Cryptomonnaies : face à des sénateurs impatients, la SEC réfléchit à la régulation du "Wild West"

Gary Gensler, le patron du gendarme américain de la Bourse, a passé un grand oral devant les sénateurs pressés de voir s'appliquer un cadre réglementaire à l'univers encore "sauvage" des cryptomonnaies. Nommé il y a cinq mois, cet ancien banquier en a profité pour souligner le manque de moyens de son institution pour mener à bien ses missions.
Jeanne Dussueil

6 mn

On pourrait disposer de plus de fonds (....), de davantage de personnel, a affirmé M. Gensler qui préside une agence de 4.400 employés travaillant sur 6.600 projets.
"On pourrait disposer de plus de fonds (....), de davantage de personnel", a affirmé M. Gensler qui préside une agence de 4.400 employés travaillant sur "6.600 projets". (Crédits : REUTERS/Jose Luis Magana)

L'impatience de voir une réglementation s'appliquer aux échanges de cryptomonnaies, en plein essor, est à son comble aux Etats-Unis. Après avoir fait un appel du pied début septembre aux entrepreneurs du secteur qui se lancent dans ces nouveaux moyens de paiement, Gary Gensler, le patron de la SEC (Securities and Exchange Commission), le gendarme américain de la Bourse, était attendu lundi pour passer sur le gril des sénateurs lors d'une audition devant l'une des commissions de la chambre haute. Face aux questions pressantes des élus le questionnant sur les dangers et l'encadrement de ces cryptomonnaies - qui pour l'heure échappent à de nombreuses autorités de contrôle -, Gary Gensler, nommé à la tête de la SEC il y a cinq mois, avance encore à pas mesurés sur le sujet.

Tout en prônant l'innovation de ce secteur né avec la naissance du protocole Bitcoin, au lendemain de la crise financière de 2008, cet ancien banquier de Goldman Sachs veut mettre de l'ordre dans le "Wild West" (en référence à la conquête de l'or à l'Ouest américain et au temps des cow boys hors la loi).

"Franchement, aujourd'hui c'est le Wild West (...). Ce type d'actifs regorge de fraudes et d'escroqueries. On peut faire mieux", a-t-il lancé, assurant toutefois être "technologiquement neutre" et considérer la technologie "comme un catalyseur de changement".

Mais alors que le marché des cryptomonnaies, - dont la doyenne le bitcoin a pesé jusqu'à 1 trillion de dollars de valorisation - est estimé au global à 1,3 trillion, les Sénateurs ont montré leur impatience face à un secteur en pleine accélération. "Comment définir ces actifs ?", "sont-ils des placements en security ou en equity ?", avec derrière l'enjeu de la taxation des investisseurs, "comment empêcher la spéculation hors de contrôle ?", "comment s'assurer que ces systèmes sont véritablement inclusifs ?", questionne encore avec insistance la sénatrice démocrate Elizabeth Warren. "Nous avons besoin de clarté (...) je pense que vous devriez publiquement divulguer ceci", a résumé un autre cité par la chaîne CNBC.

Le manque de clarté comme argument d'attaque... et de défense

En guise de réponse, Gary Gensler l'a promis, la SEC travaille à la création d'un nouveau cadre légal pour fixer des règles de ces échanges basés sur des monnaies décentralisées et sans intermédiaires bancaires, mais très volatiles. Un autre sénateur aurait d'ailleurs préféré la caractérisation de "wild, wild West", plutôt que "Wild West".

Mais ce travail, - qui doit encadrer la spéculation de crytomonnaies sur les plateformes d'échanges telle Coinbase, les startups de la finance décentralisée et leurs placements sans frais, les "stablecoins" (ces actifs ou "jetons" sur la blockchain et indexés au cours d'une monnaie d'Etat), les paiements et transferts d'argent, est vaste. Or, à date, "de larges pans" de ce nouveau secteur exerçaient "en dehors du système réglementaire qui protège investisseurs et consommateurs", a souligné Gary Gensler.

Sur le sujet des stablecoins, Gary Gensler a aussi plaidé pour davantage de coopération avec les régulateurs bancaires. En ligne de mire notamment, le "diem" que Facebook veut mettre en place pour créer un nouveau système d'échanges pour ces 2 milliards d'utilisateurs.

Aussi, les affaires de fraudes ou de piratage des portefeuilles de cryptomonnaies éclatent régulièrement au grand jour. Face à ces nouvelles entreprises qui promettent des rendements supérieurs aux placements classiques et des transactions instantanées et sans frais, la SEC tente de leur imposer de s'enregistrer auprès de ses services. Ce que beaucoup s'abstiennent de faire pour conquérir plus rapidement un marché en pleine effervescence.

La SEC tente pourtant d'endosser son rôle d'arbitre dans un secteur qui rechigne à lui donner une légitimité. Il y a quelques jours, le gendarme de la finance a menacé la plateforme de trading Coinbase, côtée à Wall Street, de poursuites. En ligne de mire, un programme de prêts de cryptomonnaies qui relève, selon l'autorité, de la réglementation sur les valeurs mobilières. Mais pour l'heure, le fondateur de Coinbase avance le même argument que les sénateurs: "le régulateur refuse de fournir au secteur une opinion claire de ce qui est autorisé ou non", a répondu Brian Armstrong qui a néanmoins reporter le lancement la nouvelle offre de prêts.

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La SEC manque de moyens

Mais lors de l'audition, Gary Gensler en a profité pour pointer les faiblesses de son institution pour traiter un sujet, qui, pour les aficionados du bitcoin et des autres actifs, peut potentiellement créer un nouvel ordre monétaire mondial, capable de se passer des banques.

"On pourrait disposer de plus de fonds (....), de davantage de personnel", a affirmé M. Gensler qui préside une agence de 4.400 employés travaillant sur "6.600 projets".

De fait, si la SEC réfléchit à diverses options, comme l'a appris CNBC après l'audition, les institutions sont, elles pressées de réguler, notamment à l'heure des plans de plusieurs milliards de dollars pour financer la relance post-Covid-19. En effet, adoptée par le même Sénat et par la Chambre des représentants cet été, l'infrastructure bill, le plan géant bipartisan de Joe Biden qui prévoit un budget à 3.500 milliards de dollars (initialement 1.200 milliards) pour financer transports, routes et Internet haut débit, s'est vu ajouter un volet cryptomonnaies.

Avec ces amendements dont l'entrée en vigueur pourrait être effective en 2023, Washington compte intégrer les transactions de ces actifs sous le contrôle du fisc américain (IRS), les rattachant ainsi aux produits financiers classiques.

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GameStop et les Chinois de Wall Street

Enfin, la SEC a également annoncé lors de cette audition qu'elle allait publier "sous peu" son rapport sur l'épisode GameStop. Au début de l'année, la frénésie des petits investisseurs en ligne sur ce type de titres intervenant notamment via l'application RobinHood, avait provoqué une forte volatilité à Wall Street.

Aussi, sur les entreprises chinoises cotées à Wall Street, le patron de la SEC a averti que "l'horloge tournait" et qu'elles devraient bien concéder, d'ici 2024, un accès à des procédures d'audit américaines.

Dans le cas contraire, "leurs titres seront interdits de la cote" sur les marchés boursiers américains, a encore averti M. Gensler dans un éditorial au Wall Street Journal mardi.

Quelque 270 compagnies chinoises représentant entre 1.500 et 2.000 milliards de dollars de valorisation sont cotées à Wall Street, a-t-il précisé.

(Avec AFP)

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Jeanne Dussueil

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Commentaires 3
à écrit le 15/09/2021 à 22:02
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Un malin celui là: on lui file une mission et juste avant d'attaquer, il demande déjà plus de moyen.. Un ancien de Goldman pour réglementer l'anarchie? C'est vrai qu'un expert en filouterie est le profil type pour réussir le job de transformer l...

à écrit le 15/09/2021 à 17:05
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Le grand spectacle américain continue pendant que l'on parle de prêts en bitcoin.

à écrit le 15/09/2021 à 13:47
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C'est bourré de fautes... Messieurs les journalistes, faites votre boulot correctement et relisez-vous ! C'est de pire en pire

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