Retraites : Macron veut relancer sa réforme coûte que coûte, les syndicats mettent en garde

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Dans un entretien à la presse quotidienne régionale publié jeudi soir, M. Macron a affirmé qu'il n'y [aurait] pas d'abandon de son projet de système universel, qu'il juge toujours juste, même s'il se dit ouvert à ce que sa réforme soit transformée.
Dans un entretien à la presse quotidienne régionale publié jeudi soir, M. Macron a affirmé qu'"il n'y [aurait] pas d'abandon" de son projet de système universel, qu'il juge toujours "juste", même s'il se dit "ouvert" à ce que sa réforme "soit transformée". (Crédits : GONZALO FUENTES)
La crise liée au coronavirus n'aura pas raison de la réforme des retraites selon Emmanuel Macron qui souhaite mettre en place rapidement une nouvelle concertation sur les équilibres financiers. Attention, préviennent toutefois les syndicats, à ne pas remettre de l'huile sur le feu en cette période de tensions économiques et sociales.

Face à l'explosion du déficit du système de retraites, Emmanuel Macron veut relancer sa réforme en commençant "dès l'été" par une nouvelle concertation sur les "équilibres financiers", mais les principaux syndicats y sont farouchement opposés.

Suspendue "sine die" par le chef de l'État mi-mars, la réforme des retraites reste un sujet hautement inflammable.

Dans un entretien à la presse quotidienne régionale publié jeudi soir, M. Macron a affirmé qu'"il n'y [aurait] pas d'abandon" de son projet de système universel, qu'il juge toujours "juste", même s'il se dit "ouvert" à ce que sa réforme "soit transformée".

Il souhaite aussi "réengager rapidement une concertation en profondeur [...] dès l'été sur [le] volet des équilibres financiers" et considère que "la question du nombre d'années pendant lesquelles nous cotisons demeure posée".

En réalité, le problème financier devient brûlant: le déficit du système de retraites devrait approcher cette année le niveau record de 30 milliards d'euros, très loin des 4 milliards attendus avant la crise provoquée par le coronavirus.

Lire aussi : Forte dégradation du système de retraites: le déficit attendu autour de 30 milliards d'euros en 2020

Selon les estimations dévoilées mi-juin par le Conseil d'orientation des retraites, cette dégradation se concentrerait sur les caisses des salariés du privé à hauteur de 27 milliards d'euros, à cause du recours massif au chômage partiel, tandis que les régimes spéciaux et la fonction publique seraient épargnés.

La branche retraite de la "Sécu", l'assurance vieillesse, devrait à elle seule enregistrer une perte de 15 milliards.

Le régime complémentaire du privé, l'Agirc-Arrco, qui a sollicité une avance de Bercy avant de recourir aux banques pour verser les pensions de juin, n'aura sans doute d'autre choix que de puiser à nouveau dans ses réserves.

Raisons de plus pour reprendre la "conférence de financement" lancée en début d'année et interrompue par l'épidémie. Sauf qu'à cette époque, syndicats et patronat avaient déjà du mal à s'accorder pour résorber un "déséquilibre annuel de l'ordre de 12 milliards d'euros en 2027".

Lire aussi : Retraites: la CGT claque la porte de la conférence de financement, une "mascarade"

"L'huile sur le feu"

Aujourd'hui, alors que le feu couve, les intéressés ne sont pas pressés d'y retourner. "On est dans une situation très compliquée économiquement et socialement", a souligné le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, pour qui "la priorité des priorités, ça doit être l'emploi".

"Des milliers de gens vont arriver malheureusement au chômage, 800.000 jeunes vont arriver sur le marché du travail [...]. On ne va pas se remettre à se foutre sur la gueule sur la question des retraites dans cette période", a-t-il ajouté.

S'il "continue à être pour un système universel des retraites", le leader du premier syndicat français a prévenu que "le débat sur l'augmentation de la durée du travail serait une ligne rouge".

"Ce n'est vraiment pas le moment de remettre ce dossier sur la table", a également affirmé le numéro un de Force ouvrière, Yves Veyrier, qui entend prendre attache avec les autres dirigeants syndicaux et patronaux pour envoyer un message commun au président de la République: "Il faut qu'on lui dise non".

Après les longues grèves de décembre et janvier, puis le recours au 49-3 à l'Assemblée nationale début mars, "on risque de rouvrir de la tension, un conflit social", a-t-il mis en garde.

"Il faut être très prudent pour ne pas remettre de l'huile sur le feu", pense aussi Dominique Corona, secrétaire national de l'Unsa.

En plein remaniement de l'exécutif, il attend "d'avoir le gouvernement, les arbitrages et la feuille de route" de la nouvelle équipe qui sera chargée de mettre en oeuvre l'emblématique mais controversée promesse de campagne du candidat Macron.

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Commentaires
a écrit le 04/07/2020 à 11:04 :
S'il a tant de mal a la mettre en place c'est qu'elle n'est pas adapté, a moins de vouloir supprimer la retraite, mais pas les cotisations!
a écrit le 04/07/2020 à 9:32 :
Si elle était bonne sa réforme on le comprendrait mais achetée 40000 balles à un cabinet financier et bourrée de fautes d'orthographes d'entrée ça n’inspire pas confiance.
a écrit le 04/07/2020 à 8:29 :
"cette dégradation se concentrerait sur les caisses des salariés du privé à hauteur de 27 milliards d'euros, à cause du recours massif au chômage partiel"

Pour rappel, en temps normal, les indemnités versées pendant les périodes d’activité partielle ne sont pas soumises aux cotisations sociales, ces périodes ne permettent pas - en principe - de valider des trimestres de retraite à la différence des périodes de chômage indemnisé par Pôle emploi.Côté retraite complémentaire, les salariés bénéficient de points de retraite complémentaire, mais uniquement au-delà de la 60e heure indemnisée. Ces points sont calculés sur la base d’un salaire fictif.

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