Pourquoi Visa a cassé sa tirelire pour s’offrir la Fintech Plaid
Juliette Raynal

William Hockey et Zach Perret, les deux cofondateurs de Plaid.
Plaid
Juliette Raynal

William Hockey et Zach Perret, les deux cofondateurs de Plaid.
Plaid
Article publié le 15/01/20, mis à jour le 16/01/20 avec les commentaires de Mikaël Ptachek.
Visa entend bien devenir un interlocuteur incontournable des startups de la finance et se faire une place de choix dans l'Open Banking, cette ère où les données de comptes circulent de manière sécurisée (et avec l'accord préalable du client) permettant aux acteurs du secteur, dont des nouveaux entrants, de développer de nouveaux services et de nouvelles sources de revenus.
Pour ce faire, le géant américain des paiements vient de s'offrir la startup californienne Plaid pour la coquette somme de 5,3 milliards de dollars (environ 4,7 milliards d'euros), soit le double de sa dernière valorisation, estimée à 2,65 milliards de dollars fin 2018 lors d'un tour de table de 250 millions de dollars. Augmentation de capital à laquelle avait justement participé Visa, mais aussi son concurrent Mastercard.
L'opération est loin d'être anodine : en plus de son montant XXL, c'est la première fois que Visa fait l'acquisition d'une société en dehors de son coeur d'activité : les cartes de crédit et de débit, souligne le New York Times.
Peu connue des consommateurs américains, la startup Plaid, qui emploie plus de 300 personnes, s'est pourtant largement invitée dans leur quotidien à leur insu. Plaid est une Fintech B2B. Sa technologie n'est pas proposée directement aux particuliers mais à d'autres entreprises. Développée depuis 2012 à San Francisco, elle permet à toutes sortes d'applications de se connecter aux comptes bancaires de leurs utilisateurs, grâce à des connecteurs informatiques que l'on appelle des API, pour leur proposer ensuite différents services à valeur ajoutée.
Des applis mobiles comme Transferwise, pour le transfert d'argent, Venmo pour le paiement entre amis, ou encore Robinhood dans le courtage en ligne et Coinbase pour l'échange de cryptomonnaies utilisent toutes l'infrastructure de Plaid. Au total, plusieurs milliers d'applications proposant des services financiers auraient recours à sa "plomberie". Visa estime ainsi qu'un Américain sur quatre ayant un compte bancaire a déjà utilisé les technologies sous-jacentes de Plaid pour relier ses comptes à d'autres applications.
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Grâce à cette acquisition, Visa, qui tire la majeure partie de ses revenus des commissions prélevées lorsqu'un commerçant accepte un paiement transitant sur son réseau, entend diversifier ses sources de revenus. Confiant, le mastodonte américain, dont la capitalisation boursière dépasse les 330 milliards de dollars, espère ainsi augmenter ses revenus et ses bénéfices dès le prochain exercice, alors que l'opération devrait recevoir l'approbation des autorités d'ici trois à six mois.
Plaid est aujourd'hui active aux Etats-Unis, au Canada et au Royaume-Uni et s'est récemment lancée en version beta en France, en Italie et en Irlande, des pays qui ont récemment dû transposer la nouvelle directive européenne relative aux services des paiements, qui oblige justement les banques à entrer dans l'ère de l'Open Banking. La puissance de frappe que lui confère Visa, devrait permettre à Plaid de faire de l'ombre aux acteurs locaux à l'image du suédois Tink ou du français Bankin', soutenu par Casino. Preuve que le sujet est stratégique, son concurrent historique Budget Insight, a récemment été racheté par le Crédit Mutuel Arkéa.
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"Ce rachat, qui s'inscrit dans un contexte effervescent d'acquisitions dans les paiements, laisse présager d'autres acquisitions au cours des prochains mois", prédit l'expert. "Il y a encore de nombreuses entreprises sur le marché qui représentent un relais de croissance et d'innovations pour les acteurs du paiement qui disposent d'importantes réserves de cash et dans un contexte de taux encore assez bas", conclut-il.
Juliette Raynal