H20 AM n'est pas tout à fait une société de gestion comme les autres. Elle a un style de gestion « global macro » à fort effet levier avec une solide réputation d'investir là « où les autres ne vont pas », selon l'expression de son responsable des investissements, Vincent Chailley, mais (presque) toujours sur des actifs liquides. Basée à Londres, elle a connu un vif succès sur le marché français, en particulier auprès des conseillers en gestion de patrimoine et des assureurs-vie. La performance de ses fonds a longtemps été inégalée dans l'univers de la gestion pour les particuliers. La maison a cependant vacillé en 2019 là où on l'attendait le moins, sur des actifs non cotés, achetés auprès d'un homme d'affaires allemand sulfureux, Lars Windhorst. La moins-value est estimée à ce jour à 1,3 milliard d'euros, ce sera probablement plus quand tous ces actifs seront soldés. Crise de confiance, départ de l'actionnaire de référence, lourde sanction du superviseur français, des encours en chute de 60% en cinq ans, H2O AM a cependant réussi à maintenir le navire à flot. Et ses principaux fonds, comme Multibonds ou Multistratégies, engrangent à nouveau, depuis deux ans, des performances élevées. Pour La Tribune, Vincent Chailley, cofondateur de H20 AM et directeur des investissements, livre son analyse sur l'évolution récente des marchés.
LA TRIBUNE- Les Bourses volent de record en record. Comment expliquez-vous cette bonne tenue des marchés ?
VINCENT CHAILLEY- Les actions sont chères, à l'exception peut-être des actions européennes qui attirent toujours aussi peu les investisseurs internationaux. Les obligations sont également chères. Tout est finalement un peu cher. C'est une forme d'héritage des injections de liquidités massives de ces quinze dernières années. Nous sommes toujours dans ce monde où tout est globalement cher. Un début de purge a eu lieu en 2022 mais il reste un excès de liquidités qui disparaîtra que progressivement. Ceci dit, il n'est pas anormal que les actions se comportent bien dans un monde inflationniste, surtout dans un contexte d'inflation par la demande. Les entreprises peuvent augmenter leurs prix, tenir leurs marges. Les actions sont donc mieux placées que les obligations. Les grands allocataires, comme les fonds de pension, ou les fonds souverains, qui avaient une forte exposition aux obligations, se sont tournés vers les actions quand l'inflation a commencé à grimper. Et ce sont les marchés américains qui ont le plus profité de cette réallocation en 2023.