Vaches laitières : comment certaines exploitations placent le bien-être animal au dessus de tout

Sarah et Fabien Le Person et leur exploitation laitière.
Chambre d’agriculture/GAEC Kerjanégan

Sarah et Fabien Le Person et leur exploitation laitière.
Chambre d’agriculture/GAEC Kerjanégan
C’était un souhait singulier de petite fille. Sarah Le Person voulait « devenir caresseuse de vaches ». Et aujourd’hui, sourit-elle, « c’est un peu ce que je fais. Je me sens en harmonie avec les vaches, notamment dans les périodes d’insémination, d’échographie ou de vêlage. »
Cette éleveuse de 43 ans, ancienne cavalière de compétition, a longtemps été attentive à la condition physique de ses chevaux. Aujourd’hui, le bien-être de ses bêtes conditionne son métier. Son mari, Fabien, de deux ans son aîné, est un spécialiste du végétal. À eux deux, ils incarnent une nouvelle génération d’exploitants laitiers, désireuse de sortir des sentiers battus pour développer une ferme « à la carte », autour de pratiques innovantes, entre agriculture raisonnée et agroécologie.
De la production laitière à la diversification des cultures fourragères, en passant par l’implantation de haies bocagères, l’ensemble des ressources naturelles est optimisé avec une priorité donnée au bien-être animal et à l’environnement. « Nous considérons notre exploitation comme un écosystème à équilibrer, en tenant compte des besoins des animaux, de la terre et de l’environnement. Chaque détail, de l’emplacement des robots à l’installation des bâtiments, est réfléchi afin de ne pas perturber les animaux et d’optimiser le niveau de production qui est, en moyenne, de 11.000 litres par vache », décrit Sarah.
Après des études en production animale suivies de deux formations, l’une d’auxiliaire vétérinaire, l’autre sur la législation des installations classées (protection de l’environnement), elle s’est installée avec son mari à Caouënnec-Lanvézéac, près de Lannion (Côtes-d’Armor). Depuis 2013, le couple dirige la société civile Gaec Kerjanégan, une exploitation de 162 ha, reprise à un tiers. S’inspirant des méthodes de l’agriculture intensive et de l’agriculture bio, il a fait évoluer la ferme, initialement fondée sur un modèle hors-sol et une alimentation au maïs (350.000 litres de lait produit), vers un système mixte, avec maintien du pâturage.
« La partie “haute production” est associée à un système herbager de 45 ha, moitié fourrage, moitié pâturage. Nos 120 vaches laitières produisent 1,3 million de litres de lait. Je considère mes animaux comme des athlètes », image l’exploitante, dont la production est vendue à la coopérative Sodiaal (Candia, Entremont, Yoplait).
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Outre une sélection génétique stricte, l’équilibre alimentaire des animaux est l’objet de toutes les attentions. Pour leur confort, Sarah Le Person s’est aussi formée à l’ostéopathie, l’homéopathie, l’aromathérapie, l’acupuncture et la phytothérapie.
« Chez nous, le travail est à la carte, appuie-t-elle. Nous observons nos animaux et leur comportement, certains sont plus sensibles à l’ostéopathie, d’autres à l’acupuncture. On n’exclut pas l’antibiotique lorsqu’il est nécessaire. » En gagnant en autonomie, les frais vétérinaires ont été divisés par deux.
L’interprétation du comportement animal a aussi déterminé la disposition technique des bâtiments de la ferme. L’amélioration de la productivité et de la qualité du lait passe par des équipements de pointe : un robot de traite pour atténuer le stress, une mélangeuse automotrice pour une meilleure répartition de l’alimentation, un distributeur automatique de lait pour les veaux (DAL), une cage de contention pour les soins.
L’utilisation, sous les vaches, d’une litière de miscanthus, malaxée et enrichie en lombrics et micro-organismes, permet d’obtenir tous les six mois un compost de qualité, riche en azote, pour les sols. Évalués entre 500 et 600.000 euros, ces investissements, réalisés majoritairement sous forme de prêts bancaires, ont également eu un impact sur le confort de travail des deux éleveurs et de leur salarié.
La partie culture – maïs, blé, orge, avoine, miscanthus, herbes en rotation vient en appui de ce modèle de production laitière. Plus économe en intrants, elle est optimisée par une démarche de préservation et de reconstitution du bocage, propice à la biodiversité.
« Cinq kilomètres de haies ont été plantés avec Breizh Bocage et dix kilomètres en gestion bocagère (Maec). L’implantation des essences dépend de celles des parcelles, de l’exposition, du type de terrain. On veut des pollinisateurs, des plans abritant des micro-organismes pour nourrir la terre. Le bocage fait office de coupe-vent, retient l’eau et prévient le ruissellement. Comme avec nos vaches, nous testons et expérimentons », résume l’éleveuse. Si ses méthodes de travail ne sont pas reproductibles partout, elle les transmet volontiers aux visiteurs ou à des stagiaires.