Le jeune crowdfunding est déjà en marche vers sa consolidation

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En France, pas moins d'une vingtaine d'acteurs sont venus grossir les rangs de la profession du financement participatif, au cours des huit premiers mois de 2014, selon Precepta.
En France, pas moins d'une vingtaine d'acteurs sont venus grossir les rangs de la profession du financement participatif, au cours des huit premiers mois de 2014, selon Precepta. (Crédits : Décideurs en région)
La plateforme de financement participatif Smartangels, initialement spécialisée dans l’investissement en capital, élargit son offre aux prêts aux sociétés de croissance. Dans un contexte de concurrence grandissante et sur un marché où les volumes sont encore faibles, les acteurs du crowdfunding s’engagent dans une course à la taille critique.

Smartangels fait évoluer son profil. Cette plateforme de crowdfunding (financement participatif) était jusqu'à présent spécialisée dans l'investissement en capital, c'est-à-dire dans la mise en relation de start-up et de PME en quête d'argent avec des épargnants désireux de trouver de nouvelles sources de placements. Désormais, Smartangels permettra également aux particuliers de prêter une partie de leurs économies à de jeunes pousses à la recherche de 100.000 à 1 million d'euros pour financer leur croissance. En échange de quoi, les épargnants percevront un rendement compris entre 6% et 12%, sur une période de deux à cinq ans, à la fin de laquelle ils seront remboursés du principal.


"Nous nous sommes aperçus que les PME de croissance ont parfois davantage besoin de prêts que de fonds propres. C'est le cas, par exemple, de sociétés qui ont besoin de financer la production de commandes passées par des clients et qui, bien qu'elles soient rentables, ont un profil trop risqué pour les banques",

explique Benoît Bazzocchi, président et fondateur de Smartangels. Et d'ajouter : "Il existe un véritable appétit de la part des investisseurs pour le prêt car celui-ci est synonyme de rendements réguliers." A la différence de l'investissement en capital (ou "equity crowdfunding"), où l'investisseur ne sera rémunéré que par les éventuels dividendes versés par la société et par une plus-value potentielle, en cas de vente de l'entreprise.

Des diversifications dans le prêt aux PME et dans l'immobilier

Aussi le "crowdlending" est-il le segment le plus important du financement participatif, avec un poids de 37,4 millions d'euros au premier semestre, soit 56% du marché français du crowdfunding, loin devant les sommes collectées via les plateformes de dons (19,2 millions d'euros) et celles d'investissement en capital (9,8 millions). D'ailleurs, avant Smartangels, d'autres acteurs du financement participatif ont annoncé des diversifications dans le prêt. C'est le cas de Kisskissbankbank, spécialiste des dons à des projets culturels, qui a lancé début octobre Lendopolis, une plateforme par l'intermédiaire de laquelle des PME peuvent emprunter un total de 20.000 à 200.000 euros auprès de particuliers. Le taux de rémunération de ces derniers oscillant entre 4% et 10%. Un an plus tôt, c'est My Major Company, autre spécialiste du don à des projets artistiques, qui avait annoncé le lancement de notrepetiteentreprise.com, une plateforme de prêts aux entrepreneurs.

Ce récent phénomène de diversification des acteurs du crowdfunding s'observe également dans l'immobilier. Initialement axés sur l'investissement en capital, Wiseed et Anaxago sont en train de développer des offres spécifiques dans la pierre, dans le cadre desquelles les particuliers financent les programmes de construction de logements de promoteurs, en contrepartie de confortables rendements de l'ordre de 10%. "Nous avons exploré tous les marchés accessibles au crowdfunding et l'immobilier s'avère être l'un de ceux qui présentent le plus gros potentiel, avec celui du prêt aux entreprises", confiait ainsi Nicolas Seres, co-fondateur de Wiseed, dans un entretien à l'AFP, le 4 octobre.

Des commissions de 5% à 6% sur les sommes collectées

Si les plateformes de crowdfunding ont entamé un mouvement de diversification, c'est parce qu'elles ne parviennent pas à être rentables en demeurant uniquement sur le segment du don ou sur celui de l'investissement en capital. Tout simplement parce que ces marchés ne génèrent pas suffisamment de flux de transactions. Or le modèle économique des plateformes de crowdfunding repose sur le prélèvement de commissions sur les sommes collectées par les porteurs de projets.

"Comme les sites taxent entre 5% et 6% des montants qui passent chez eux, ils doivent réaliser chaque année de 10 à 15 millions d'euros de collecte pour atteindre l'équilibre",

indiquait Arnaud Poissonnier, patron de la plateforme de microcrédit solidaire Bayloan, dans Le Monde du 11 juin. D'où cette course à la taille critique enclenchée par les plateformes de crowdfunding. Mais, sachant que le marché français du crowdfunding, tout en étant appelé à doubler par rapport à 2013, ne devrait encore peser que 150 millions d'euros cette année, "tous (les acteurs) ne parviendront pas à s'imposer", prévient le cabinet Precepta (groupe Xerfi), dans une étude publiée le 22 septembre.

Une concentration au bénéfice de quelques gros acteurs européens

Surtout qu'à la faveur de la réglementation française du crowdfunding, entrée en vigueur le 1er octobre afin de favoriser l'essor de ce jeune mode de financement né en 2008, "une vingtaine de nouveaux acteurs sont venus grossir les rangs de la profession, au cours des huit premiers mois de l'année", poursuit Precepta.


"Beaucoup d'acteurs se positionnent sur le marché du crowdfunding. Il y en aura bientôt trop, si bien qu'un phénomène de concentration va se produire, au bénéfice de gros acteurs européens, compte tenu de la nécessité de réaliser des économies d'échelle dans ce secteur",


renchérit Benoît Bazzocchi, président de Smartangels. Mais, pour que de grands acteurs européens du crowdfunding émergent, encore faut-il que le secteur bénéficie d'une réglementation harmonisée à l'échelle du Vieux Continent, un sujet sur lequel planche la Commission européenne. Au risque, sinon, de laisser le marché du crowdfunding aux mains des géants américains comme Kickstarter, déjà présent aux Pays-Bas et au Royaume-Uni.

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