Au siècle des villes, les nouvelles maladies urbaines

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Le virus Zika se propage actuellement en Amérique Latine, par un moustique, "de manière explosive" avec 3 à 4 millions de cas attendus cette année sur le continent américain.
Le virus Zika se propage actuellement en Amérique Latine, par un moustique, "de manière explosive" avec 3 à 4 millions de cas attendus cette année sur le continent américain. (Crédits : © Jose Cabezas / Reuters)
Au XXIe siècle, celui des villes, il est indispensable de s'intéresser aux « nouvelles maladies urbaines ». Quelles conséquences au regard de la santé humaine et les impacts sur notre qualité de vie ?

L'actualité est, malheureusement, riche d'exemples très concrets de menaces qui concernent l'ensemble du monde urbain de la planète. L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) a adopté une définition large de la santé qui « ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité », mais plutôt en «un état de complet bien-être physique, mental et social ». La santé est influencée par de nombreux facteurs et en premier l'environnement de vie.

Nous évoquons souvent la vulnérabilité liée à la problématique de la gestion environnementale, avec les maladies et perturbations dans la chaine systémique de la santé, dues à la pollution urbaine.

Aujourd'hui, nous sommes face à la montée de nouvelles maladies infectieuses qui sont en lien direct avec les problématiques d'urbanisation et changement climatique : "Des épidémies majeures peuvent se produire dans des villes à l'échelle mondiale"a alerté il y a quelques jours l'OMS sur son compte Twitter.

Dissémination favorisée dans les zones urbaines

Sa directrice a souligné que "la situation découlant d'El Niño (phénomène climatique particulièrement puissant depuis 2015 et qui favorise le réchauffement climatique) devrait cette année accroître le nombre des moustiques". Nous l'avons vu avec l'Ebola et sa propagation l'année dernière dans les pays africains,  maintenant le démarrage de la fièvre de Lassa, avec la Dengue et la remontée du moustique Tigre dans des grandes zones urbaines, son cousin le Chikungunya, et le virus Zika plus récent; pour citer des exemples concrets.

En 2009, le directeur Général de l'OMS a déclaré que "les maladies infectieuses peuvent émerger dans les zones rurales, mais les zones urbaines sont cruciales pour leur dissémination et leur transformation en épidémie, voire en pandémie".

Dans le cas du virus Zika, il se propage actuellement en Amérique Latine, par un moustique, "de manière explosive" avec 3 à 4 millions de cas attendus cette année sur le continent américain. Il est particulièrement dangereux pour les femmes enceintes et bébés. Il serait arrivé au Brésil lors de la Coupe du monde de football en 2014. Il touche maintenant des grandes villes comme Sao Paulo et Rio de Janeiro, avec un lien direct avec l'épidémie de microcéphalie en cours. 100.000 bébés pourraient être touchés par la microcéphalie d'ici à 5 ans.

Dans le cas du virus chikungunya le niveau d'urbanisation joue aussi un rôle important. Je cite l'excellente étude publiée en 2009 « L'environnement socio-spatial comme facteur d'émergence des maladies infectieuses » « l'urbanisation croissante et la concentration toujours plus forte des populations sont des facteurs d'émergence bien établis des maladies virales. Dans le cas du virus chikungunya, à transmission pourtant vectorielle, le niveau d'urbanisation joue aussi un rôle important dans la mesure où  le moustique Tigre est un particulièrement bien adapté en milieu urbain et périurbain ».

Le facteur urbain combiné au réchauffement climatique et à la portée des échanges internationaux, dans une économie mondialisée, amènent l'émergence de ce type de maladies dans les zones urbaines des pays du Nord. L'étude de l'OMS publié en septembre 2013 « Cadre régional pour la surveillance et la lutte contre les moustiques invasifs et vecteurs de maladies et les maladies réémergentes à transmission vectorielle » précise que l'Europe restait vulnérable à la transmission d'autres arbovirus tropicaux et ont confirmé que la transmission de ces maladies peut devenir indigène.

La dengue, proche du chikungunya, infection véhiculée par les moustiques est devenue également une maladie urbaine, prenant de plus en plus d'importance pour la santé publique internationale. Elle frappe à la fois dans les régions tropicales et subtropicales, principalement dans les zones urbaines et semi-urbaines. Elle menace 3,6 milliards de personnes vivant dans plus de 125 pays et territoires endémiques. La menace de la dengue s'est précisée ces dernières années en Europe dans différentes zones où les vecteurs Tigre sont présents.

Les nouvelles pathologies urbaines

Aux risques posés par les agents infectieux, et l'ensemble de la problématique environnementale s'ajoutent de nouveaux enjeux de santé liés aux changements de vie propre à l'urbanisation, aux conditions de vie des citadins et à la dynamique de développement inégale des villes, en particulier dans des contextes de forte croissance non maîtrisée.

La complexité des villes, l'urbanisation croissante, la montée en puissance du tissu urbain, l'augmentation des besoins en lien avec l'explosion démographique, la pression due à la diminution des ressources, mais également les fractures socio-économiques visibles dans le tissu social, font apparaître aujourd'hui une  nouvelle sorte de vulnérabilité urbaine dans le domaine de la santé.

En revanche, l'urbanisation des villes entraîne des troubles tels que les bruits, le stress urbain lié aux activités, les risques naturels et/ou anthropiques, les insécurités routières et alimentaires, les impacts du changement climatique, les pollutions etc. Ceux-ci rendent la ville vulnérable au développement de pathologies dont certaines sont récentes comme l'hypertension artérielle, les maladies cardiovasculaires, l'asthme, le diabète, les allergies, l'obésité qui est généralement due à la sédentarité des personnes atteintes, les maladies de la promiscuité etc.

L'ensemble de ces maladies, dites de «civilisation», ont pris le pas sur les maladies infectieuses - en particulier dans les pays de l'axe Nord-Ouest de la planète -, et résultent de la dégradation généralisée de notre environnement de vie. Ces maladies non transmissibles deviennent un enjeu majeur pour les citoyens, la santé publique et l'économie, sans compter les effets systémiques. Margaret Chan, directrice de l'OMS, signale déjà en 2011 que « l'augmentation des maladies chroniques non transmissibles représente un énorme défi. Pour certains pays, il n'est pas exagéré de décrire la situation comme une catastrophe imminente pour la santé, pour la société, et surtout pour les économies nationales.»

Je terminerai cet article avec la citation d'Albert Levy, architecte-chercheur : « nous devons interroger l'urbanisme actuel, responsable de la dégradation des milieux, qui a produit cet environnement physique et social pathogène, et pour ce faire appréhender l'environnement urbain, dans sa globalité, comme un facteur de risque, un facteur d'exposition, un facteur potentiel d'altération (mentale, physique) de la santé. La «santé urbaine», aujourd'hui en question, a pour tâche de diagnostiquer les causes et les mécanismes par lesquels la ville, dans son organisation et son fonctionnement, affecte la santé, en proposant des solutions (urbanistiques) alternatives. L'urbanisme durable, aujourd'hui, en gestation, devrait mieux intégrer la dimension sanitaire dans ses objectifs »

C'est, à mon sens, tout à fait indispensable pour comprendre les mécanismes qui entraînent la fragilité de la ville, du tissu urbain et des relations des habitants avec leurs territoires.

C'est à la lumière de ce constat qu'apparaît la nécessité de se pencher sur la vulnérabilité sociale-urbaine. La ville intelligente et humaine sera celle qui saura  mettre chaque jour en œuvre la construction de sa résilience.

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Commentaires
a écrit le 03/02/2016 à 13:05 :
On pourrait aussi parler des pesticides et des entreprises qui gagnent de l argent en empoissonnant la population en toute connaissance ????
a écrit le 03/02/2016 à 12:08 :
C'est particulièrement vague tout ceci, je veux bien croire que l'architecture urbaine peut avoir des effets dans la diffusion de ces maladies mais quelles seraient donc, au moins dans les grandes lignes, vos orientations ?
a écrit le 03/02/2016 à 11:21 :
C EST VRAIS QUE DES PATOLOGIES MODERME DUE A LA SEDENTARITE DES PERSONNES AGEES AUGMENTE? C EST POUR CELA QUE NOS ELUE ET SOCIOLOGUES DOIVENT EN TENIR COMPTE EN AUGMENTENT LES SOINS ET HOPITAUX ET MAISON DE RETRAITES POUR CES PERSONNES EN FIN DE VIE.?ET CES PERSONNES AYANT BESSOIN DE BEAUCOUP DE SOINS SE RAPROCHE ET RETOURNE DES LES VILLES LES MIEUX EQUIPEES???

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