« Dans la Blockchain, la Silicon Valley est en retard »

Kavita Gupta Consensys Ventures Blockchain
Consensys

Kavita Gupta Consensys Ventures Blockchain
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À la sortie de l'amphithéâtre du Conservatoire national des arts et métiers où elle vient de terminer sa présentation, Kavita Gupta est entourée d'une nuée d'hommes, entre 20 et 35 ans, qui brûlent de lui « pitcher » leur projet, de décrocher son numéro, son email, voire un rendez-vous chez ConsenSys Ventures, à Brooklyn ou San Francisco. Manteau rouge, robe à pois, cette brune pimpante, à la tête de ce fonds de capital-risque qui prend des participations dans des startups de l'univers de la Blockchain au stade de l'amorçage, détonne dans cette foule de geeks, ingénieurs, développeurs, entrepreneurs, venus assister début mars à la conférence de la communauté Ethereum, la Blockchain la plus prisée des milieux d'affaires.
Venue du cabinet de gestion de fortune de la famille de l'ex-patron de Google, Eric Schmidt, Kavita Gupta a créé en septembre 2017 ConsenSys Ventures, le bras de capital-risque de Consensys, entreprise de conseil en technologie de « chaînes de blocs » fondée en 2014 par Joseph Lubin, l'un des co-fondateurs d'Ethereum justement. Spécialiste de la finance à impact et de l'investissement dans la technologie dans les pays émergents, elle a contribué à créer l'équipe en charge des green bonds à la Banque mondiale. D'origine indienne, elle a étudié à Delhi, à la George Washington University et au MIT. Désormais, elle parcourt la planète à la recherche des futures pépites des technologies Blockchain ou de registre distribué, technologies de stockage et de transmission d'information nées il y a dix ans avec le Bitcoin.
Le fonds est doté de 50 millions de dollars et a déjà investi dans une quinzaine de jeunes pousses (en capital ou en "tokens", en jetons numériques) pour un montant compris « entre 15 et 18 millions de dollars ». Parmi ses récents investissements, un million d'euros dans le français Coinhouse (l'ex-Maison du Bitcoin), dont ConsenSys Ventures a mené le tour de table de 2,4 millions d'euros (de série A) en janvier dernier, au côté du fonds français XAnge (groupe Siparex), du fonds new-yorkais spécialisé Digital Currency Group et de l'entrepreneur Eric Larchevêque (Ledger).
Elle observe en particulier que « Londres était jusqu'ici le principal pôle en Europe pour ce qui touche aux actifs financiers mais la France se met sur les rangs.» Elle cite en exemple une initiative interne au sein de ConsenSys, une solution de "tokenisation" des actifs financiers, sécurisée sur la Blockchain, appelée Dauriel Network et lancée le 1er février, qui est « made in France ».
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[Exemples de startups du portefeuille de ConsenSys Ventures]
Bien placée pour disposer d'une vision panoramique, elle estime que « la Blockchain est un écosystème vraiment décentralisé. Il existe différents lieux dans le monde entier. Bien sûr, la Chine est vraiment en avance, en particulier en matière d'infrastructures et de solutions de montée en charge, mais Singapour et Hong Kong sont à la pointe en matière de produits financiers. » Elle relève qu'aux États-Unis, New York a toujours été en avance.
Au bémol près qu'Andreessen Horowitz a tout de même investi dans une dizaine de startups du secteur depuis 2013, dont la plateforme d'échange de crypto-actifs Coinbase (valorisée 8 milliards de dollars et dont le siège est à San Francisco) et le jeu CryptoKitties, tandis que GV (Google Ventures) est entré au capital de Blockchain.com (solutions de conservation de crypto-actifs) en 2017. Et il se murmure que Facebook pourrait lancer sa propre crypto-monnaie le Facebook Coin.
Kavita Gupta se souvient du conservatisme de ce milieu et des réactions épouvantées de ses connaissances quand elle a décidé de franchir le pas.
Elle affirme que « tous les grands VC ont commencé à s'y intéresser » et qu'ils revoient les termes de leur contrat avec les investisseurs « pour inclure la Blockchain dans leur thèse d'investissement générale. Le changement se produit, mais plus tard que prévu. »
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Cet « hiver des crypto » qui a frappé l'écosystème l'an dernier (avec une chute de l'ordre de 72% des cours du Bitcoin et de l'Ether, les plus connus des crypto-actifs, en 2018), a toutefois des côtés bénéfiques.