Après trois échecs, Lille se relance dans la course à l'Idex

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Les universités lilloises proposent la création d'ici à dix ans d'une grande université internationale qui s'appellera l'Université Lille Nord-Europe (ULNE). L'objectif est de compter parmi les 50 meilleures universités européennes et de tisser des partenariats avec d'autres universités d'influence du nord de l'Europe.
Les universités lilloises proposent la création d'ici à dix ans d'une grande université internationale qui s'appellera l'Université Lille Nord-Europe (ULNE). L'objectif est de compter parmi les 50 meilleures universités européennes et de tisser des partenariats avec d'autres universités d'influence du nord de l'Europe. (Crédits : Maelick / Flickr)
Fusion des trois universités publiques programmée pour janvier 2018, intégration des grandes écoles d'ici à 10 ans, fléchage du label d'excellence sur seulement trois thématiques, décloisonnement des disciplines, déploiement sur le nord de l'Europe et liens renforcés avec les entreprises du territoire, tels sont les grands axes de cette nouvelle candidature au label - et au financement! - Idex (pour "Initiative d'excellence"). Mais ce fléchage ne risque-t-il pas de nuire à la diversité de la recherche lilloise ?

Les universités lilloises ne baissent pas les bras. Après avoir été retoquées trois fois par le gouvernement, elles viennent de déposer une nouvelle candidature à la labellisation des Initiatives d'Excellence (IDEX). Il leur avait été reproché un manque d'ambition. Elles ont revu leur projet en conséquence avec la création d'ici à dix ans d'une grande université internationale qui s'appellera l'Université Lille Nord-Europe (ULNE). L'ULNE intègrera les universités Lille 1, Lille 2 et Lille 3, le CNRS, l'Inserm, l'Inria, les grandes écoles d'ingénieurs de la métropole lilloises, Sciences Po Lille ainsi que le CHRU de Lille et l'Institut Pasteur. L'objectif est de compter parmi les 50 meilleures universités européennes et de tisser des partenariats avec d'autres universités d'influence du nord de l'Europe.

Compter parmi les 50 meilleures universités européennes

François Pattou, directeur de l'Unité de recherche transactionnelle sur le diabète (Univ. Lille/lnserm/CHRU de Lille) et membre du comité opérationnel de la candidature à l'Idex, insiste sur la nécessité de se présenter sous une même bannière :

« Lille n'est pas présent au classement de Shanghai car sa recherche est morcelée. Il y a 17 adresses différentes rien que dans le domaine de la santé. Ce n'est pas son but premier, mais l'Idex ULNE permettra de réunir les forces existantes sous une même adresse."

L'ULNE veut faire partie des réseaux d'influence du Nord de l'Europe en développant des partenariats avec d'autres universités en Belgique, au Royaume-Uni, aux Pays-Bas et en Scandinavie. L'université catholique de Leuven en Belgique (93e au classement de Shanghai ARWU) s'est déjà engagée à faire partie de ces partenaires extérieurs.

Bien plus qu'une fusion des trois universités

Dans sa nouvelle mouture, le projet est bien plus qu'une « simple » fusion des trois universités, cette dernière étant déjà programmée pour janvier 2018. Car le projet fait également la part belle aux entreprises. Elles sont 190 à le soutenir. Des grands groupes comme Auchan, Orange et Decathlon et aussi des PME et des startups. Plusieurs de ces entreprises ont affiché leur intention de financer des actions concrètes. Environ 65 millions d'euros de promesses auraient été recueillis.

Si la candidature est retenue, l'ANR (Agence Nationale de la Recherche) allouera 15,425 millions d'euros par an à la future ULNE, soit le montant que représentent les intérêts d'une dotation de 618 millions d'euros. Cette dotation sera attribuée à l'université sous forme de capital au bout de 4 ans si la feuille de route a été bien suivie. Mais elle ne pourra pas y toucher. Ce montage est en fait un jeu d'écriture qui permet de ne pas faire apparaître cette somme dans les déficits publics de l'Etat. Les 15,425 millions d'euros annuels seront eux bien réels. Mais c'est très peu comparé au budget de fonctionnement des établissements universitaires de Lille et de ses partenaires. A titre de comparaison, rien que le budget annuel de Lille-1 dépasse les 200 millions d'euros. Alors pourquoi tant d'énergie dépensée à vouloir absolument obtenir l'Idex ?

Les effets positifs attendus d'une labellisation Idex

Il y a plusieurs raisons à cela. Le budget des universités est tellement serré qu'elles courent après tous les financements possibles. Le déficit annuel de Lille 1 dépasserait même les 3 millions d'euros. Avoir la labellisation Idex donne ensuite une reconnaissance au niveau national et international. Elle permet de promouvoir une dynamique d'excellence. Sur les 15 métropoles françaises, 7 ont déjà obtenu l'Idex. Ne pas l'avoir nuirait à l'image de celle de Lille.

La ville de Lille, la métropole et la région des Hauts-de-France sont toutes réunies autour de cette candidature. La MEL a voté une aide à l'ULNE de 60 millions d'euros sur 4 ans. Du côté du Conseil Régional des Hauts de France, cette aide s'élève à 254 millions d'euros également sur 4 ans.

Aux yeux des collectivités et du monde des entreprises, l'Idex apparaît comme un outil structurant. Leur mobilisation n'est guère étonnante sur un territoire où le chômage est élevé et où les efforts de la R&D publique et privée ne dépassent pas les 0,90 % du PIB, contre 2,4 % au plan national. La labellisation Idex aiderait à faire mieux.

"On va perdre en diversité de recherche et de formation" (FSU)

Christophe Vuylsteker, enseignant en biologie et secrétaire de la section Snesup de Lille-1 affilié à la Fédération syndicale unitaire (FSU), n'est pas de cet avis :

« Notre syndicat est opposé à l'Idex car il a pour effet de concentrer la recherche et les enseignements associés sur un périmètre d'excellence défini une fois pour toutes. La moitié des postes liés à la recherche seront fléchés sur le périmètre de l'Idex. On va perdre en diversité de recherche et de formation. La candidature met déjà en avant les laboratoires lauréats des Labex et les plateformes Equipex labélisés par l'ANR."

Même réticence pour le syndicat Sud Lille.

« L'Idex entre dans une logique permanente d'appels à projets qui pousse les universités et les universitaires à sans cesse chercher des financements aux dépend de leurs missions initiales de service public », écrit-il sur son site internet.

Trois thèmes ciblés : la santé, la planète et le digital

Le projet Idex ULNE s'articule en effet sur trois « hubs » : la santé tout au long de la vie, l'impact des activités humaines sur la planète et la porté du digital sur l'homme et l'économie.

« Ces Hubs seront de véritables concentrateurs des capacités de recherche, d'innovation et de formation dans chacun de ces domaines », peut-on lire dans le dossier de presse sur la candidature.

« Les moyens de l'Idex vont se concentrer sur un noyau de sujets qui vont avoir un effet d'entrainement de part la collaboration internationale avec d'autres universités. Cela apportera plus de ressources en propre et sera profitable à l'ensemble des étudiants », ajoute Emmanuel Duflos, directeur de Centrale Lille et membre du comité opérationnel de la nouvelle candidature.

Réponse du jury : le 20 février 2017

« Nous voulons casser les cloisons entre le monde socioéconomique et académique. De même, nous décloisonnerons aussi les disciplines de recherche par des projets transdisciplinaires qui s'articuleront au sein des trois hubs, et qui feront par exemple travailler ensemble des spécialistes de la santé, du numérique et des sciences sociales », affirme Fabienne Blaise, présidente de l'Université de Lille, sciences humaines et sociales et coordinatrice du projet Idex ULNE.

Le jury de l'Idex sera-t-il convaincu par cette nouvelle candidature ? Lille est en concurrence avec Lyon. Le refus de Lyon III de fusionner avec les autres universités lyonnaises pourrait avantager Lille. On le saura juste après le grand oral qui aura lieu dans la semaine du 20 février 2017.

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Commentaires
a écrit le 04/12/2016 à 13:14 :
Quel désastre ! Ceux qui ont invente ces "Trois thèmes ciblés : la santé, la planète et le digital" ou plutôt ces trois clichés ne comprennent rien à ce qu'est la recherche qui est d'abord liberté de penser.
On a tellement étranglé les universités qu'elles en sont réduites à se soumettre à un chantage.
a écrit le 03/12/2016 à 10:37 :
Ce n'est pas parce qu'on a 500 enseignants chercheurs au lieu de 50 sur une thématique donnée que la recherche avancera 10 fois plus vite et produira 10 fois plus d'articles (il s'en produit déjà beaucoup trop et ils contiennent en général bien peu d'information utile). Surtout si ces 500 chercheurs passent 90% de leur temps à répondre à des appels à projet et monter des dossiers pour financer leur recherche. Par contre ce qu'il faut faire c'est leur donner un appui technique et financier suffisant pour pouvoir confronter rapidement leurs idées à l'expérimentation.
a écrit le 03/12/2016 à 10:28 :
Cette course aux mastodontes universitaires est insensée. Caltech, reconnue comme la meilleure université du monde, n'a que 2000 étudiants. Et en plus la recherche a besoin de souplesse, pas d'un Gosplan à base de mots clés aussi consensuels et politiquement corrects que vagues. Quant au classement de Shanghaï qui fait une part démesurée à la recherche (et surtout aux publications et aux Nobel) au détriment de la qualité de la formation et à l'employabilité, honnêtement qui le consulte pour choisir son université ou son école ? Il n'y a qu'une faible corrélation (si ce n'est une corrélation négative) entre la qualité de l'enseignement d'un enseignant chercheur et sa "production scientifique", quand aux prix Nobel dans une université ce n'est pas eux qui font les TD ou corrigent les copies.

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