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Entreprises & FinanceIndustrie financière

Le tardif nettoyage du secteur bancaire espagnol

Gaëlle Lucas, à Madrid

Publié le 11 mai 2012 à 09:10 - Mis à jour le 11 mai 2012 à 09:32

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Depuis le début de la crise, les gouvernements successifs ont multiplié les mesures afin de régler une fois pour toutes le problème de solvabilité du secteur financier. En vain. Mariano Rajoy espère mettre un point final à cette incertitude en nationalisant Bankia et en annonçant une dernière réforme du secteur.

«L'Espagne a peut-être le système financier le plus solide de la communauté internationale». Depuis que José Luis Rodriguez Zapatero, alors premier ministre espagnol, a tenu ces propos quelques jours après la chute de Lehman Brothers en septembre 2008, la perception générale sur les finances espagnoles a radicalement changé. C'est le moins que l'on puisse dire.

Le secteur financier espagnol, lesté par une exposition immobilière gigantesque et plombé par la récession économique, est en effet désormais considéré comme le maillon faible de la zone euro. Et Mariano Rajoy, le successeur conservateur de Zapatero, s'apprête à rendre publique ce vendredi la quatrième réforme du système financier depuis 2009.

Après avoir imposé en février des provisions de 53 milliards d'euros sur le risque immobilier, il annoncera la création de sociétés de liquidation destinées à isoler les actifs immobiliers toxiques des banques pour assainir leur bilan. Il imposera par ailleurs une hausse des provisions sur les actifs non toxiques afin de parer à une éventuelle progression des créances douteuses. Enfin, il révélera le montant des aides publiques destinées à renflouer Bankia. Jusqu'à présent l'Etat a injecté plus de 16 milliards d'euros dans le secteur.

Des mesures trop tardives

Pour beaucoup, de telles mesures auraient dû être prises dès le début de la crise. D'aucuns soulignent que si l'Etat espagnol avait pris le contrôle de certaines banques en 2009 en même temps que d'autres pays comme le Royaume Uni, le problème du secteur serait moins aigu aujourd'hui, et l'Espagne ne ferait pas l'objet de toutes les inquiétudes.

Pourtant, face à l'émergence du problème des caisses d'épargne - 50% du secteur financier - durement frappées par la crise immobilière, le gouvernement de José Luis Zapatero a agi dès 2009 en créant un Fonds de restructuration bancaire. Le "Frob" devait financer les fusions entre ces entités afin de renforcer leur taille critique et de les aider à faire face au risque immobilier. Leur nombre est d'ailleurs passé de 45 à neuf en trois ans.

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Hausse inquiétante des créances douteuses

Toutefois, cet effort n'a pas résolu la crise du secteur pénalisé par la hausse imparable des créances douteuses et du risque immobilier. « Les fusions ont été trop rapides et sans examen exhaustif préalable des entités », déplore Javier Montoya, analyste chez Alpha Plus. C'est le cas de Bankia, dont les deux principales entités, Caja Madrid et Bancaja, figuraient parmi les caisses les plus exposées à l'immobilier. Une bombe à retardement, aujourd'hui nationalisée.

Par ailleurs, le poids des politiques locaux dans les caisses a aussi empêché la mise en ?uvre des fusions que recommandait la logique économique. Ni la réforme de leur statut en été 2010, ni leur « bancarisation » imposée par un nouveau changement légal en 2011 afin de faire entrer des investisseurs privés, n'ont suffi à éradiquer la présence des politiques dans les conseils d'administration.

L'opacité du système espagnol

L'inefficience de la restructuration menée de 2009 à 2011 trouve son reflet dans les chiffres : sur les sept caisses nationalisées depuis le début de la crise, quatre sont en réalité des « groupes » de caisses fusionnées en 2010, incapables de satisfaire aux exigences accrues de solvabilité des différents gouvernements. Par ailleurs, Banca Cívica, entrée en bourse il y a moins d'un an, avec une décote de 60% (comme Bankia) a quant à elle été absorbée par CaixaBank. Et des neuf caisses qui subsistent aujourd'hui, plusieurs doivent envisager de nouveaux rapprochements pour pouvoir faire face aux exigences de provisions.

À lire également

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  • L'Espagne veut sortir l'immobilier du bilan des banques

La nationalisation de huit entités financières depuis le début de la crise ainsi que les atermoiements des gouvernements successifs ont achevé de convaincre les marchés de l'opacité du système espagnol. La presse espagnole rapporte que l'Union européenne compte réclamer que soit effectuée une estimation de l'état des bilans bancaires espagnols par une entité indépendante afin d'en améliorer la transparence. La confiance règne. Et après quatre ans de crise, elle ne sera pas restaurée de sitôt.

Gaëlle Lucas, à Madrid

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