Visa réaffirme ses ambitions dans l’open banking

Quelques mois après avoir renoncé à acheter la fintech Plaid devant l’opposition des autorités américaines, Visa annonce l’acquisition d’un autre acteur de référence de l’open banking, la fintech suédoise Tink, pour un montant de 1,8 milliard de dollars. Objectif : diversifier ses revenus et anticiper les évolutions en matière de paiement.

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Après son échec sur Plaid, le réseau américain de paiement par cartes Visa cherche toujours à diversifier ses revenus avec une nouvelle acquisition dans l'open banking.
Après son échec sur Plaid, le réseau américain de paiement par cartes Visa cherche toujours à diversifier ses revenus avec une nouvelle acquisition dans l'open banking. (Crédits : PHILIPPE WOJAZER)

Pour 1,8 milliard de dollars, le géant du paiement Visa met enfin un pied dans l'open banking, considérée par beaucoup comme le futur de la banque. Le groupe américain vient en effet d'annoncer le rachat de la fintech Tink, un des pionniers et un des grands acteurs de la « banque ouverte », ces technologies qui permettent à des tiers de se connecter à des données bancaires (avec l'accord du client). Un marché en plein boom, notamment en Europe depuis la mise en œuvre de la deuxième directive européenne sur les paiements (DSP2), qui autorise, voire encourage, l'open banking.

Cette acquisition intervient d'ailleurs quelques mois après l'abandon par Visa de son projet de rachat, pour 5,3 milliards de dollars, de la licorne américaine Plaid, autre acteur de référence de l'open banking, devant l'opposition des autorités américaines de la concurrence. Pour la petite histoire, Plaid est désormais valorisée à plus de 13 milliards de dollars lors d'une récente levée de fonds.

Reste que les raisons qui incitent Visa à investir gros dans un secteur qui n'est pas son activité cœur (les cartes de débit et de crédit), sont les mêmes : diversification de ses sources de revenus, synergies en matière d'offre de services de paiement et la nécessité de suivre les évolutions des usages en matière de paiement.

« Cette décision est bonne pour Tink et excellente pour Visa », avance Jacob Morgan, analyste chez Forrester. « Visa avait besoin d'acquérir un acteur important pour rattraper son retard et empêcher Mastercard de prendre de l'avance dans le domaine de la banque ouverte, après la stratégie d'acquisition plus agressive de Mastercard. Les ambitions de Visa de rester dans la course avaient déjà été contrecarrées par l'échec de son offre d'acquisition de Plaid aux États-Unis. Cette initiative contribue à rétablir l'équilibre », estime ainsi l'analyste.

Un virage stratégique

Les grands réseaux d'acceptation, comme Visa et MasterCard, qui tirent l'essentiel de leurs revenus sur les commissions prélevées chez les commerçants, sont soumis à des pressions concurrentielles de plus en plus fortes et, demain, devront faire face en Europe au projet européen des paiements (EPI), lancé en juillet 2020 par les grandes banques européennes. Reste à savoir si les banques, réticentes à céder aux sirènes de l'open banking, de peur de perdre la maîtrise de leurs données bancaires, seront prêtent à accepter des solutions sous le contrôle des systèmes de cartes américains. De fait, la perception des banques à l'égard de l'open banking reste encore globalement négative, surtout auprès des directions informatiques !

Les nouveaux enjeux de l'open banking

Créée en 2014 en Suède, Tink a rapidement su développer une application de gestion des finances personnelles (PFM) originale sur le marché, notamment par la richesse de ses notifications, avant de faire évoluer son modèle sur des solutions d'open banking en B2B pour les banques ou les fintechs. Ces solutions permettent à la fois de faire de l'agrégation de comptes et des paiements, via un virement de compte à compte (P2P).

L'agrégation de comptes est d'ailleurs de plus en plus utilisée comme outil de scoring par des acteurs du paiement et du crédit, notamment les fintechs spécialisées dans le paiement fractionné. Ainsi, l'analyse de l'historique bancaire permet, en quelques secondes, de déterminer l'éligibilité d'un emprunteur pour un crédit. C'est cette fonction qui avait intéressé un autre géant des paiement, PayPal qui était entré au capital de Tink. La capacité de Tink d'initier des paiements, sans passer par la carte bancaire, est également potentiellement un danger pour les émetteurs de cartes, comme Visa.

D'une façon ou d'une autre, les émetteurs de cartes, banques et réseaux d'acceptation, préparent déjà l'ère post-carte de paiement, encore massivement utilisée aux Etats-Unis et en Europe mais qui a complètement disparu dans nombre de pays émergents, au Kenya et surtout en Chine (où la carte ne s'est jamais, il est vrai, développée).

Mais les tendances de fond dans le secteur sont incontournables : le paiement mobile est en pleine expansion et des écosystèmes autour du paiement et du commerce en ligne, risquent de bouleverser à terme le marché des paiements. C'est tout le danger d'acteurs, comme Alibaba (dont le portemonnaie virtuel Alipay est sponsor de la coupe de football de l'Euro) ou Tencent avec WeChat Pay. La bataille ne fait donc que commencer.

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Commentaire 1
à écrit le 25/06/2021 à 8:00
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Très très inquiétante, cette volonté des européo-gauchistes d'éloigner toujours plus les personnes de leur propre argent ! La justice française devrait se pencher sur les liens d'intérêt entre les politiciens promoteurs de la directive de l'UE DSP2 ...

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