L’assurance vie signe son septième mois de décollecte en septembre

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(Crédits : Reuters)
A moins 800 millions d'euros en septembre, la collecte de l'assurance vie est une nouvelle fois négative. Le placement n'a plus connu un seul mois de collecte nette positive depuis mars, depuis l'explosion de la pandémie.

Après un mois d'août qui a frôlé le retour au positif, la collecte de l'assurance vie a de nouveau plongé en septembre. Les épargnants français ont en effet déposé 9,4 milliards sur leurs contrats d'assurance vie, quand les sommes retirées ont atteint 10,2 milliards d'euros, selon des chiffres provisoires publiés jeudi 22 octobre par la Fédération française de l'assurance (FFA).

Le mois de septembre s'est ainsi soldé par une collecte nette négative, ou décollecte, d'environ 800 millions d'euros. En comparaison, en 2019, le mois de septembre avait enregistré une collecte positive à 2,8 milliards d'euros, l'un des meilleurs mois de cette année-là.

Septembre marque le septième mois de décollecte de suite pour l'assurance vie, qui n'a plus connu un seul mois de collecte nette positive depuis mars, c'est-à-dire depuis l'explosion de la pandémie de Covid-19, l'entrée en vigueur des mesures de confinement et les fermetures administratives de commerce. En 2018 et 2019, seuls les mois de décembre avaient enregistré une décollecte. « Les Français privilégient en ce moment des solutions d'épargne plus facilement mobilisables », a commenté la FFA dans un communiqué. L'assurance vie est pourtant le placement le plus populaire en France, devant le Livret A.

Le Livret A au sommet

Le contraste est particulièrement saisissant avec le Livret A. Ce placement, dont les fonds sont garantis, défiscalisés et disponibles à tout moment, a réalisé une collecte nette de plus de 25 milliards d'euros entre janvier et septembre. Un record : ce niveau n'avait jamais été atteint les années précédentes sur les neuf premiers mois de l'année. En comparaison, le secteur français de l'assurance vie a quant a lui essuyé une décollecte nette de 7,3 milliards d'euros sur les neuf premiers mois de l'année.

« Néanmoins, les assurés qui souscrivent à de nouveaux contrats d'assurance vie ou qui abondent leurs contrats existants continuent à investir sur des supports unités de compte », plus risqués mais potentiellement plus rémunérateurs, souligne la fédération.

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Très prisés des épargnants il y a encore quelques années, les supports d'investissement en "euros", dont le capital est garanti, sont de moins en moins rémunérateurs dans un contexte de taux très bas, voire négatifs. Pour les assureurs, il devient aussi plus difficile de garantir aux assurés des rendements et les compagnies cherchent de toute façon à réduire dans leur portefeuille la part de ces contrats très coûteux en capitaux réglementaires.

Le secteur privilégie désormais les placements dits en "unités de compte", nom de ces placements plus risqués - le capital n'est pas garanti - mais potentiellement plus rémunérateurs et moins exigeants en capitaux réglementaires pour les compagnies.

Au cours des neuf premiers mois de l'année, les versements sur les supports en unités de compte ont ainsi représenté 28,1 milliards d'euros, soit 34% des cotisations. Sur cette période en 2019, cette part était légèrement inférieure à 30%.

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Plutôt du liquide

« Le produit ne souffre pas d'une défiance des épargnants, mais de leur préférence absolue pour la liquidité », analyse dans une note Philippe Crevel, le directeur du Cercle de l'épargne, cabinet d'analyse sur l'épargne et sa réglementation.

« Le haut niveau d'incertitudes sanitaires et économiques dissuade les ménages à s'engager sur le long terme. Ils privilégient la liquidité totale avec les dépôts à vue et les comptes courants. Par crainte d'une baisse de revenus ou d'une perte d'emploi, l'épargne de précaution est de mise. L'assurance vie, placement de moyen et long terme, est dans ce contexte délaissé », explique cet analyste.

L'assurance vie n'en reste pas moins, et de loin, le premier placement en France, avec un encours à fin septembre de 1.760 milliards d'euros, contre un encours d'épargne sur le Livret A de 444 milliards d'euros fin septembre. Selon l'Insee, elle comptabilise près de 38% de bénéficiaires et 45% des ménages français ont au moins un contrat. D'après la Fédération française de l'assurance, le nombre de souscriptions à une assurance vie atteint 2,5 millions chaque année. Fin 2018, le nombre de contrats d'assurance vie individuels répertoriés était estimé à 47 millions.

« Avec la multiplication des restrictions dans le cadre de la deuxième vague, le cycle de légère décollecte devrait se poursuivre dans les prochains mois, les ménages préférant attendre avant de réorienter l'épargne » engrangée depuis mars, anticipe Philippe Crevel. Au total, le surplus d'épargne des ménages cette année en raison de la crise du Covid-19 atteint quelque 87 milliards d'euros, a indiqué lundi le ministre de l'Économie et des Finances Bruno Le Maire.

(Avec Benoit Toussaint, AFP)

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Commentaires
a écrit le 23/10/2020 à 7:26 :
intéret négatif, 30% flat tax. totalement à éviter
sortir le plus vite possible des contrats si possible.
de plus, le gouvernement ayant bloqué tous les dividendes en 2020

cash disponible à tout moment et réparti entre différent comptes.

il n'est pas loin le temps ou le gouvernement francais va faire comme à chypre. confiscation de 10% des montants sur les comptes bancaires au dessus d' un seuil pour payer la dette

120% du PIB en dette, 200 milliards de dette en plus en 3 mois. aucune annonce de diminuer les dépenses. 6 millions de fonctionnaires, 25 % du budget pour payer les retraites des fonctios...

tous les comptes au rouge... les "fleurons" air france, ratp, sncf demandant des milliards..
a écrit le 22/10/2020 à 22:39 :
L'avenir de l'assurance vie semble assez évident.

Les rendements des fonds en euros vont poursuivre leur inexorable chute, jusqu'à devenir totalement inintéressants.

Sauf à aimer le casino (i.e. les unités de compte), les épargnants voudront tous sortir de ce placement en même temps. Et l'Etat devra limiter drastiquement les retraits, car les assureurs ne disposeront pas des liquidités suffisantes.

Dans ce contexte, iI faudra attendre de nombreuses années aux épargnants pour récupérer leurs fonds, avec des rendements qui pourraient être négatifs compte tenu des frais de gestion des assureurs qui eux ne baisseront pas.

Pas surprenant que certains anticipent déjà cette situation.

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