Le fonds Isai lève 150 millions d'euros pour pivoter entre capital-risque et LBO

La société de gestion créée en 2010 par des entrepreneurs, dont Geoffroy Roux de Bézieux et Pierre Kosciusko-Morizet, veut investir des tickets de 5 à 30 millions d'euros pour accompagner des entreprises en croissance rentable ou cherchant "une alternative à une sortie industrielle trop rapide."
Delphine Cuny
Le médiatique président d'Isai, Jean-David Chamboredon, initiateur du mouvement des Pigeons en 2012 contre la taxation du capital-risque.
Le médiatique président d'Isai, Jean-David Chamboredon, initiateur du mouvement des Pigeons en 2012 contre la taxation du capital-risque.

« Le fonds d'investissement des entrepreneurs d'Internet » : c'est ainsi que se décrit Isai ("différent", en japonais), la société de gestion créée en 2010 par Geoffroy Roux de Bézieux, le nouveau président du Medef (ex-Virgin Mobile), Pierre Kosciusko-Morizet (Price Minister), Stéphane Treppoz (Sarenza) et Ouriel Ohayon (Tech Crunch France, Appsfire). Connue pour avoir investi tôt dans Blablacar, et par son médiatique président, Jean-David Chamboredon, initiateur du mouvement des Pigeons en 2012 contre la taxation du capital-risque, Isai annonce ce mercredi 4 juillet la levée de 150 millions d'euros pour son nouveau fonds Expansion II.

Ce fonds est destiné aux « dirigeants d'entreprises digitales en forte croissance » en recherche d'un « mode de financement novateur, qui se pose en alternative attractive à l'IPO [introduction en Bourse] ou à la sortie industrielle. » Levé auprès d'entrepreneurs et d'investisseurs institutionnels, d'un montant trois fois supérieur au précédent, ce nouveau fonds sera utilisé pour prendre des tickets de 5 à 30 millions d'euros, « en minoritaire ou majoritaire, seul ou en syndication. »

Isai entend à la fois accompagner des entreprises devenues profitables dans leur développement à l'international et leurs acquisitions, ou dans la phase juste antérieure (avant la rentabilité, en phase de "scale-up"), aider des entrepreneurs à restructurer leur capital afin d'éviter une vente trop rapide et même investir dans des entreprises traditionnelles « pour lesquelles une initiative digitale peut constituer un fort vecteur de création de valeur. »

Entre venture et private equity

Le nouveau fonds place donc Isai au croisement entre le capital-risque, ou venture capital en anglais, qui soutient de très jeunes startups, son activité historique, et le capital-investissement, ou private-equity, qui s'intéresse à des entreprises plus matures, des PME, par le biais d'opération de rachat par endettement (LBO), avec plus ou moins de levier.

« Avec Isai Expansion II, nous participons à l'émergence en France du "Tech Private Equity" très développé aux États-Unis par exemple. C'est une option de plus pour les entrepreneurs du digital qui souhaitent s'inscrire dans la durée », explique Jean-David Chamboredon, qui est également co-président de l'association France digitale.

Le mouvement s'observe aussi dans le sens inverse. De nombreuses grandes sociétés de private equity, comme le géant américain KKR, ont créé leur propres fonds consacrés aux technologies ou aux startups. En France, Eurazeo s'est renforcé sur le créneau du digital et des jeunes pousses en se rapprochant d'Idinvest, qui a soutenu Meetic, Criteo, Deezer et Sarenza (plus de 7 milliards d'euros d'actifs sous gestion chacun). Une évolution liée aussi à l'augmentation du ticket moyen et de la taille des opérations, ainsi qu'à la stratégie de diversification des grands fonds d'investissements, dans une course à la taille.

Lire aussi : KKR veut investir 711 millions de dollars dans la tech

Avec un peu plus de 300 millions d'euros, Isai reste un acteur relativement modeste sur le marché. Son précédent fonds Expansion avait soutenu neuf entreprises, dans le marketing digital, la cybersécurité ou les services B2B, et était sorti de deux d'entre elles « avec succès », Hospimedia et Labelium. Le récent rachat de Withings par son fondateur Eric Carreel, après l'échec de l'acquisition par Nokia, a montré qu'il existe une vraie attente pour des montages de "buy-out", de reprise du contrôle même dans le secteur des jeunes entreprises technologiques.

Delphine Cuny

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