Comprendre la mondialisation, à l'heure de la vie urbaine

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(Crédits : Reuters)
Brandir la lutte contre « le cosmopolitisme » comme arme idéologique pour réarmer les frontières nationales est tout simplement aller à l'encontre de ce qui est notre siècle et l'avenir qui se dessine sous nos yeux pour les prochaines décennies. Par le professeur Carlos Moreno.

La mondialisation, présentée aussi comme la globalisation, se trouve aujourd'hui au cœur des débats de notre société. Des choix fondamentaux se présentent aujourd'hui dans des nombreux pays, dont la France, autour de cette idée. Matrice du « libre-échange, de la concurrence déloyale, de l'absence de frontières », porteuse d'une menace « d'immigration massive » pour reprendre les phrases prononcées par Mme Marine Le Pen, qui fait de cette interprétation, le socle de son projet politique et de société.

Dans un « essai » du Front National Jeunesse « Déconstruire le cosmopolitisme », la lutte contre le cosmopolitisme, est présentée contre « une perspective universelle, (qui) a pour ambition d'instituer une Cité à l'échelle mondiale ». Il s'agit alors de faire de la mise en place d'un Etat souverain avec ses frontières, sa culture, son économie, sa monnaie, sa langue, ses traditions, son armée, la clé de son combat. Le but est de bâtir une société dans laquelle « à bien des égards, il (soit) plus raisonnable de souhaiter pour l'homme la multiplicité des États qui se gouvernent selon leurs principes propres ». Ce renfermement dans son Etat souverain, indépendant est porteur d'une méfiance, devenant « inimitié », du conflit comme moteur de son expression, en la justifiant « car c'est dans l'inimitié, par le glaive ou le discours, que s'exprime la vie ». Une Nation donc prête à combattre d'autres nations autour d'elle, d'où cette mise en valeur toujours guerrière.

Se dédouaner de toute obligation d'ouverture envers autrui ?

Cette vision dédouane alors de toute obligation d'ouverture envers autrui, celui venu d'ailleurs, « l'étranger ». « A-t-on alors des obligations envers celui qui vient d'une autre patrie et avec qui l'on n'entretient aucune relation, aucun rapport ni, peut-être, ressemblance ? car « l'autre », n'est plus un alter ego mais un concurrent. Celui par qui tout acte donne lieu à la propre affirmation de sa différence, devient un ennemi... Voilà donc le cœur d'un socle donnant lieu à un programme d'exclusion, de rejet de l'autre, celui du Front National en France mais où l'on trouve son équivalent ailleurs. Il se décline ensuite sous toutes ses composantes, résumé dans cette expression « La France aux Français » et s'agissant de l'Europe, « L'Europe des Patries », pour mieux la démolir. Le « flux de migrants » est brandi alors comme la première menace, justifiant ainsi la mise en place de frontières nationales. Il s'agit d'un argument d'opportunité, pour faire flamber l'intelligence émotionnelle « de la Maison France » à la lueur des « menaces de submersion » dont rien que les statistiques migratoires dans son ensemble prouvent l'inanité et caractère manipulateur de tels propos. (INSEE, L'analyse des flux migratoires entre la France et l'étranger entre 2006 et 2013).

En réalité, ce n'est pas une logique correspondant à une période précise de notre histoire, si nous nous référons aux déséquilibres actuels au Moyen Orient. Il s'agit d'une question de principe basée sur la croyance que c'est à l'intérieur d'un Etat Nation entourée de toutes ses barrières que se construit l'art de l'inimitié face aux autres, qu'ils soient proches ou lointains, à l'intérieur ou à l'extérieur. Car aussi gare alors à ceux, qui venus d'ailleurs sont déjà à l'intérieur de ses frontières... L'ennemi est parmi nous, il est indispensable le chasser...

Des thèses ouvertement eugénistes, suprématistes et racistes

Voilà la logique qui en découle, et adieu donc Liberté, Egalité, Fraternité, Démocratie, Brassage, Mixité, Diversité... La République ne devient qu'un mot creux, de campagne, pour mieux « exprimer la vie par le glaive ou le discours », et la grandeur de la France un prétexte fallacieux pour façonner les hommes et les femmes dans « l'inimitié » envers l'autre. L'assimilation, "La France on l'aime ou on la quitte" et d'autres propos qui ne sont que la négation de l'autre, devient des propos courants. Comment ne pas s'étonner que l'auteur de ce texte, professeur de philosophie et l'un des secrétaires départementaux du « FN Jeunesse », ne soit pas par la suite porteur des thèses ouvertement eugénistes, suprématistes et racistes ?

Pourtant, l'ubiquité récente a créé une proximité entre les humains

La réalité de notre monde au XXIe siècle est bien différente : le monde est devenu urbain mais c'est une aventure qui remonte dans sa naissance à plus de dix siècles ! Elle a pris aujourd'hui une forme d'expression car partout dans le monde, l'ubiquité propre à ces dernières décennies a créé une proximité entre les humains, où les langues, cultures et manières de vivre différente s'emmêlent. Les distances physiques se sont raccourcies par la facilité à se déplacer. En moins d'une journée et demi au plus et à très bas prix, nous pouvons rejoindre n'importe quel lieu urbain de la planète.

Brandir la lutte contre « le cosmopolitisme » comme arme idéologique pour réarmer les frontières nationales est tout simplement aller à l'encontre de ce qui est notre siècle et l'avenir qui se dessine sous nos yeux pour les prochaines décennies. Mais encore plus grave, c'est méconnaître le passé de notre propre histoire y compris de notre vieille France, car c'est en réalité une construction qui a lieu au travers de tous les temps. En effet, la mondialisation est une affaire urbaine, qui remonte à la genèse même de l'apparition de la ville.

La mondialisation, une aventure urbaine qui a débuté il y a mille ans

A cet égard, il est instructif de lire le magnifique article de Thierry Dutour, enseignant à la Sorbonne, historien du Moyen âge, « La mondialisation, une aventure urbaine. Du Moyen Âge au "globalblabla" ».

L'un des aspects majeurs de son propos est, en effet, l'apparition depuis les 8e-9e siècles et le développement, dans une large mesure spontanée, d'une urbanisation d'un type nouveau. Cette urbanisation constitue, dans le cadre d'une vie économique animée par des échanges marchands libres, le mode de réponse au besoin de lieux de marché et de lieux de production d'objets manufacturés qui a dominé depuis le haut Moyen Âge l'évolution de l'Europe latine, puis celle des mondes extra européens atteints par son influence depuis le 15e siècle.

Ainsi, non seulement la mondialisation est une aventure urbaine, mais c'est une aventure commencée depuis plus de dix siècles. Il existe, en réalité, des marchés mondiaux depuis le 10e siècle. S'ils n'existaient pas, on ne comprendrait pas comment on peut, vers 900, acheter à Francfort-sur-le-Main des épices venus de l'Inde, ni pourquoi, au début du 15e siècle, la République de Venise, qui ne possède pas de mines d'or, frappe tous les ans dans ses ateliers monétaires 1 200 000 ducats d'or représentant 4 tonnes d'or fin. Il existe depuis le 13e siècle au plus tard un droit international privé, commercial et maritime en particulier, reconnu et appliqué par les juridictions des différents États. La libéralisation des échanges à partir du 18e siècle est un retour à une situation antérieure ; elle n'est pas la condition, mais la conséquence de l'essor des échanges ; elle procède à la fois de cet essor (qui s'est poursuivi en dépit de toutes les limitations que des pouvoirs politiques ont prétendu imposer) et d'une prise de conscience de leur utilité. L'évolution, certes, n'a pas été linéaire, mais au total ce sont surtout les guerres qui l'ont entravée et cela n'a rien d'une nouveauté. Quant aux évolutions du rôle des villes dans la production d'objets manufacturés, elles attirent l'attention aujourd'hui, car le rapport entre ville et industrie change, mais elles ne sont pas sans précédent : d'une façon ou d'une autre, depuis les 8e-9e siècles, mais d'une façon toujours changeante, les villes restent des lieux de production privilégiés...

Bien souvent, la mondialisation n'est pas nommée pour qu'on puisse la comprendre, mais pour l'apprivoiser ou pour envisager de la combattre. »

Comprendre le métropolitain, le mégalopolitain et l'hyper métropolitain

Nous sommes aujourd'hui à devoir comprendre comment l'émergence du fait métropolitain, mégalopolitain et hyper métropolitain, des villes globales, des villes - monde, avec un monde urbain qui a basculé vers l'Asie et en Afrique, a changé la donne de nos repères connus au XXe siècle.

Ce n'est pas le « Grand remplacement » ou autres « théories » justificatrices de la haine de l'étranger qui permettent d'analyser la complexité des relations nouvelles qui se tissent entre les villes, les hommes et qui transforment les Etats Nation. Ce n'est pas d'une invasion ou d'une submersion que l'Europe est menacée. Ce n'est pas non plus sous un flux migratoire déferlant que l'équilibre de la population française est enjeu. Le vrai enjeu est dans la capacité de nos centres urbains, où 4/5 ème de la population française habite et qui représente 20% du territoire, à créer de la valeur, à être attractifs, à développer une culture de l'innovation et à développer de nouveaux circuits de consommation- production, qui lui permettent de ré inventer les territoires, la ruralité et la proximité. Aller d'une République jacobine et centralisatrice vers une République urbaine, métropolitaine, totalement acrée dans l'Europe, porteuse d'une alliance des territoires, qui permette de créer des emplois, d'avoir des territoires zéro chômage, et de lutter contre l'exclusion pour abattre la pauvreté... Voilà le vrai enjeu à venir.

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Commentaires
a écrit le 24/05/2017 à 2:44 :
Trop d'incohérences dévoile le faux. Vos milliardaires ne vous l'ont pas dit..???
a écrit le 30/04/2017 à 14:56 :
des paroles verbales encore et encore ; finalement je préfère les textes et la musique de l'autre Moreno , le chanteur Dario .
a écrit le 28/04/2017 à 21:23 :
Du blabla. Oui, il y a urbanisation et même galopante mais ça marche quand on se ressemble à peu prés et si tout le monde joue le jeu. Pas le cas de certains qui viennent rapiner puis repartent se planquer chez eux. Tout le monde se plaint de la promiscuité des grandes villes alors que plus de 80 % du pays est vide. Les logements dits sociaux où on entassent tout ce monde sont invivables. D'où les exodes des vacances, des Week-end, pas facile une répartition harmonieuse car les gens veulent le beurre et l'argent du beurre, il faut une forte volonté politique. Ce n'est pas avec Macron qu'on l'aura.
a écrit le 28/04/2017 à 10:25 :
beaucoup de bla bla et pas de proposition.
Je doute que la question est comme l affirme l auteur de savoir si les villes qui représentent 20 % du territoire sont capable de creer de la valeur. D abord que fait ont des 80 % de territoire restant ? est il bien que 4/5 des francais s entassent sur 20 % de surface ?
Apres l auteur devrait se promener dans une des grandes villes qu il affectionne, en particulier dans les banlieues avant de dire qu il n y a pas un probleme de "submersion". On peut juger l immigration inevitable vu la demograohie galopante de l afrique, mais c est pas une raison pour en nier ses effets. Surtout si ladit immigration ne se traduit pas par une assimilation mais par des gens qui a la 3eme generation se definisse encore par leur origine :-(

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