIe siècle et apportent leur soutien au programme d'Emmanuel Macron.

« Luttons-nous pour la justice ? » C'est le titre d'un fragment rédigé par la philosophe du travail Simone Weil, réfugiée à Londres, en 1943, peu de temps avant sa mort, dans un monde en pleine guerre. En 2017, alors que le chaos idéologique et électoral semble régner, à quelques jours seulement du premier tour des élections présidentielles, c'est encore, selon nous, la seule question véritable.

Luttons-nous réellement, lucidement, pour la justice ? La justice, non comme un horizon de pensée, pour demain, après-demain, reportée à un temps toujours indéfiniment éloigné. Mais la justice aujourd'hui, la justice sociale en particulier, gagnée pas à pas dans un combat à la fois exigeant et réaliste.

Batailles concrètes

Emmanuel Macron est le candidat de la justice sociale. Ni dans le camp des cyniques, ni dans celui des rêveurs, il est à la tête de tous ceux qui veulent faire avancer l'égalité réelle. Et cela ne se joue pas que dans des combats d'idées ! Cela se joue d'abord et urgemment dans des batailles concrètes : la lutte contre le non-recours aux aides sociales par exemple (création d'un versement social unique et automatique pour tous ceux qui y ont le droit), ou la lutte pour l'égalité réelle des chances (réduction de moitié des effectifs dans les 12.000 classes de CP et de CE1 en zone prioritaire, entre autres mesures importantes).

Candidat de la justice sociale, il a choisi la bataille la plus franche : celle du travail. Il ne tourne pas autour. Il ne cherche pas à l'éviter par quelque malice politicienne... en nous vendant du rêve ou détournant notre attention sur des enjeux seconds. La philosophe Simone Weil, appelant à la reconstruction, écrivait : « Notre époque a pour mission propre, pour vocation, la constitution d'une civilisation fondée sur la spiritualité du travail ». C'était en 1943. Ce à quoi Emmanuel Macron répond aujourd'hui : il faut remettre au cœur de notre projet de société une « valeur travail », et non l'abandonner. Remettre au cœur de notre société une philosophie de la « dignité de l'homme au travail », adaptée au XXIe siècle.

Combat à mener

Travail, nouveaux rapports au travail, nouvelles formes d'activité... Il y a un combat à mener pour accompagner, organiser, valoriser le travail aujourd'hui. Sur la scène intérieure, nous dirions même que c'est LE grand combat. Les autres lui sont essentiellement attachés: lutte pour l'égalité, défi du vivre-ensemble, bataille des modèles de société, même d'une certaine façon le combat écologique.

Car le travail n'est pas simplement ce « moyen, ayant pour fin correspondante l'argent » (Simone Weil, Maria Nowak et bien d'autres). Le travail, c'est concrètement et quotidiennement : une relation à soi, une relation aux autres et une relation au monde (à la matérialité du monde, à la terre).

La bataille du travail est individuellement décisive pour des millions de Français. Elle est collectivement décisive pour notre société. Les coûts réels d'une situation de chômage étendue et installée sont encore largement sous-estimés, d'ordre tant économique que social et politique. Et le coût réel d'une terre gaspillée ou surexploitée, largement inconsidéré.

Maintenant que nous en sommes là...

Connaissez-vous acte plus courageux que de NE PAS se détourner de la bataille du travail, alors même qu'elle nous fait tous tomber ? Le président sortant. Ceux qui l'ont précédé. Les millions d'« outsiders » qui n'arrivent pas à entrer durablement sur le marché. Les millions d'« insiders » tout aussi captifs et malades de notre système global, qui aimeraient s'en sortir autrement qu'en laissant leur santé pour prix de leur « bonne intégration au marché ». Plus tous ceux qu'on prépare (enfants et jeunes, avec quelle promesse d'avenir ?), quand ils ne renoncent pas simplement, pour le plus grand drame de notre République.

Connaissez-vous plus lâche que de faire comme si ce n'était pas le sujet, ou pas le sujet premier (mais une question de croissance à relancer, ou bien de frontières à refermer, pour que tout se trouve d'un coup réglé) ? Ne nous y trompons pas : on ne livre pas plusieurs grandes batailles dans le cadre d'un quinquennat. Ce que l'on ne vise pas en premier ne sera pas conséquemment adressé.

Moyens considérables

Emmanuel Macron a décidé de livrer ce combat en priorité. Il a décidé d'y mettre des moyens considérables. C'est un choix politique. 15 milliards pour la formation, adossés à 15 milliards supplémentaires pour la transition écologique et énergétique, créatrice d'emplois. L'objectif de former 1 million de jeunes éloignés de l'emploi et 1 million de chômeurs de longue durée faiblement qualifiés. Plus un droit à l'assurance-chômage pour les salariés qui démissionnent (exerçable une fois tous les 5 ans), afin qu'ils ne se trouvent pas bloqués dans des situations de mal-être au travail, et que les entreprises soient réellement incitées à investir pour la qualité de vie au travail (sous peine d'un turn-over important)...

Nous, signataires, croyons à cette priorité du travail. La question globale du travail au XXIe siècle (comment on l'organise, comment on le valorise, dans quel souci de chacun et dans quel souci de notre terre) est le point névralgique de nos sociétés. C'est le combat auquel nous voulons nous associer.

(*)  Maÿlis DUPONT (sociologue, cofondatrice de l'Association Kodiko), Pascal DAVID (philosophe), Christian MONJOU (agrégé de l'Université et conférencier), Philippe RAMBAUD (entrepreneur, engagé dans l'aide aux entrepreneurs), Thibault GOUACHE (dirigeant d'entreprise), Ketcia THACH (fondatrice de Goodat, plateforme de recrutement), Frédéric POMEGUES (Responsable Pôle Emploi), Yves LICHTENBERGER (sociologue du travail), Francis GINSBOURGER (économiste du travail, intervenant dans les organisations), Pascal CULERRIER (professeur d'histoire en khâgne classique), Fabrice PAUBLANT (entrepreneur et Business Angel), André JAUNAY (fonctionnaire territorial, fondateur de France Angel, Association Zy va).

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Commentaires
a écrit le 19/04/2017 à 17:51 :
"la lutte contre le non-recours aux aides sociales par exemple "

Pourquoi ce non-recours ,la raison est simple :

En 2009, une subtile taxe a été mise en place, qui concerne tous les éligibles au RSA, qu’ils soient d’ex-RMistes, allocataires de l’allocation de parent isolé (API) ainsi que des salariés pauvres touchant une partie du RSA. une information qui a peu circulé ces dernières semaines, suscite quelques remous dans les CAF : « Oui les revenus de l’épargne quelle que soit la forme de cette épargne sont pris en compte au même titre que les autres revenus perçus par le foyer (salaires, pensions, retraites, etc.) » , avoue le Haut commissariat Cette disposition, qui ne figure pas sur le formulaire de demande RSA, et qui est inscrite dans la rubrique 041 (autres revenus) des déclarations trimestrielles, concerne tous les livrets, y compris le livret A, et donc la petite épargne utilisée par les personnes les plus précaires qui ne peuvent avoir accès au système bancaire classique. Explication : une personne au chômage éligible au RSA vient de percevoir une indemnité de licenciement s’élevant à 10 000 euros. La caisse d’allocations familiales déduira du RSA 3 % des 10 000 euros, soit 300 euros, soit 25 euros mensuels. Ôtez ces 25 euros sur les 447 euros (maximum) que peut percevoir une personne seule sans emploi alors que le seuil de pauvreté est évalué à 817 euros, et vous avez une (petite) idée de la situation de grande pauvreté qu’est en train de provoquer cette discrète taxation des revenus des pauvres qui sert finalement à financer… le RSA. On peut noter que ce principe a été étendu à l'APL en novembre 2016.
a écrit le 19/04/2017 à 17:26 :
"Emmanuel Macron a décidé de livrer ce combat en priorité. Il a décidé d'y mettre des moyens considérables. C'est un choix politique. 15 milliards pour la formation".

Donc ,deux fois moins qu'aujourd'hui:
En France, le système de formation professionnelle marche mal. Pourtant, chaque année, quelque 32 milliards d'euros sont dépensés pour former les adultes et les apprentis.
a écrit le 19/04/2017 à 13:53 :
Nous ne vivons plus au Moyen Age. Il y a le travail et aussi l'énergie qui complète ou remplace le travail. Il faut tenir compte de l'énergie.
a écrit le 19/04/2017 à 11:25 :
Qui peut croire que M.Macron va réussir dans ce qui a été un échec de tous les partis depuis Mitterand? Un peu de sérieux svp, et surtout un peu de sérieux dans la gestion du bien public, nos finances! Et on aimerait un peu plus de cohérence dans l'utilisation du mot Justice qui est d'abord la Justice devant la Loi, et surtout rien d'autre, même s'il y a accord extrêmement large à soutenir les plus faibles (ce que notre système de redistribution à 700 milliards ne fait pas!). Assez désespérant qu'un jeune nouveau arrive avec les mêmes discours éculés de l'ancienne classe politique, et qu'il est prêt à ratisser à grands coups de nouvelles prestations sociales, comme son projet sur la taxe d'habitation destinée à 80% des foyers fiscaux, sans doute tous pauvres...
Réponse de le 25/04/2017 à 14:01 :
"Et on aimerait un peu plus de cohérence dans l'utilisation du mot Justice qui est d'abord la Justice devant la Loi, et surtout rien d'autre", écrit BH.
Pourquoi ce "surtout" ?
En quoi la conception que Simone Weil propose de la Justice est-elle incohérente ?
J'apprends que Pascal David va publier des écrits de Simone Weil sous ce titre "Luttons-nous pour la Justice ?" aux éditions Peuple Libre au mois de juin.
J'ai lu "Désarroi de notre temps et autres fragments sur la guerre" de Simone Weil, et c'est excellent pour comprendre ce qui se passe aujourd'hui.

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