Moins de risques, plus de profits : Société Générale fixe le cap de sa banque d’investissement

Sur un ton plus offensif, Société Générale, chahutée ces dernières années sur ses performances, vient de dévoiler sa feuille de route pour les activités de banque de financement et d’investissement. Avec un objectif : 10% de rentabilité d’ici 2023. Une ambition qui passe par une croissance de ses revenus de 3% l’an et une baisse drastique de son profil de risque.

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Pour Frédéric Oudéa, directeur général de Société Générale, la transformation du modèle de la banque, entamée depuis dix ans, vise à assurer une rentabilité dans la durée et moins volatile.
Pour Frédéric Oudéa, directeur général de Société Générale, la transformation du modèle de la banque, entamée depuis dix ans, vise à assurer une rentabilité dans la durée et moins volatile. (Crédits : DR)

Société Générale, le retour ? Après dix années de crises, de restructurations et de quête d'identité aux lendemains de la tempête financière de 2008, la banque au logo noir et rouge entend reprendre en main son destin et rappeler qu'elle reste un acteur bancaire incontournable en Europe.

Le discours se veut résolument optimiste et ambitieux, discours globalement entendu d'ailleurs par les analystes financiers et les investisseurs. Dans la banque de détail tout d'abord, la stratégie s'appuie sur deux piliers, un vaste projet de restructuration visant à rapprocher les réseaux Société Générale et Crédit du Nord et le développement à marche forcée de sa banque en ligne Boursorama. Dans la banque d'investissement et de marchés ensuite, un domaine où la banque a longtemps excellé, avant que la désastreuse affaire Kerviel nuise à sa réputation, la banque vise une meilleure allocation de son capital et la réduction de ses risques.

L'heure est donc à la reconquête. Mais pas à n'importe quel prix. La banque se doit de retrouver sa profitabilité et de muscler un cours de Bourse atone (autour de 0,4 fois son actif net) qui fait désormais du groupe davantage une proie qu'un consolidateur du secteur. C'est dans ce contexte que le groupe a dévoilé ce lundi le détail de sa feuille de route stratégique dans la banque d'investissement (ex SGCIB, renommée « banque de grande clientèle et de solutions investisseurs »).

Tendances structurelles positives

« Notre ambition est de rester un leader européen de premier plan dans la banque de grandes clientèles », affirme Frédéric Oudéa, directeur général du groupe. « Ces activités sont au cœur de notre ADN. Nous sommes leaders dans de nombreux domaines et nous avons devant nous une trajectoire prometteuse avec un retour sur capital à deux chiffres et une allocation sélective de notre capital », précise le dirigeant.

Pour Frédéric Oudéa, la banque a une carte à jouer. Pour au moins trois raisons. Tout d'abord, « le business de grandes clientèles ne sera pas concentré dans quelques mégas bilans de banques américaines. La concentration des risques serait inacceptable pour les parties prenantes. Les clients, comme les pouvoirs publics, souhaitent pouvoir compter sur quelques banques européennes compétitives. Société Générale est l'une d'entre-elles ».

Ensuite, ces activités nécessitent une expertise sophistiquée et des barrières à l'entrée élevées. « Elles seront moins sensibles à la perturbation des fintechs ou des GAFA », estime le directeur général. Enfin, « les tendances structurelles seront encore plus positives à l'avenir », avec la transition énergétique, les infrastructures ou la dynamique des investissements alternatifs.

Pas de nouveau plan de réduction d'effectifs

En chiffres, ces ambitions se traduisent par une croissance globale des activités de grandes clientèles et de marché de 3% par an, un retour sur capital de 10% par an (12% hors contribution temporaire au fonds européen de résolution unique) d'ici 2023 et 4 milliards de synergies de revenus au sein de la branche.

La base de revenus devrait osciller autour de 8 milliards d'euros, dont moitié sur les activités de marché et la base de coût sera ramenée, d'ici 2023, autour de 5,1 à 5,3 milliards d'euros, contre 5,8 millions d'euros en 2020. Au total, le coefficient d'exploitation, indicateur clé de la performance, devrait osciller entre 65 et 67%.

Alors que la banque a connu deux plans de réduction d'effectifs dans sa division de grandes clientèles, le programme de 450 millions d'euros de réduction des coûts visent avant les coûts structurels et non les coûts variables. Bref, il n'est pas prévu de nouveaux plans de départs.

Lire aussi : Le rapport explosif sur la fusion Société Générale-Crédit du Nord

Meilleure maitrise des risques

« La feuille de route est claire : assurer une rentabilité durable avec un écart type de performances plus faible », avance Slawomir Krupa, directeur général adjoint, en charge de la banque de grandes clientèles. Ce qui veut dire que la banque souhaite un meilleur mix de revenus pour éviter toute concentration excessive du risque.

« L'activité de grande clientèle est avant tout un métier de gestion des risques et nous allons réduire toute concentration de notre risque, notamment une surconcentration du risque de queue de distribution (risque rare mais pertes importantes, NDLR) », explique le nouveau patron de la banque d'investissement.

Cette profession de foi se traduira par une allocation du capital plus prononcée sur le financement et le conseil et moins sur les activités de marché, qui resteront, et de loin, le principal contributeur à l'activité, environ 50% du chiffre d'affaires.

La banque va ainsi augmenter sa présence auprès des entreprises des secteurs TMT (technologie, médias et télécoms), des infrastructures et des énergies renouvelables. La banque compte même doubler ses revenus liés à la RSE (responsabilité sociale des entreprises) d'ici 2025. Sur la clientèle des investisseurs, Société Générale souhaite se développer sur les investisseurs institutionnels et lever le pied sur les hedge funds et les banques.

« Les changements seront incrémentaux. Au lieu d'appuyer très fort sur un métier (les activités de marché, NDLR), nous allons appuyer fort sur la quasi-totalité de nos métiers dans une logique de service au client, avec un profil de risque plus faible », résume Slawomir Krupa. Ainsi, sur les dérivés actions, l'un des métiers phares de la banque, certaines poches d'activité ont été supprimées, celles qui étaient problématiques en cas de dislocation des marchés, comme au printemps 2020. D'une manière générale, la consommation de stress test a été drastiquement réduite, de l'ordre de 70%.

Changement de cap pour la banque? Les dirigeants s'en défendent. « C'est une inflexion stratégique progressive de dix ans pour transformer notre modèle en partant de la crise financière », ajoute Frédéric Oudéa. Oui, la banque compte bien (enfin) tourner la page de la crise financière.

Lire aussi : Malgré la crise, les banques vont bien et Société Générale mieux encore

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Commentaires 2
à écrit le 22/05/2021 à 6:46
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Les risques pour Kerviel, les profits pour Oudéa...

à écrit le 10/05/2021 à 20:56
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"Moins de risques, plus de profits" C'est pas possible ça ! Ou en trichant comme lors des "credit default swap", le transfert des risques la conservation des gains , face je gagne pile tu perds... Des trucages en perspectives... pardon des innova...

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