Les assureurs jouent le jeu du bouclier anti-inflation

Une semaine après les banques, les assureurs s’engagent auprès de Bercy à modérer la hausse de leurs primes pour 2023, en-deçà de l’inflation, malgré la forte hausse des sinistres. C’est un engagement général, les assureurs restent libres de leur politique tarifaire. Certains, comme Crédit Agricole Assurances ou Axa France, ont déjà annoncé des mesures anti-inflation. La profession s'est toutefois engagée sur un chèque de 100 euros sur la prime automobile pour les jeunes conducteurs sans emploi et l’extension de l’assurance santé des parents. Autre mesure annoncée, la suppression de la « carte verte » d’assurance automobile en 2023. Des groupes de travail sont également prévus, sous l’égide de Bercy, pour tenter de s’attaquer à la dérive des coûts des réparations, qui prend des proportions affolantes en France.
Le coût des sinistres climatiques s'élèvent à 5,2 milliards d'euros en France à la fin août.
Le coût des sinistres climatiques s'élèvent à 5,2 milliards d'euros en France à la fin août. (Crédits : Reuters)

« Nous sommes parvenus au meilleur accord possible dans une situation très tendue dans le monde l'assurance » : le ton est donné par le ministre de l'économie, Bruno Le Maire, à l'issue d'une réunion à Bercy avec les assureurs français sur le thème du pouvoir d'achat. « Nous ferons nos meilleurs efforts pour contenir la prime moyenne de l'assurance automobile et habitation en deçà de l'inflation pour 2022 et 2023 », a ainsi déclaré Florence Lustman, présidente de France Assureurs, l'association professionnelle des assureurs en France.

C'est un engagement général de la profession, qui ne tient évidemment pas compte des situations particulières de chaque assuré, ni de la politique commerciale propre de chaque assureur. C'est à ce dernier que revient de fixer librement les hausses de ses primes, dans le cadre fixé par l'accord entre Bercy et la profession. Jusqu'ici, les assureurs ont déjà joué la modération avec un indice INSEE des prix de l'assurance en progression de 2,2% à la fin juin, contre 5,8% pour l'indice général.

L'effort consenti par assureurs peut cependant paraître bien modeste au regard de la garantie concédée par les banques une semaine plus tôt auprès de Bercy, de plafonner les hausses tarifaires à 2% pour 2023. Certains établissements bancaires ont même décidé de geler les tarifs en 2023, comme BNP Paribas, LCL, la Banque Postale et le Crédit Coopératif. En juillet dernier, Société Générale avait déjà promis une « stabilité » de ses tarifs.

Engagement réaliste

« On ne peut pas comparer les tarifs bancaires et les primes d'assurance, car les tarifs bancaires concernent des services alors que les primes d'assurance doivent couvrir des sinistres », souligne cependant Franck Le Vallois, directeur général de France Assureurs. Les assureurs ne cessent de mettre en garde les pouvoirs publics sur la forte hausse du coût des sinistres. Ils ont été apparemment entendus.

« Ce n'est pas dans l'intérêt des pouvoirs publics de fragiliser le secteur de l'assurance alors que les citoyens demandent plus de protection », glisse un grand assureur de la place. « C'est une conclusion réaliste de la part des assureurs et des pouvoirs publics », commente de son côté Cyrille Chartier-Kastler, président du cabinet de conseil Facts & Figures.

Le dérapage du coût des sinistres est une préoccupation majeure des assureurs. La profession a même opportunément revu à la hausse la facture des sinistres climatiques (hors sécheresse) à 5,2 milliards d'euros à la fin août. Un montant bien supérieur aux 3,5 milliards d'euros constatés en moyenne ces cinq dernières années. Comme l'avait rappelé Florence Lustman début septembre, l'heure n'est pas « aux superprofits » mais bien aux « supersinistres ».

«Tout le débat aujourd'hui est de savoir si nous sommes sur des phénomènes climatiques exceptionnels ou des changements climatiques plus profonds», s'interroge Philippe Dumont, directeur général de Crédit Agricole Assurances. A titre d'exemple, l'épisode de grêle de juin dernier ne devrait pas se reproduire avant 50 ans... selon  les modèles climatiques actuels. Reste donc à savoir si ces modèles sont toujours pertinents.

Des hausses de 3% à 5%

D'autant que la spirale inflationniste aggrave une situation déjà très tendue. C'est le coût de la tuile qui augmente de 30% depuis janvier ou bien celui d'un pare-brise moyenne gamme de 40 % en trois mois. Sans parler de l'indice de la construction FFB qui a bondi de 10 % à la fin juin.

Au total, le cabinet Facts & Figures anticipe des hausses de 3% à 5% en assurance automobile (avec une « intensité » plus forte sur les véhicules SUV très coûteux en réparations), alors que la fréquence des sinistres est revenue sur son niveau d'avant crise sanitaire, et de 3% en assurance habitation (avec sans doute une majoration sur les biens les plus exposés aux risques climatiques).

«Nous ne pourrons pas échapper à des augmentations des tarifs automobile et habitation, même si nous travaillons à des offres d'entrée de gamme», explique Guillaume Oreckin, directeur général de Predica (Crédit Agricole Assurances). Mais, ajoute-t-il, « la vraie question est de bien définir dans quelle proportion il faut segmenter le risque pour faire payer le juste prix, en évitant qu'une partie des biens ne soient plus assurables. Notre conviction est que nous devons être responsable dans notre approche de la segmentation des risques ».

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Bouclier anti-inflation chez Axa

Au-delà de l'engagement général de modération des tarifs, le « pack anti-inflation » annoncé ce matin par les assureurs reprend l'essentiel des propositions transmises à Bercy en juillet dernier. Il s'agit tout d'abord d'un « chèque » de 100 euros sur la prime automobile pour les jeunes conducteurs au chômage. De quoi réduire d'autant la surprime généralement appliquée aux jeunes conducteurs. De la même façon, les assureurs sont prêts à étendre les contrats de complémentaire santé des parents à ces jeunes publics.

De nombreuses initiatives de la part des assureurs devraient compléter le dispositif anti-inflation. A l'image du secteur bancaire pour les clientèles dites « fragiles », certains devraient étoffer leur offre low cost pour les ménages les plus modestes et les plus touchés à l'inflation. Ainsi, Crédit Agricole Assurances va lancer d'ici la fin de l'année un nouveau contrat habitation à « petit prix » pour les jeunes locataires de moins de 30 ans, une offre qui sera ensuite étendue en 2023 aux jeunes propriétaires.

De son côté, Axa France annonce toute une série d'initiatives pour amortir le choc des prix. Il n'hésite pas à proposer un gel des tarifs sur l'assurance auto et habitation pour les jeunes de moins de 30 ans, sous réserve qu'ils n'ont pas déclaré de sinistre. Autre mesure phare : une réduction de 100 euros pour tous les assurés Axa qui souhaitent souscrire une assurance automobile (50 euros pour les nouveaux contrats habitation). « Nous souhaitons jouer notre rôle malgré la forte hausse des sinistres », indique Patrick Cohen, directeur général d'Axa France.

Suppression de la carte verte

L'autre volet du « pack anti-inflation » annoncé ce matin par les assureurs compte s'attaquer aux racines du mal, celle de la hausse endémique du coût des réparations. Sous l'égide de Bercy, un groupe de travail sera ainsi mis en place pour plancher sur le coût des pièces de rechange et la promotion des pièces de « réemploi » (dont le coût est inférieur de 40%). Ce groupe devra associer tous les acteurs de la filière, précise le ministre, et notamment les constructeurs automobiles et les équipementiers.

« Nous devons trouver une voie vers plus de recyclage sans menacer notre industrie automobile », précise le ministre de l'économie. La discussion s'annonce délicate car les constructeurs automobiles tirent de très confortables marges sur les pièces détachées dont les prix en France sont parmi les plus élevés en Europe.

Les mesures envisagées portent également sur la simplification avec en ligne de mire la suppression de la fameuse attestation d'assurance automobile, qui « ne sert plus à rien car nous avons désormais un fichier des véhicules assurés plus efficace pour lutter contre la fraude », précise Florence Lustman. De fait, Bruno Le Maire a lui-même confirmé cette suppression, sans doute en 2023, en concertation avec le ministère de l'Intérieur.

« C'est un choc de simplification pour nos concitoyens et un coût qui se réduit », avance le ministre. Ce dernier, en intense campagne anti-inflation, peut donc se féliciter d'avoir mis en place un bouclier tarifaire sur l'énergie (le plus gros morceau), sur les banques et désormais, sur les assurances. A qui le tour ?

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Commentaire 1
à écrit le 20/09/2022 à 19:01
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Bref ils naugmenteront pas au delà des 10% d'inflation...je ne suis pas sur que ce soit une bonne nouvelle

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