Bruno Le Maire rempile à Bercy pour affronter la tempête

Sans réelle surprise, le ministre de l'Economie et des finances Bruno Le Maire rempile à la tête de la forteresse Bercy après cinq années de secousses économiques et sociales. Le numéro deux du gouvernement a hérité de nouvelles responsabilités en obtenant la souveraineté industrielle et numérique. Il sera épaulé par Gabriel Attal, ministre délégué aux Comptes publics. Le duo aura la lourde tâche d'affronter un grand ralentissement économique planétaire et une inflation toujours galopante.
Grégoire Normand

9 mn

Bruno Le Maire prend les rênes d'un ministère de l'Economie remanié.
Bruno Le Maire prend les rênes d'un ministère de l'Economie remanié. (Crédits : Reuters)

Le suspens a enfin pris fin. Après une interminable attente et des heures de discussion, le président de la République Emmanuel Macron et la Première ministre Elisabeth Borne ont finalement tranché en faveur de la continuité. Bruno Le Maire âgé de 53 ans rempile pour un nouveau tour après cinq années tumultueuses à la barre de l'immense paquebot Bercy.

Il s'agit du seul ministre de l'Economie sous la Vème République à poursuivre l'aventure avec le même chef de l'Etat. En 1988, François Mitterrand avait fait appel à Pierre Bérégovoy après deux années de cohabitation (1986-1998) afin de prendre les manettes de Bercy pour son second mandat. Quant à Jacques Chirac, il avait placé en 2002 sous le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin, Francis Mer qui fit un très bref passage au ministère des Finances, avant d'être remplacé par Nicolas Sarkozy.

Bruno Le Maire, qui a fait ses premières armes à droite en tant qu'ancien directeur de cabinet de Dominique de Villepin sous le second mandat de Jacques Chirac sera épaulé par l'ancien porte-parole du gouvernement Gabriel Attal en charge des Comptes publics. Bruno Le Maire qui ne cessait de répéter ces derniers mois qu'il voulait repartir pour un tour aura la lourde tâche d'affronter une conjoncture économique particulièrement dégradée. Celui qui a déjà vécu les deux longues années de pandémie s'apprête à affronter un gros coup de frein de la croissance et une crise énergétique particulièrement alarmante.

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Un ministère remanié, un portefeuille élargi

Pour son second mandat, Bruno Le Maire a obtenu un maroquin bien plus large que lors des cinq précédentes années. Il sera ainsi ministre de l'Economie, des Finances, de la souveraineté industrielle et numérique. Il aura ainsi la lourde tâche de réindustrialiser la France et d'attirer des investisseurs étrangers dans une économie mondiale frappée de plein fouet par les secousses de la guerre en Ukraine et les pagailles en chaîne dans les grands ports de commerce en Asie. La montée en puissance de la Chine et le basculement de la Russie vers Pékin rebat les cartes de la mondialisation économique et commerciale. L'ancien ministre de l'Agriculture devra ainsi défendre les intérêts industriels et numériques de la France face aux appétits étrangers dans un monde fragmenté.

Au niveau national, Bruno Le Maire devrait poursuivre une politique économique favorable à l'offre (baisse des impôts de production, de l'impôt sur les sociétés) et au capital (baisse de l'impôt sur l'héritage). Le ministre de l'Economie devrait continuer de travailler avec certains de ses fidèles lieutenants dans l'enceinte du ministère. En effet, son ancien directeur de cabinet, Emmanuel Moulin, avait récupéré la grande direction générale du Trésor (DGT) en octobre 2020. Cette administration composée de polytechniciens et d'énarques est régulièrement consultée par l'exécutif sur les grands dossiers internationaux notamment.

Gabriel Attal, ministre délégué des Comptes publics

Au budget, Gabriel Attal Attal récupère le portefeuille de son prédécesseur Olivier Dussopt parti rue de Grenelle au ministère du Travail et du Plein emploi. Ce trentenaire, ancien adhérent au parti socialiste (PS) avait débuté sous le premier quinquennat Macron en tant que secrétaire d'Etat en charge de la Jeunesse sous la responsabilité de l'ex-ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer.

Il était par la suite devenu porte-parole du gouvernement lors du remaniement à l'été 2020 lors de l'arrivée de Jean Castex à Matignon. Il sera à la tête de la puissante direction générale des finances publiques (DGFIP) sous la houlette de son directeur général Jérôme Fournel.

Un paquet pouvoir d'achat et un budget rectificatif juste après les législatives

C'est le chantier prioritaire de ce nouveau quinquennat. Le ministre de l'Economie Bruno Le Maire va devoir présenter rapidement un paquet pouvoir d'achat dans le contexte de l'inflation galopante. En effet, l'Insee table sur une inflation supérieure à 5% au mois de juin et un recul du pouvoir d'achat au cours du premier semestre. Les nouvelles mesures prévues dans paquet visent à prolonger le bouclier tarifaire gelant les prix du gaz et de l'électricité et la ristourne de 18 centimes d'euros  sur le litre de carburant a fait valoir l'Elysée récemment.

Bercy devra également mettre en place la fameuse prime Macron pour inciter les entreprises à verser une enveloppe de 6.000 euros chaque année exonérée de prélèvements sociaux et fiscaux. Ce dispositif mis en œuvre à la fin de l'année 2018 au moment de la crises des gilets jaunes et étendu avec la pandémie avait bénéficié à 4 millions de Français pour un montant moyen de 500 euros environ en 2021. Le premier secrétaire de la CFDT Laurent Berger s'est récemment opposé à cette prime estimant que « les entreprises ne jouaient pas le jeu ». « Lorsqu'il y a versement de dividendes, il faut automatiquement des versements aux salariés de participation et d'intéressement », et « de manière structurelle », pas par « une prime » défiscalisée comme la prime Macron », a-t-il aussi demandé.

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SMIC et dégel du point d'indice des fonctionnaires

En outre, même si le SMIC est indexé automatiquement sur l'inflation 146 branches professionnelles sur 171 ont des minimas en dessous du SMIC. Ce qui signifie qu'une partie des travailleurs aux revenus les plus bas voient leur revenus reculer compte tenu de la hausse de l'inflation. Par ailleurs, plusieurs économistes avaient pointé les effets d'aubaine de cette mesure inspirée du programme économique de Nicolas Sarkozy en 2007.

Le dégel du point d'indice des fonctionnaires doit également intervenir durant l'été. Les chèques alimentaires promis par Emmanuel Macron pour aider les plus modestes à se fournir en produits alimentaires locaux, durables, voire bio, seront aussi lancés "dès cet été", avait indiqué l'Elysée lors d'un récent conseil des ministres. Enfin, le gouvernement a également prévu de supprimer la redevance audiovisuelle dès cette année. Ce qui a soulevé une bronca à France Télévisions et Radio France. En septembre prochain, Bruno Le Maire présentera avec son nouveau ministre délégué au budget le projet de loi de finances 2023 très attendu.

Un plan France 2030 à mettre en œuvre

L'autre chantier important qui attend Bruno Le Maire est la mise en œuvre du plan France 2030 présenté à l'automne dernier par le président de la République. Cette enveloppe visant « à réconcilier les startups et l'industrie » est pilotée par l'ancien député de La République en marche des Bouches du Rhône et serial entrepreneur Bruno Bonnel. Bercy sera ainsi chargé de la bonne exécution budgétaire de ce plan d'investissement promu par toute la macronie pendant la campagne présidentielle.

Il reste que de nombreux flous entachent ce plan tant sur l'impact macroéconomique que sur ses effets sur la réindustrialisation du tissu productif. Une récente étude menée par le cabinet d'audit PwC rappelait que ce dispositif permettrait de créer environ 220.000 emplois d'ici 2030. Si ce chiffre n'est pas très négligeable, il est très loin de compenser les centaines de milliers de postes détruits depuis des décennies.

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Atteindre un déficit de 3% d'ici 2027, un objectif tenable ?

Le président de la République a redit son objectif de parvenir à un déficit public inférieur à 3% d'ici 2027 rappelant qu'il fallait faire preuve de « sérieux budgétaire » lors de la présentation de son programme à Aubervilliers en mars devant les journalistes.

La succession des crises ces dernières années a complètement rebattu les cartes de la politique budgétaire en Europe. En annonçant « le quoi qu'il en coûte » au printemps 2020, Emmanuel Macron a voulu éviter l'effondrement de l'économie française en injectant des milliards d'euros. Résultat, la dette et le déficit ont explosé en quelques mois sans mettre en péril le système des finances publiques. Face aux conséquences économiques de la guerre, Bruno Le Maire va devoir faire des rallonges budgétaires qui auront sans conteste des répercussions importantes sur l'équilibre des comptes publics.

Dans ce contexte, les règles du traité de Maastricht (3% de déficit et 60% de dette) sont jugées « dépassées » par des économistes de tous bords. D'ailleurs, Emmanuel Macron s'est à plusieurs fois exprimé favorablement à une refonte des règles budgétaires européennes. Pour Bruno Le Maire et Gabriel Attal, cet objectif des 3% pourrait être difficilement tenable au vu de la tempête économique en cours.

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Grégoire Normand

9 mn

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Commentaires 8
à écrit le 23/05/2022 à 10:16
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... un me$$age pour Dame* Bettencourt , " la cousine de l ' oncle Picsou " ...! ( ? ) . L ' Oreal parce que ....... . AFF ISS .

à écrit le 22/05/2022 à 11:40
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Notre président et ses ministres font bien trop clowns pour qu'il n'y ai pas un minimum de sérieux derrière quand même.

à écrit le 21/05/2022 à 17:13
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Pour mémoire, rappelons que la "règle" des 3% du PIB consistait à constater - poil au nez! - qu'un déficit supérieur à ce pourcentage - qui représentait 30% des recettes budgétaires - ouvrait la voie à la situation que nous connaissons, celle d'un en...

à écrit le 21/05/2022 à 11:33
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La crise? Nous ne sommes toujours pas sortis de celle de la hausse du prix du pétrole des années 70; le nucléaire était une excellente roue de secours, à défaut d'une autre, et nous avons été incapables d'en profiter. Heureusement qu'il y a eu la sem...

à écrit le 21/05/2022 à 1:17
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La france du "quoi qu'il en coute" doit être ravie.

le 23/05/2022 à 4:54
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Le quoi qu'il vous en coûte !

à écrit le 20/05/2022 à 23:05
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Le pire choix qui soit...

à écrit le 20/05/2022 à 18:52
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je suis assez inquiet de voir Lemaire rempiler, quand on voit l'état des finances publiques, de la dette et des déficits de la France

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