Lille compte bien avoir sa part des JO de Paris 2024, mais à quel prix ?

 |   |  927  mots
Au centre de cette photo de famille à l'occasion de la réunion de soutien du 26 juin 2017, Damien Castelain, président de la Métropole européenne de Lille (MEL), et Bernard Lapasset, co-président du comité Paris 2014, tiennent ensemble l'emblème en relief de Paris 2024. Photo Alexandre Traisnel/MEL
Au centre de cette "photo de famille" à l'occasion de la réunion de soutien du 26 juin 2017, Damien Castelain, président de la Métropole européenne de Lille (MEL), et Bernard Lapasset, co-président du comité Paris 2014, tiennent ensemble l'emblème en relief de Paris 2024. Photo Alexandre Traisnel/MEL (Crédits : Alexandre Traisnel / MEL)
Paris ayant désormais obtenu l'organisation des Jeux olympiques de 2024, Lille compte bien devenir une base arrière de l'événement mondial. La métropole, qui dispose de beaux atouts, a sept ans pour s'y préparer.

« L'accueil du plus grand événement sportif au monde serait une formidable opportunité pour notre pays mais aussi pour notre métropole : nous avons prouvé ces dernières années notre capacité à accueillir des évènements sportifs d'envergure internationale », avait souligné, fin juin, Damien Castelain, président de la Métropole européenne de Lille (MEL), lors de la venue du comité de candidature olympique dans la capitale des Flandres.

Lille sait effectivement recevoir car elle a déjà eu l'occasion d'accueillir cette année trois matchs du championnat du monde de hand-ball mais aussi les championnats d'Europe d'athlétisme par équipe, six matchs de l'UEFA Euro en 2016 ainsi que la phase finale de l'EuroBasket en 2015, sans oublier la finale de la Coupe Davis en 2014. Au cours de ces grands évènements, on se souvient de quelques couacs, comme l'UEFA imposant aux commerçants du stade une redevance de 600 euros par cellule et par jour de match par exemple. Il était aussi question d'être "sponsor-compatibles". En septembre prochain, se déroulera, toujours à Lille, la demi-finale de la Coupe Davis.

Permettre aux sportifs de s'entraîner dans la période pré-olympique

Le vaisseau amiral qui a accueilli la majeure partie de ces évènements, c'est bien évidemment le grand stade ultramoderne Pierre-Mauroy (50.000 places), bien mis en valeur dans le dossier de candidature de Paris 2024. La structure, qui a coûté au bas mot 324 millions d'euros dans le cadre d'un partenariat public-privé (PPP), connaît encore bien des controverses, concernant les conditions d'attribution du marché initial notamment.

| Lire : "Corruption", "favoritisme", les soupçons s'accumulent dans l'affaire du Grand Stade de Lille

S'il est aujourd'hui quasiment acquis que ce stade Pierre-Mauroy accueillera des matchs du tournoi de football masculin et féminin, la métropole lilloise souhaite aller encore plus loin, en permettant aux sportifs de s'entraîner quelques semaines ou quelques mois avant les Jeux. Pour cela, Damien Castelain, président la Métropole européenne de Lille, va jusqu'à parler d'"infrastructures exceptionnelles", affirmant :

"Plus que jamais, nous sommes prêts à y accueillir les athlètes des Jeux Olympiques, que ce soit pour les phases de préparation ou en compétition."

Tout en sachant que 28 disciplines sportives sont représentées aux JO.

L'expérience des JO d'été de Londres en 2012

La région avait déjà servi en 2012 de base arrière pour les Jeux Olympiques d'été de Londres, avec notamment le nouveau vélodrome de Roubaix et la salle d'altérophilie à Berck-sur-Mer. Plusieurs territoires du Pas-de-Calais s'étaient alors mobilisés pour attirer des sportifs mais le bilan économique avait été décevant, la rénovation des équipements ayant globalement coûté plus cher que les retombées des quelques délégations accueillies.

Qu'importe, les élus continuent de plaider en faveur des équipements métropolitains. Pour eux, le Stadium Lille Métropole, construit en 1975, tient encore la corde pour les compétitions d'athlétisme. La nouvelle piscine olympique, qui va être lancée en 2019 sur les friches de l'ancienne gare Saint-Sauveur, en plein cœur de Lille, arrivera à point nommé. Et le projet d'un nouvel Arena, qui se dessinait également pour 2024, pourrait être boosté.

« La richesse des infrastructures et ce savoir-faire en matière d'organisation de grands évènements va permettre à Lille de participer au formidable dynamisme des Jeux », avait confirmé avec emphase Bernard Lapasset, co-président du comité Paris 2014.

Muscler le tourisme

Si la capitale des Flandres se dit prête à accueillir des athlètes, elle souhaite aussi attirer un maximum de touristes, en captant une partie des 10 millions de personnes attendues pour ces JO de 2024. Avec Lille "partie prenante de la biennale d'art de Lille 3000", comme l'indique le communiqué envoyé lors de la venue du comité de candidature olympique, "la Métropole de Lille serait alors au cœur de l'Olympiade culturelle organisée en France de 2020 à 2024".

Les Hauts-de-France ont beaucoup misé sur le tourisme avec l'antenne du Louvre à Lens et consacrent toujours aujourd'hui 5,5 millions d'euros au développement du tourisme chez les Ch'tis.

Lille prête à accueillir et à héberger, mais quid des retombées ?

Plus que le tourisme, la région devrait avoir le rôle plus pragmatique de venir en renfort de Paris en matière d'hébergements, ne serait-ce que pour les équipes techniques... Bernard Lapasset, co-président du comité Paris 2014, avait noté lors de sa visite nordiste (voir photo ci-dessous) son besoin de mobiliser "plus de 70.000 bénévoles : la position de Lille à une heure de Paris [55 minutes en TGV, Ndlr] va permettre des transferts rapides".

(Photo : Damien Castelain, et Bernard Lapasset posent en se serrant la main devant l'emblème en relief de Paris 2024, lors de la réunion de travail du 26 juin 2017. Photo Alexandre Traisnel/MEL)

« Ça fait un siècle qu'on attend les Jeux en France. La MEL ne peut pas être absente de cette fête mondiale », s'était enthousiasmé Damien Castelain. Derrière les beaux discours et le dossier de candidature bien léché, une seule question n'a pas été abordée : celle du coût pour la collectivité et des retombées effectives pour l'économie régionale. Dans un contexte de restriction budgétaire tout azimuts, l'accueil du plus grand événement sportif à Lille pourrait aussi creuser le déficit.

Par Gaëtane Deljurie, 
correspondante Hauts-de-France pour La Tribune

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 05/08/2017 à 21:44 :
Le coût prévu de ces jeux est de 6,6 milliards = 6 600 millions d"euros ( hors frais de sécurité et hors dépassement ) payé par TOUS les français pour Paris.
Le vrai intérêt des lillois serait que ses jeux ne soit pas organisés est que l'argent public soit dépensé dans des domaines plus utiles à tous.
Réponse de le 07/08/2017 à 13:07 :
50% sont supportés par le privé donc le cout pour le contribuable n'est pas de 6,6 mais de 3, 3 principalement en IDF. L'Etat c'est 1 milliard, ce qui est comparable à l'Euro 2016 où beaucoup de stades dont celui de Lille on été construits ou reconstruits.
a écrit le 04/08/2017 à 23:11 :
pas certain que Martine Aubry fasse partie des "beaux atouts" :-)
a écrit le 04/08/2017 à 19:59 :
C'est le CIO, qui va décider sur dossier, pareil pour le surf, y a moult candidats (Landes, etc). A part si Lille est seule candidate (autant avoir déjà les installations pour postuler).
a écrit le 04/08/2017 à 17:58 :
Tant mieux pour Lille (hauts de france) qui va organiser les jeux olympiques d'hiver sur ses montagnes !
Réponse de le 04/08/2017 à 18:15 :
Structures exceptionnelles? Contribuables, attendez vous à payer une note salée.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :