Après la plainte des Etats-Unis, l'étau se resserre autour de Standard & Poor's

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L'agence de notation américaine a annoncé lundi qu'elle allait être visée par une procédure judiciaire des autorités américaines, l'accusant d'avoir sous-évalué les risques des actifs immobiliers à l'origine de la crise des subprimes. Or depuis plusieurs mois, S&P a fait l'objet de plusieurs plaintes similaires, notamment en Australie et en Europe.

Après les coups de semonce, voici vraisemblablement venu le temps des règlements de compte. Lundi, Standard & Poor's a annoncé que le Département de la Justice américaine allait déposer une plainte au civil contre elle. Dans un communiqué, l'agence de notation américaine a précisé que le ministère visait  "certaines obligations américaines adossées à de la dette" en 2007. Concrètement, il s'agit des CDO (Collateralized Debt Obligations), ces titres financiers liés aux emprunts immobiliers "subprime" à l'origine de la crise financière.

>> Les Etats-Unis s'apprêtent à porter plainte contre Standard & Poor's

Après les banques, Washington semble donc vouloir employer la manière forte pour lever le voile sur les activités des agences de notations. Pour cela, S&P, Moody's et Fitch sont dans le collimateur de plusieurs institutions à travers le monde. Début novembre, Standard & Poor's a ainsi été condamnée pour notation "trompeuse" en Australie. En 2006, l'agence avait estampillé de son triple A des titres CPDO ("constant proportion debt obligation") émis par la banque néerlandaise ABN Amro et vendus à douze collectivités locales. Mais après coup, ces actifs se sont révélés toxiques.

Des procédures en Europe

Dans la foulée de cette condamnation, IMF Australia, qui a financé la plainte collective à l'origine de l'affaire, a indiqué vouloir lancer des procédures similaires sur le Vieux Continent, où deux milliards de ces titres CPDO ont été souscrits. Selon l'AFP, une plainte aurait été déposée aux Pays-Bas. D'autres procédures seraient également à l'étude en Allemagne, en Autriche, aux Pays-Bas, en Grande-Bretagne et en France.

Le jugement australien a sans doute pesé lourd dans l'actuelle fronde contre S&P. Comme le relevait alors dans nos colonnes le docteur en économie et spécialiste des agences de notations Norbert Gaillard: "Ce qui est plus important, c'est que la Cour a clairement jugé les méthodes de travail de S&P légères et peu professionnelles. Et ce, sur des bases solides." Il envisageait déjà que ce jugement puisse être utilisé comme base, "notamment aux Etats-Unis".

>> "Les agences de notation ont du souci à se faire"

La plainte des Etats-Unis contre Standard & Poor's intervient aussi dans le sillage d'une nouvelle réglementation européenne du marché de la notation. Mi-janvier, le Parlement européen a adopté à une très large majorité une nouvelle batterie de règles pour réguler et encadrer la trentaine d'entités enregistrées au sein de l'UE. Celles-ci se voient imposer une plus grande transparence. Surtout, elles pourront dorénavant être tenues civilement responsables de leurs erreurs en cas de négligence grave ou de violation intentionnelle de la législation.

Moody's et Fitch bientôt visées ?

En avril 2011 aux Etats-Unis, le Sénat s'était déjà fendu d'un rapport très critique à l'égard du secteur. Il avait fustigé les méthodes de travail des grandes agences, et pointé un problème de conflit d'intérêt. L'institution avait notamment souligné que les agences sont payées par des banques d'investissements qui veulent des notes élevées pour les produits qu'elles émettent.

Pour sa défense, S&P affirme dans son communiqué du jour que les autorités américaines "auraient tort d'affirmer que les notes de S&P étaient motivées par des considérations commerciales et pas octroyées de bonne foi". Elle remarque aussi avoir "examiné les mêmes données sur les emprunts obligataires à risque que le reste du marché, y compris des responsables du gouvernement américain qui ont dit publiquement en 2007 que les problèmes sur le marché du subprime semblaient maîtrisés". Enfin, l'agence indique que "de manière regrettable, la profondeur et les effets de ce qui s'est passé ont été plus importants que ce que nous, comme tous les autres, avions prévu". Manière de pointer du doigt Moody's et Fitch, qui pourraient bien, elles aussi, faire l'objet de procédures similaires à court ou moyen terme.

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Commentaires
a écrit le 05/02/2013 à 19:27 :
je vois pas trop ce certains commentaires reprochent "aux banques"; s'il y a des délits, c'est avec les délinquants qu'il faut voir; c'est aux responsables de rendre des comptes; et c'est pareil en politique...
a écrit le 05/02/2013 à 18:30 :
Tout le monde sait depuis 2007 (et certains depuis 2006, voire avant...voir à ce sujet l'excellent bouquin de Michael Lewis, "the big short" traduit par "le casse du siècle", qui n'épargne pas les "crétins" des agences de notation) que les S&P et consorts ont distribué des triple A à tout-va, souvent après avoir expliqué aux émetteurs, moyennant de plantureux honoraires de conseil, comment structurer leurs titres pour être assuré de décrocher le précieux sésame...
Alors pourquoi ne s'est-il pratiquement RIEN passé sur le front judiciaire depuis plus de 5 ans???
Même question pour les "banquiers" qui ont amassé des fortunes colossales pendant que gonflait cette bulle - pas un n'est en prison, pas un n'est même sur la paille - même si le lampiste de luxe Fabrice Tourre risque d'en prendre pour son grade.
Pendant ce temps là, le monde (au moins occidental) a sombré dans une récession en double (ou triple) V aggravée par l'austérité généralisée... mais bien sûr les banques et la finance n'y sont pour rien, voyons ;-)
Autant dire que ce ne sont pas quelques poursuites à retardement contre les agences de notation (qui s'en tireront en signant un gros chèque, comme d'hab) qui changeront quoi que ce soit.
En fait, si j'étais dans la finance, j'attendrais avec impatience la prochaine bulle et je me préparerais souffler dedans à pleins poumons pour m'en mettre plein les fouilles - ça gagne à tous les coups !
In fine, ces poursuites ne sont que de la poudre aux yeux, de toute façon ces agences n'ont pratiquement pas de fonds propres, au pire celles qui sont condamnées fermeront, ce n'est pas ça qui va remplir les caisses de nos Etats affaiblis pour longtemps, très longtemps, au plus grand bénéfice des puissances de l'argent...
Réponse de le 05/02/2013 à 19:12 :
à Poudre aux yeux : puisque vous voulez souffler , soufflez donc donc dans des produits dérivés hors bilan (800 000 milliards de $ u.s.) see : international swaps & derivatives association inc. N.Y./ N.Y. cela devrait être mûr d'ici 4/5 ans !
a écrit le 05/02/2013 à 18:22 :
"S&P affirme dans son communiqué du jour que les autorités américaines "auraient tort d'affirmer que les notes de S&P étaient motivées par des considérations commerciales"... bien voyons !!!!!!!!!!!!!
a écrit le 05/02/2013 à 17:52 :
Standard & Poor's pour les nuls http://blabladezinc.20minutes-blogs.fr/archive/2010/06/02/les-frais-bancaires.html#comments
a écrit le 05/02/2013 à 17:04 :
ET BEN VOiLA, MAIS LES BANQUES D'AFFAIRES SUR CES QUESTIONS DE SUBPRIME (CDO etc...) ET DE CDS S'EN TIRE TROP BIEN ELLES MORFLENT PARCE QU'ELLES ONT FAIT D'AUTRES CONNERIES MAIS IL FAUT REVENIR A LA CRISE FINANCIERE COMMENçONS PAR LE COMMENCEMENT LES PRATIQUES DE CES BANQUES SONT OU ONT ÉTÉ INACCEPTABLES ELLES DOIVENT PAYER CHER TRÈS CHERS ET LEUR COMMETTANTS DIRIGEANTS OU CADRES DOIVENT PAYER CHER TRÈS CHER; LES CABINETS D'AUDIT PAREIL ILS S'EN SORTENT QUASIMENT INDEMNES ALORS QU'ILS ONT AUDITE ET CERTIFIE DES PORTEFEUILLES OU DES RISQUES OU DES BILANS OU DES COMPTES D'EXPLOITATION OU POURRIS OU FAUX; LE DÉBALLAGE JUDICIAIRE NE FAIT QUE COMMENCER ET EN PLUS LES PLACARDS SONT ENCORE PLEINS DE CADAVRES A EXHUMER;
a écrit le 05/02/2013 à 17:01 :
Peut-être qu'un jour ils se rendront aussi compte du rôle qu'a joué le triste sire Greenspan dans toute série de faillites, crises, délits financiers et décrédibilisation de l'activité financière. L'arrogance du gourou a disparu du radar, mais un hommage spécial devrait lui être rendu !
a écrit le 05/02/2013 à 17:00 :
Une très bonne chose! ça change un peu de bord !
a écrit le 05/02/2013 à 16:47 :
Bye Bye et bon vent S&P! Ceci dit S&P est complètement décrédibilisée.
a écrit le 05/02/2013 à 16:41 :
C'est çà le liberalisme, la liberté mais si on triche, la sanction. Ceux qui se moquent oublient un peu vite que Madoff est en prison à vie alors que les responsables du crédit lyonnais se reposent sous les tropiques avec des retraites chapeau pendant que nous payons leurs dettes.
Réponse de le 05/02/2013 à 16:55 :
à justice : ne pas oublier de citer Greenspan qui avait autorisé la mise sur le marché des subprimes, lui aussi ancien de goldman sachs ! devinez les prochains hold up ?
Réponse de le 05/02/2013 à 16:55 :
Non ce n'est pas ça le libéralisme, c'est en fait tout l'inverse, ça c'est l'interventionisme étatique. Pour vous faire une culture de ce qu'est le libéralisme lisez donc les écrits de Bastiat sur le net. Cessez de croire que les USA sont un modél de libéralisme, ça c'est la propagande étatiste socio conservatrice qui veut vous le faire croire.
a écrit le 05/02/2013 à 16:12 :
Good news
a écrit le 05/02/2013 à 15:48 :
Et la France, et l'Europe, quand vont-ils poursuivre les agences de notation qui sont au service de la voyoucratie financière mondiale ?
Réponse de le 05/02/2013 à 16:43 :
Et moi et moi et moi

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