Barroso chez Goldman Sachs : une pétition fait rebondir la polémique

Un collectif d’employés des institutions européennes a lancé en août une pétition pour protester contre l’embauche de l’ancien président de la Commission européenne par le géant de Wall Street. Destiné aux présidents de la Commission, du Conseil de l’Union européenne et du Parlement européen, le texte a déjà recueilli 77.716 signatures, sur un objectif de 150.000.
Christine Lejoux

4 mn

José Manuel Barroso, président non exécutif de Goldman Sachs International.
José Manuel Barroso, président non exécutif de Goldman Sachs International. (Crédits : © Christian Hartmann / Reuters)

Une polémique, c'est comme un incendie. On la croit éteinte, mais un souffle sur ses braises suffit à la relancer. Voilà qui pourrait arriver à la controverse déclenchée début juillet par la nomination du Portugais José Manuel Barroso, ancien président de la Commission européenne de 2004 à 2014, comme président non-exécutif de Goldman Sachs International, la branche internationale du groupe bancaire américain basée à Londres. Dans le courant du mois d'août, un collectif d'employés des institutions européennes, créé pour l'occasion, a en effet publié sur le site www.change.org une pétition réclamant "des mesures fortes et exemplaires contre José Manuel Barroso, pour avoir rejoint Goldman Sachs."

"Cette décision d'aller travailler pour l'une des banques les plus impliquées dans la crise des subprimes [crédits hypothécaires américains risqués ; Ndlr] (...), mais aussi dans la crise grecque, un pays dont elle a aidé à dissimuler le déficit, avant de spéculer, en 2009-2010, contre la dette grecque, dont elle connaissait évidemment le caractère insoutenable, constitue un nouvel exemple de pantouflage irresponsable (...) et, qui, sans être illégal, est moralement malhonnête", écrit ce collectif.

Une nomination survenue dans le contexte du Brexit

Des propos qui font écho à ceux prononcés par François Hollande lui-même, le 14 juillet : lors de sa traditionnelle allocution télévisée le jour de la Fête Nationale, le chef de l'Etat avait jugé "moralement inacceptable" que José Manuel Barroso - à la tête de la Commission européenne durant la crise financière de 2008, crise dont Goldman Sachs est accusée d'être en partie responsable - rejoigne à présent la banque d'investissement américaine. Ce reproche du chef de l'Etat s'était ajouté à un flot de critiques en France et au Portugal, des eurodéputés PS français au parti socialiste au pouvoir à Lisbonne. "Si on reste dans la vie politique, on est critiqué pour vivre aux crochets de l'Etat, si on va dans le privé, on est critiqué pour tirer profit de l'expérience acquise dans la politique", avait rétorqué José Manuel Barroso dans un entretien à l'hebdomadaire portugais Expresso, le mois dernier.

Si ses nouvelles fonctions chez Goldman Sachs suscitent une telle indignation, c'est également parce que l'ancien président de la Commission européenne devrait notamment avoir pour tâche de conseiller le géant de Wall Street sur les conséquences du Brexit sur son activité. De fait, à l'image de nombre de grandes banques étrangères, Goldman Sachs avait choisi Londres, première place financière européenne, comme tête de pont de son développement sur le Vieux Continent. Le hic, c'est que la sortie programmée du Royaume-Uni de l'Union européenne (UE) risque de faire perdre aux banques implantées à Londres leur « passeport européen », ce précieux sésame qui leur permet d'exercer leur activité partout dans l'UE à partir du moment où elles sont agréées dans l'un des pays de l'Union. Or, dans le cadre de la renégociation des accords commerciaux, douaniers et financiers entre le Royaume-Uni et l'UE, José Manuel Barroso semble évidemment mieux placé que quiconque pour exercer un lobbying sur la seconde en faveur du premier.

Le collectif demande un durcissement des règles de pantouflage

Le collectif à l'origine de la pétition estime donc que la décision de José Manuel Barroso de rejoindre Goldman Sachs "est contraire à l'honneur et à la probité de la fonction publique européenne, censée défendre l'intérêt général européen." Et qu'elle est même "irresponsable, car elle alimente un contexte qui n'est plus seulement eurosceptique, mais désormais europhobe." En conséquence de quoi, la pétition réclame la suspension des indemnités de retraite auxquelles José Manuel Barroso a droit au titre de son ancienne fonction de président de la Commission européenne. Reste que, sur le plan purement légal, José Manuel Barroso a parfaitement le droit de travailler pour Goldman Sachs, puisqu'il a observé un délai de plus de 18 mois entre la fin de son mandat à la Commission européenne, en octobre 2014, et son passage dans le privé, en juillet dernier.

C'est pourquoi la pétition exige également un renforcement des règles de lutte contre le pantouflage, applicables aux anciens membres de la Commission. Plusieurs voix s'étaient élevées en juillet pour demander un tel durcissement, dont celles de Harlem Désir, secrétaire d'Etat français aux Affaires européennes, et de Emily O'Reilly, la Médiatrice européenne chargée d'examiner les plaintes à l'encontre des institutions de l'UE. La pétition - qui sera adressée d'ici à la fin du mois de septembre à Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, à Donald Tusk, président du Conseil de l'UE, et à Martin Schulz, président du Parlement européen - a déjà recueilli 77.716 signatures, sur un objectif de 150.000.

Christine Lejoux

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Commentaires 28
à écrit le 06/09/2016 à 22:16
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A tous les neuneus !! Signez la pétition !!!!

à écrit le 01/09/2016 à 20:42
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Barrosso... un ancien communiste chez Goldman Sachs... ce monsieur arrive à se regarder dans la glace chaque matin ?

à écrit le 31/08/2016 à 17:39
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Il donne envie de vomir ce triste sire , le fossoyeur de l'idée européenne mériterait un procès pour avoir affaibli l'Europe au profit des multinationales américaines , il devrait être traduit à la cour pénale internationale pour haute trahison . Le ...

le 01/09/2016 à 16:53
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Avec ce genre de personnage, il y a plus simple et plus efficace...

à écrit le 31/08/2016 à 15:35
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Je vous signale un dossier fort intéressant du Monde diplomatique il y a quelques mois sur les eurocrates, l'action des lobbies et le pantouflage

à écrit le 31/08/2016 à 12:25
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Ce n'est pas grave parce qu'en France, nous sommes à l'abri de l'ennemi "finance", c'est François Hollande qui nous l'a dit et compte tenu de ses promesses et de l'acharnement qui met à les tenir, on dort tranquille !!!

à écrit le 30/08/2016 à 21:42
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N'importe quel cadre travaillant sur des sujets sensibles a une clause de non concurrence, mais visiblement , cela ne s'applique pas aux technocrates de l'UE.... On croit rêver .....

le 31/08/2016 à 8:03
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je ne comprend pas le problème. Il travaillait déja avec eux, mais dans l'ombre.Maintenant il peut le faire au jour !!!!!

le 31/08/2016 à 8:32
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@FAFA comme ce qu'on peut lire sur ce sujet un peu partout pas d'analyse objective. Barroso a respecté le délai de 2 ans qu'il lui était imposé (il a quitté ses fonctions en 2014). Beaucoup d'agitation dans le vide dans l'alignement de la propagande ...

le 31/08/2016 à 10:22
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@nantes44: le problème de la case justice, c'est que 1) les Américains n'acceptent pas le tribunal international et 2) qui va oser contrer les US ?

à écrit le 30/08/2016 à 18:17
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Dure réalité. L'UE est un concentré de lobbies en tout genre et comme le poison elle pourrie par la tête. Les GB ont eu le nez creux en abandonnant les premiers le navire qui prend l'eau de toutes parts.

le 31/08/2016 à 8:42
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@Robespierre007vous faites de l'anti UE primaire le lobbying ce n'est pas une particularité de l'UE mais mondial. Quand à la GB, ils n'ont pas le nez creux mais joué avec le feu en faisant un référendum ou des gens comme vous eurosceptique ont été ...

le 01/09/2016 à 20:06
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A nantes44 : Vous êtes sans nul doute un de ces adeptes de la pensée unique qui croit encore que l'UE est la panacée. Les technocrates ont réussi à ruiner ce beau projet initial et à le transformer en une mascarade. Si vous êtes contre le référendum ...

à écrit le 30/08/2016 à 16:35
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En France c'est pareil . Pourtant Holand avait bien dit vouloir supprimer les " Niches " et voilà encore un copain qui en trouve une !! Après Le Paon , Chevénement , Imbert ; Moi-je , président : continue , il case les copines !! , ( Julie à l'Elysée...

le 30/08/2016 à 18:44
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Tournez donc la tête de l'autre côté aussi !! Vous y verre bien pire ! Mais vous devez avoir un torticolis sévère et incurable.

le 30/08/2016 à 19:03
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Vous exagérez, le Drian a été élu par la population et la plupart des autres ce ne sont pas des reclassements de copinage et quand c'est éventuellement le cas ce sont des postes plus que secondaires. Tous les partis font plus ou moins çà, Sarkozy not...

le 30/08/2016 à 21:15
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Vous dîtes n'importe quoi. Vous comparez des nominations en France dans des organismes publics avec celle d'un ancien pdt de la commission européenne embauchée par une banque privée à l'origine de la crise. Ridicule.

le 31/08/2016 à 4:29
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@Réponse de mediator Ce n'est pas parce que les autres l'ont faits que cela est normal et doit perdurer. A un moment il faut dire stop et ne plus l'accepter.

à écrit le 30/08/2016 à 16:01
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Ce n'est pas parce que des criminels réussissent dans leurs entreprises qu'il ne faut pas lutter contre la criminalité.

à écrit le 30/08/2016 à 15:55
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Un ingénieur peut quitter son entreprise, avec tous ses secrets, pour les apporter à son nouvel employeur concurrent ; les Prud'hommes lui donnerons toujours raison. Vous voulez de la loyauté ? alors punissez les espions, les lanceurs d'alerte, les ...

à écrit le 30/08/2016 à 15:29
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En fait, pour moi le problème n'est pas qu'il quitte la Commission européenne, mais qu'il y soit entré... Et au vu de de ses résultats à la commission, on se rend compte que notre monde valorise l'incompétence.

le 31/08/2016 à 10:28
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Tout à fait d'accord avec vous. Un président de commission sans projet ni vision pour l'Europe mais avec des ambitions personnelles... Comme nombre de dirigeants des états qui l'avaient placé là. Ce genre de personnage mine la confiance et la cohés...

à écrit le 30/08/2016 à 15:27
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Heureusement qu'il y a encore des fonctionnaires honnêtes à la commission européenne qui ont mis en place cette pétition et il faut effectivement massivement la signer car Barroso dont le mandat n'a d'ailleurs pas été glorieux mine la construction eu...

le 30/08/2016 à 16:36
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@vive l'union...: d'accord sur le fonds, mais sans me prononcer sur l'exemplarité de la Suède dont je ne connais rien :-)

à écrit le 30/08/2016 à 14:47
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Quand on voit qu'en France c'est le responsable de la caisse d'épargne, celui qui a menti ouvertement aux sénateurs, qui est récompensé en venant pantoufler dans la haute administration française, on est certain que le cas Barroso n'est que l'arbre q...

le 30/08/2016 à 15:26
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Tout a fait d'accord, mais je pense que si bien une petition comme celle-ci n'a aucun effet direct, elle a le mérite d'envoyer les projecteurs médiatiques sur ce genre de conduites. J'ai immediatement signé la petition en espérant lui avoir fait pass...

le 30/08/2016 à 18:36
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Erreur de Banque c,est LA SOCIETE GENERALE

le 01/09/2016 à 9:22
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Je vous ai répondu à tous les deux mais ma réponse n'a pas été validée alors que pourtant il n'y avait rien de blâmable du tout, je ne comprends pas, désolé. Un bug j'espère.

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