Numérique : six idées concrètes pour les candidats à la présidentielle

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Le prochain locataire de l'Elysée devra prendre la mesure de la révolution numérique
Le prochain locataire de l'Elysée devra prendre la mesure de la révolution numérique (Crédits : © Christian Hartmann / Reuters)
L’Institut G9+, un think tank spécialisé sur les questions numériques, s’apprête à dévoiler « 100 idées pour une France numérique », à partir des propositions d’une quarantaine d’experts. L’objectif : positionner le numérique au cœur de la prochaine campagne présidentielle en nourrissant la réflexion des futurs candidats. Voici six idées majeures.

Transformer l'entreprise, développer l'industrie numérique, refondre les relations sociales, digitaliser la citoyenneté, mieux former les jeunes -et les moins jeunes- aux outils numériques... Les défis liés à la révolution numérique sont nombreux, car cette nouvelle économie bouleverse des secteurs entiers, remet en question le salariat et, avec lui, le système français de la protection sociale.

"C'est simple, pour mesurer l'impact de la révolution à l'œuvre, il suffit de regarder autour de soi. Prenez votre voisin de gauche, votre voisin de droite, et dites-vous que dans dix ans, leur métier n'existera plus ou se sera totalement transformé. Et probablement le vôtre aussi", résume Luc Belot, député (PS) du Maine-et-Loire et récent rapporteur du projet de loi numérique d'Axelle Lemaire adopté fin janvier par l'Assemblée nationale.

Ces changements, inéluctables, appellent à la définition d'une stratégie numérique claire et ambitieuse, estime l'Institut G9+, un think tank spécialisé dans le numérique. Problème : la classe politique reste, dans sa globalité, "à la ramasse".

"Les dirigeants peinent à comprendre les nouveaux enjeux numériques, à les mesurer et donc à anticiper et à légiférer", estime Luc Bretones, le vice-président du think tank.

Certes, la réorientation de la politique gouvernementale autour du développement de l'entrepreneuriat, avec notamment les nombreuses initiatives de la mission French Tech et d'organismes comme Bpifrance, montre une certaine prise de conscience. Mais elle reste insuffisante et manque de vision de long terme, selon la plupart des experts du numérique.

D'où un intense brainstorming, qui aboutira avec la publication prochaine d'un livre, intitulé "100 idées pour une France numérique". Un recueil d'idées, parfois très concrètes, parfois plus difficilement applicables, portées une quarantaine d'experts issus de toutes les sensibilités politiques et de tous les secteurs. L'objectif est ambitieux : "nourrir" la réflexion des futurs prétendants à l'Élysée (et le président sortant) pour placer le numérique et ses enjeux au cœur de la campagne.

1. Une plateforme unique pour accompagner les entrepreneurs

L'idée revient souvent dans la bouche des entrepreneurs, assommés par la complexité administrative, réelle ou perçue, qui leur est imposée pour démarrer une entreprise. D'où la volonté de créer un "guichet unique" qui jouerait le rôle d'interface avec les organismes concernés (Centre de Formalité des Entreprises -CFE-, Institut national de la propriété intellectuelle -INPI-...). L'objectif ? "Informer, accompagner et fournir les ressources aux entrepreneurs, à chaque étape de la construction d'une entreprise".

Une manière de gagner du temps et de la visibilité sur les étapes à venir. L'entrepreneur n'aurait qu'à déposer ses dossiers en ligne sur la plateforme, qui les distribuerait aux organismes concernés.

"Une fois l'entreprise créée, la plateforme et ses conseillers accompagnent l'entrepreneur dans ses premières fois : première déclaration d'impôt, premier bilan comptable, premier recrutement", précise Bernard Gainnier, le PDG de PwC France.

2. Mieux former les jeunes au numérique

Vaste, très vaste chantier. La difficulté de recruter un personnel qualifié est l'un des principaux défis des startups françaises. Et l'une des causes, avec les difficultés à lever des fonds, de leur fuite à l'étranger, comme l'expliquaient les pépites de la French Tech aux députés début octobre.

Selon la Commission européenne, la France aurait besoin de 7.000 à 8.000 diplômés par an pour combler son déficit en ingénieurs. D'où l'idée, exposée Yves Poilane, le directeur de Telecom Paris Tech, d'augmenter les financements des écoles d'ingénieurs du numérique pour qu'elles puissent former davantage de jeunes.

Cet effort pourrait être financé pour un tiers par l'État (100 millions d'euros par an), les entreprises (via la commission numérique du Medef et les syndicats professionnels du numérique comme le Syntec ou l'Afdel), et les écoles elles-mêmes, via des appels aux dons et la hausse de leurs frais de scolarité.

"Pour rendre les filières du numérique plus attirantes pour les jeunes, il faut parler numérique aux enfants dès l'école primaire et à tous les étages de la scolarité", estime Sandra Legrand, la vice-présidente de l'association CroissancePlus.

Cela passe, selon elle, par une formation des enseignants -"pourquoi pas en binôme avec des étudiants ingénieurs"-, des investissements pour doter les écoles d'outils numériques (dans la continuité du plan numérique à l'école de François Hollande), et des cours adaptés à l'âge et à la maturité des élèves : de la maîtrise élémentaire des outils à une réflexion plus approfondie sur la protection des données ou le logiciel libre.

3. Un "pass numérique citoyen"

Les transformations du travail sont telles qu'il est aujourd'hui difficile d'imaginer exercer le même métier pendant toute sa carrière. Pas sûr que ce soit même le souhait des Millénials, la génération hyper-connectée qui arrive sur le marché du travail.

D'où la nécessité de la formation aux évolutions technologiques tout le long de sa vie professionnelle, sous la forme d'un "pass numérique citoyen":

"Il s'agit d'acquérir un niveau de connaissance permettant d'accompagner et d'incarner les changements imposés par l'introduction galopante des nouvelles technologies dans l'ensemble des activités", explique François Venturini, le directeur général d'Harmonie mutuelle.

Autrement dit, un cursus pour procurer un "niveau d'aisance numérique minimum" quel que soit la situation et le parcours personnel.

4. Un syndicat national des travailleurs collaboratifs

Alors que le salariat est remis en question par les nouvelles formes de travail, qui privilégient le "multi-statut" autour de l'auto-entrepreneuriat, comment fédérer les acteurs de l'économie collaborative et quid de leur protection sociale ?

Benoît Thieulin, l'ex-président du Conseil national du numérique (CNNum), propose de créer un syndicat national des travailleurs collaboratifs. Cet organisme "multipartite", composé des acteurs et travailleurs de l'économie collaborative, mais aussi de représentants de l'État et de citoyens, devrait « recréer du collectif » et permettrait d'aider à "définir des mesures nouvelles de protection sociale et de protection individuelle". Les chantiers sont importants: cotisations à la retraite des travailleurs collaboratifs, assurance-chômage, définition des droits sociaux face aux « employeurs » multiples...

5. Un "indice digital" mesurant la digitalisation des entreprises

Pour Pierre Gattaz, le président du Medef, les enjeux du numérique en entreprise sont les suivants:

"La bataille stratégique des cinq prochaines années, en France comme en Europe, portera sur la capacité de nos entreprises à transformer leur business model pour être en mesure de créer et/ou de capter toute valeur ajoutée promise par cette révolution économique et technologique".

Mais avant de mettre en place des plans d'action pour mener leur digitalisation, "toutes les entreprises devraient pouvoir s'autoévaluer sur le sujet et se comparer à leurs concurrents", estime Dimitri Carbonnelle, le fondateur et président de Livosphère, une entreprise de conseil en Internet des objets.

L'entrepreneur propose la mise en place d'un "indice digital", applicable à la fois aux grands groupes, aux PME et aux organismes publics. L'objectif : mesurer leur niveau de digitalisation pour prendre conscience de leurs faiblesses. Cet indice serait calculé par une série de critères, de la culture digitale interne à la maîtrise technologique, en passant le la digitalisation du service client, des ventes, du marketing, des RH...

"Cet indice pourrait être communiqué dans les rapports annuels ou RSE des entreprises et sur leur site web institutionnel", précise Dimitri Carbonnelle.

6. Développer le bulletin de paie électronique

En théorie, le bulletin de paie dématérialisé est déjà une réalité. Autorisé depuis le 12 mai 2009, il autorise à un employeur de remettre au salarié son bulletin de salaire sous forme électronique, à condition d'obtenir son accord et de garantir la confidentialité des données.

Mais dans la pratique, la France reste très en retard par rapport à ses voisins européens. Selon un rapport gouvernemental de juillet 2015, 15% des entreprises françaises ont mis en place ce système, contre plus de 70% au Royaume-Uni et 95% en Allemagne.

La raison ? "Le caractère complexe des textes de loi et les freins organisationnels des entreprises françaises", estime Stanislas de Rémur, le PDG de l'éditeur de logiciels Oodrive.

"La loi n'explique pas les modalités de recueil du consentement des salariés ni ne précise sous quelle forme transmettre le document pour qu'il soit réputé infalsifiable ni comment l'archiver en toute sécurité et confidentialité", ajoute-t-il.

Pourtant, les avantages d'un bulletin de paie électronique sont nombreux. Outre une économie liée à l'utilisation de papier et les coûts d'impression et d'affranchissement, cette dématérialisation permettrait des économies immédiates de l'ordre de 33% à 67% et permettrait aux employés RH de se consacrer à d'autres tâches...

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Commentaires
a écrit le 09/02/2016 à 7:39 :
Il n'en manquerait pas une septième (la fibre pour tous https://websdugevaudan.wordpress.com/ ) par hasard ?
a écrit le 06/02/2016 à 10:06 :
n'allons pas trop vite en besogne , la fracture numérique est bien présente dans ce pays il s'agirait plutôt de la résorber en priorité sur tout le reste plutôt que de la creuser un peu plus chaque jour
a écrit le 06/02/2016 à 6:53 :
Puisque vous parlez du numérique, si on regarde les données Banque Mondiale relatives à la croissance on constate que les américains font plus de croissance que les pays d’Europe, peut-on expliquer cela ? Entre 87 et 14, ils font 93 de croissance contre 63 en France et 60 en Allemagne ou 75 au RU mais qui réalise aussi une inflation supérieure. Par an, la France réalise 1,83 de croissance et 1,65 d’inflation, l’Allemagne réalise 1,76 de croissance pour 1,59 d’inflation, les usa réalisent 2,6 de croissance pour 2,24 d’inflation, soit le double. Le Japon réalise 1,59 de croissance pour -0,31 d’inflation, n’est-ce pas améliorer la croissance que de faire de la déflation ? Les Allemands entre 83 et 92 font 3,03 de croissance, -1 en 93, entre 94 et 01 ils font 1,94 puis entre 04 et 08 ils font 2 et encore entre 10 et 14 ils obtiennent 1,96. Les français en période de croisière entre 81 et 92 font 2,3 puis -0,6 en 93 puis entre 94 et 07 ils font 2,3 puis entre 10 et 14 ils font 1,0. Les américains réalisent de 83 à 90 4,1 puis de 92 à 00 ils font 3,8 Puis de 02 à 07 ils font 2,7 puis de 10 à 14 ils font 2,2. Aura-t-on une gestion par l’offre ? La croissance après la crise de 2009 n’est-elle pas anormalement faible, sous les 2 points, puisque si on relève les baisses de croissance depuis 1980, celles-ci durent 1 à 2 ans maximum ? En Europe, de nombreux pays seraient sous leur potentiel pour un chômage élevé retour au sans plein-emploi avec un taux d’emploi plus faible. Pour la France on relève en 2010 et 2011 une croissance à 2 puis 2,1 mais le taux d’emploi n’a pas progressé contrairement à l’Allemagne. Si on relève les données export en $ constants 2000, les parts de marché de la France par rapport aux 7 anciens pays industrialisés montrent : en 1970 la France a 10,73% puis en 1980 elle a 11,94% sa meilleure position, puis en 1990 elle a 11,02 puis en 2000 elle a 11,58 puis en 2013 elle a 9,71%. Que s’est-il passé depuis 2000 pour que la position française soit aussi dégradée ? Peut-on expliquer que sur la période 80-08 la France réalise 2,1 de croissance, l’Allemagne 1,92 et les usa 2,92 soit un rapport France / usa de 0,72 puis sur 09-14 la France fait 0,38 et passe sous l’Allemagne à 0,70 et les usa à 1,37 soit un rapport de 0,28. N’existe-t-il pas un décrochage ? Sur la période 80-08 la France fait 2,10 contre 2,31 pour le G7 soit 91% et sur la période 09-14 elle fait 0,38 contre 0,55 soit 69%, n’avons-nous pas un déclin en étant sous la moyenne ? sur la période 09-14, la France réalise selon l’OMC en termes de déficit 5,32 points pour 0,38 de croissance contre 1,38 en Allemagne pour 0,7 de croissance pour une inflation comparable à peu près double de la croissance, ne devrait-on examiner quel est le moteur de la croissance et la qualité de la relance ? On relève en ligne des PIB par habitant, peut-on expliquer la position en 2014 du maximum qui est en 2014 pour les pays suivants : usa, Japon, Allemagne, Canada, Australie, Corée, Suisse, Singapour, Inde, Egypte, Chili, Suède, Thaïlande, puis pour la série suivante le maximum est en 2008 Pays-Bas, Autriche et Portugal, enfin en 2007 pour la Grèce, la Norvège, le Danemark, la Belgique, l’Espagne, l’Italie, l’Angleterre et… la France. N’avons-nous pas en Europe un souci de performance et ne devrait-on remettre en cause le modèle économique européen ?
a écrit le 06/02/2016 à 6:00 :
hi sylvain ,thanks for provide us nice ideas,its really informative for concrete ideas for presidential candidates,i am regular reader of your site ,have a nice day.
a écrit le 05/02/2016 à 23:53 :
Exportation :
Créer des liens entre les entreprises et les chambres économiques des ambassade avec rémunérations des fonctionnaires au smic + comissions sur les nouveaux contrats d export trouvés.
Chômage :
Baisse des cotisations chômage avec possibilité de maintien si acceptation de une formation diplomate en alternance dans un secteur en besoin de main d oeuvre structurel. (Faut arrêter une assurance déficitaire n est plus une assurance puisque c est le contribuable qui payent l excédent de prestation).
Fonctionnaires :
Accéleration des fusions de communes, suppression définitives des départements et suppression des CESR.
Santé :
Suppression des mutuelles obligatoires et intégration des cotisations au cotisations de sécurité sociales.
Rsi :
Mise en place de paliers de couverture sociales avec paliers de cotisations. (Un pro peut décider d assumer lui même sa charge.
MSA :
fusion avec le Rsi
école :
Retour à une école élitiste (forger une élite pour plus tard).
laïcité :
Neutralité absolue de l espace publique.
ETC
a écrit le 05/02/2016 à 22:34 :
Pour prétendre à la retraite, si les gens apportent une clé USB vieille de 35 ans avec les fichiers de paie dessus, ça sera accepté ? Il n'est bien, sûr pas question, en mode dématérialisé, de tout imprimer, un comble !
Un serveur à la BNF pour stocker tout ça, pour la vie ?
Si on veut que les salariés deviennent des gestionnaires de fichiers informatiques, ça promet. Pour les impôts (IR, locaux, fonciers), au moins, on retrouve les fichiers sur le site impots.gouv le temps de leur durée légale (4 ans ?).
A remarquer qu'une clé USB n'est pas recommandée pour l'archivage, les cartes CF pour photo non plus, parfois ça se fige, accès bloqué, données perdues. Les CD non plus (10 ans, parfois moins), un disque dur ça peut faillir, .....
a écrit le 05/02/2016 à 19:06 :
et quelle richesse va apporter le numérique : pour le moment on la cherche !!!! cela supprime des emplois et les emplois créent ne sont pas payés bien chers !!! donc aucune avancée utile !!!!
Réponse de le 05/02/2016 à 23:57 :
Un emploi fictif n est pas un emploi.... il faut que la gauche se rapelle qu elle est le parti des travailleurs et non pas celui des fainéants.

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