Paris régule-t-elle plus Airbnb que ses voisins européens ?

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Florence pourrait instaurer la même taxe sur Airbnb que Paris
Florence pourrait instaurer la même taxe sur Airbnb que Paris (Crédits : REUTERS/Gonzalo Fuentes)
Il n'y a pas qu'à Paris que l'on régule Airbnb. En Espagne, aux Pays-Bas ou en Italie, des mesures ont été prises contre les dérives la plateforme de location touristique. Tour d'horizon.

A Paris, l'invasion Airbnb devient une problématique majeure pour la municipalité. La principale plateforme Internet de location touristique revendiquait notamment 50.000 annonces en ligne dans la capitale en août dernier. Mais sur ces 50.000, une part significative se trouve dans l'illégalité quand on retranche avec les statistiques de la mairie de Paris, qui annonce 30.000 locations saisonnières illégales dans la capitale par le biais des plateformes « collaboratives », dont Airbnb est l'écrasant leader.

Taxe de séjour

Craignant une réduction de l'offre de logements pour les parisiens, ainsi qu'une concurrence déloyale vis-à-vis de secteur hôtelier, la mairie de Paris tente d'imposer une régulation forte à ces plateformes. Elle a ainsi instauré une taxe de séjour de 0,83 euro par personne et par nuit, collectée par Airbnb auprès de ses utilisateurs, qui a permis à la mairie de récupérer 1,2 million d'euros en quatre mois. Cette pratique fait des émules puisque « Airbnb a annoncé qu'elle était prête à expérimenter à partir de 2016 avec la ville de Florence le modèle retenu à Paris pour la collecte de la taxe de séjour. », indique un récent rapport sur l'économie collaborative remis à Matignon par le député PS Pascal Terrasse. Ainsi, la Ville de Paris devient parfois un exemple sur le terrain de la lutte contre les dérives d'Airbnb.

Mesures contraignantes à Paris

La capitale française mène aussi des opérations coup de poing afin de dénicher les multi-propriétaires qui préfèrent louer à des touristes de manière illégale plutôt qu'à des parisiens sur de longues durées. C'est-à-dire sous un statut résidentiel et non commercial, qui devrait s'appliquer à toute location meublée touristique. Plus contraignant, à Paris, le changement de statut d'un local résidentiel en local commercial doit être assorti d'une compensation. Concrètement dans les arrondissements du centre de la capitale (du 1er au 9ème) où l'offre de logements est largement insuffisante, la règle impose au propriétaire en contrepartie d'un changement d'usage, d'acheter un autre local commercial d'une surface deux fois supérieure qu'il devra ensuite transformer en local d'habitation.

Et dans les autres arrondissements (du 10ème au 20ème), la règle impose en contrepartie au propriétaire d'acheter une surface commerciale équivalente et de la transformer en logement. De quoi endiguer les pertes de surfaces d'habitations. Et si un propriétaire utilisateur d'Airbnb ne respecte pas cette obligation, il risque de se voir « infliger une amende de 25 000 euros et une astreinte de 1 000 euros par mètre carré et par jour jusqu'à régularisation », explique le rapport Terrasse.

La bienveillance d'Amsterdam

Si Paris est l'une des villes les plus touchées au monde par le phénomène Airbnb, du fait de son attractivité pour les touristes du monde entier, elle n'est évidemment pas la seule à affronter les dérives de la start-up évaluée à 25 milliards de dollars. Chaque ville régule à sa manière le phénomène Airbnb, par le biais d'un panel de mesures bien divers. En Europe, les villes d'Amsterdam et de Barcelone notamment, sont très préoccupées par le phénomène. Mais les politiques qui y sont menées sont bien différentes.

A Amsterdam, Airbnb a par exemple obtenu une loi qui permet de louer sa maison à quatre personnes à la fois jusqu'à deux mois à condition de payer des impôts et la taxe de séjour, collectée par Airbnb. La durée maximale de séjour y est de 60 jours par an, mais le loueur doit tout de même obtenir l'autorisation du syndicat de copropriété... pas une mince affaire. A noter qu'en décembre dernier, Airbnb a été contraint de retirer 170 annonces de son site, selon le quotidien néerlandais Volkskrant, pour ne pas avoir respecté la réglementation hôtelière locale.

Barcelone, remontée contre Airbnb

Du côté de Barcelone, le mécontentement des habitants a eu raison du développement exponentielle de la plateforme. Ils craignent que la capitale catalane soit cantonnée au seul rôle de cité touristique. Ainsi la nouvelle maire Ada Colau (soutenue par le parti de gauche Podemos) a été élue sur le thème de la régulation des locations sauvages, notamment par le biais d'Airbnb.

Les pouvoirs publics locaux ont par ailleurs instauré le principe d'une durée minimale de séjour, soit 7 jours consécutifs, ainsi qu'une taxe de 65 centimes par nuit pour les logements situés à Barcelone. La location par Airbnb est aussi limitée à deux chambres au maximum par habitation et à quatre mois par an. Par ailleurs « le propriétaire doit s'acquitter de plusieurs obligations déclaratives (certificat d'habitabilité, déclaration en mairie préalable à la mise en location) », explique le rapport Terrasse.

Alignement sur les obligations des hôteliers en Lombardie

D'autres villes européennes se sont mobilisées contre les dérives d'Airbnb. Comme Barcelone, Madrid a instauré une durée minimum de séjour de 5 jours, et le propriétaire doit y remplir un certain nombre d'obligations déclaratives, (déclaration de commencement d'activité, inscription du logement au registre des entreprises touristiques, certificat d'habitabilité). Enfin de l'autre côté des Alpes, en Lombardie, la région de Milan, il a été adopté une loi « réglementant le « home sharing » : les propriétaires qui donnent en location leurs logements de façon occasionnelle sont soumis aux mêmes obligations que les hôteliers, y compris celle visant le recouvrement de la taxe de séjour. Ils doivent par ailleurs enregistrer leurs clients et communiquer les informations au commissariat », détaille le rapport Terrasse. Clairement, le phénomène Airbnb inquiète sur le vieux continent. Face aux crises du logement et du secteur hôtelier qu'il amplifie, les pouvoirs publics se retrouvent pris de vitesse.

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Commentaires
a écrit le 13/02/2016 à 6:41 :
Airbnb est un magnifique moyen de faire de l'évasion fiscale en France pour les 2 années qui vont suivre.
Par contre, après...
a écrit le 10/02/2016 à 8:46 :
Chuuut, ne disent pas ça, il y en a ici qui ont besoin de hurler à la "dictature socialiste" dès qu'une mesure de bon sens est prise et que cette mesure les empêche de se remplir les poches frauduleusement ou de réaliser un enrichissement sans cause. Ne parlez donc pas de tous ces endroits en Europe qui adoptent des mesures similaires voire plus strictes. Ne parlez pas non plus du cas des USA ou du Canada, où AirBnB et autres transmettent directement à l'administration fiscale les données pour calcul des impôts. En France, chacun veut la tolérance zéro pour les autres, mais le laxisme pour sa petite personne.
Réponse de le 11/02/2016 à 8:51 :
Ne dites*

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