Plus de 500 startups Fintech en France... dont beaucoup « vivotent »

 |   |  1202  mots
Plus de la moitié des jeunes pousses françaises de la finance enregistrent moins de 300.000 euros de revenus annuels, selon l'étude du cabinet Exton Consulting.
Plus de la moitié des jeunes pousses françaises de la finance enregistrent moins de 300.000 euros de revenus annuels, selon l'étude du cabinet Exton Consulting. (Crédits : Exton)
L'écosystème français des jeunes pousses de la finance est dynamique mais caractérisé par une multitude d'acteurs fragiles, générant très peu de revenus, selon une étude du cabinet Exton Consulting. Toutefois, il se structure et les montants de fonds levés progressent.

L'écosystème des startups françaises de la Fintech est « une forêt de bonsaïs », s'était désolé le fondateur de l'une d'elles, Famoco, il y a quelques mois. Une étude du cabinet Exton Consulting, présentée ce mercredi 17 octobre, le confirme : le secteur est dynamique, s'agrandissant d'une cinquantaine de nouvelles recrues chaque année, et compte près de 500 jeunes pousses, dont la majorité sont très petites, récentes, et réalisent très peu de chiffre d'affaires. Plus de la moitié de ces startups de la finance enregistrent moins de 300.000 euros de revenus annuels. La vague Fintech a en effet commencé plus tardivement en France, en 2014, plusieurs années après le Royaume-Uni, l'Allemagne ou l'Europe du Nord.

« Beaucoup de Fintech « vivotent » peinant à atteindre des revenus significatifs : près de 60% des Fintech créées il y a plus de cinq ans n'atteignent pas encore le million d'euros de revenus », relève l'étude d'Exton, réalisée en partenariat avec Finance Innovation, en s'appuyant sur un questionnaire, des témoignages et de l'analyse de données.

En cumulé, les entreprises du secteur auraient réalisé près de 800 millions d'euros de revenus en 2017, selon une estimation d'Exton « d'après le croisement des résultats de l'enquête de terrain auprès de Fintech et d'analyses de sociétés », soit environ 1% du montant généré par l'industrie financière, ce qui est « encore faible au regard du nombre de structures et des montants levés par la filière. »

A titre de comparaison, au Royaume-Uni, les nouveaux entrants de la banque et du paiement représenteraient 13,7% du marché et quelque 28 milliards d'euros selon une étude publiée également ce mercredi par Accenture !

--

Fintech banque nouveaux entrants monde Accenture

[Part des revenus des marchés de la banque et du paiement captée par les nouveaux entrants aux Etats-Unis, en Europe, au Royaume-Uni et au Canada en 2016. Crédits : Accenture]

--

Pivot du grand public vers les grands comptes

La moyenne d'un million d'euros de revenus des Fintech françaises est tirée à la hausse par la « performance fulgurante » de certaines startups, comme Ledger, qui a écoulé l'an dernier plus d'un million d'exemplaires de son coffre pour sécuriser les clés des comptes en crypto-monnaies, ou Shift Technology (détection de fraude à l'assurance).

Dans ce contexte, « au moins 80% » des startups de la Fintech/Insurtech n'ont pas atteint le seuil de rentabilité. Une étude de l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), publiée la semaine dernière sur les banques en ligne et néobanques, a montré que ces dernières étaient encore en quête d'un modèle d'affaires viable.

Lire aussi : Les néobanques ont conquis 4,4 millions de Français mais pas la rentabilité

Bon nombre d'entre elles sont contraintes de "pivoter", de se tourner vers les entreprises et devenir fournisseur de solutions, plutôt que de s'adresser seulement au grand public.

« En raison du coût d'acquisition client élevé, beaucoup de Fintech opérant initialement en B2C, ont fait évoluer leur modèle en se diversifiant en B2B pour compléter leurs revenus », souligne Exton, citant les exemples de Lydia et Pumpkin, qui ont « lancé une offre pour les professionnels ».

Les agrégateurs de comptes, comme Linxo et Bankin', ont aussi développé une stratégie de diversification en vendant leur technologie sous marque blanche. Autre option : ces startups choisissent de se concentrer « exclusivement sur une clientèle B2B2BC », à l'image des robo-advisors (conseil automatisé en investissement) qui ciblent les conseillers en gestion de patrimoine, les assureurs et les banquiers.

L'ultime voie est le rachat. Ce qui ne résout pas pour autant leur problème : le groupe BPCE (Banque Populaire Caisse d'Epargne) n'a pas su quoi faire de la néobanque allemande Fidor, acquise il y a deux ans et envisage désormais de la revendre, a révélé l'Agefi.

De petites levées mais en fort essor

Les difficultés à grandir se retrouvent aussi dans le financement. Si les montants levés sont en forte progression (+86% l'an dernier à 290 millions d'euros), les « tickets » restent petits, en particulier en comparaison avec d'autres pays, y compris européens, « trop faibles pour faire émerger des licornes » - ces entreprises en forte croissance valorisées plus d'un milliard de dollars avant même leur entrée en Bourse - analysent les experts d'Exton.

--

Fintech levées France Exton

[Les levées de fonds des Fintech françaises sont en forte hausse. Crédits : Exton Consulting]

--

Le ticket moyen est de 7,5 millions d'euros au premier semestre, au cours duquel 30 opérations ont permis de lever 190 millions d'euros, ce qui devrait faire de 2018 une nouvelle année record. Il est en très forte hausse par rapport à 2017 (4,7 millions), confirmant l'effet de rattrapage du marché français. Le montant médian est toutefois bien en deçà, à 2,6 millions d'euros. Même depuis en cumulé depuis leur création, la majorité des jeunes pousses françaises ne lèvent guère plus de 2,3 millions (niveau médian).

Dans l'ensemble, le montant moyen des tours de table des Fintech françaises est deux fois inférieur à la moyenne européenne (le Royaume-Uni tirant les chiffres vers le haut) et 3,5 fois inférieur à la moyenne aux Etats-Unis, où les méga-tours de table ne sont pas rares. Cependant, la néobanque allemande N26 a réalisé elle aussi une très grosse levée de fonds (160 millions de dollars), en mars dernier.

Pas de licorne Frenchy

D'où l'absence de "licorne" française, alors que la Fintech en compte une trentaine dans le monde selon CB Insights, dont une poignée en Europe. Mais le problème n'est pas propre à la finance, il concerne toute la French Tech. Il y aurait toutefois des "demi-licornes" françaises dans la Fintech, selon des sources concordantes, celles qui ont réussi un début d'internationalisation et sont sur le chemin de la rentabilité, tels que Lendix (prêts aux PME) ou Younited Credit (crédit conso).

--

Fintech licornes monde CB Insights

[Les licornes de la Fintech à fin juin 2018. Crédits : CB Insights]

Un peloton de tête se donne les moyens de passer à l'échelle supérieure. Ainsi, 18% des Fintech françaises ont levé plus de 10 millions d'euros et neuf plus de 30 millions en cumulé, la palme revenant à Younited Credit précisément. Si celle-ci a des capitaux français, de plus en plus de tours de table sont menés par de grands investisseurs étrangers (Allianz pour Lendix, Index pour le néoassureur Alan, Accel Ventures pour Shift Technology, etc).

--

Fintech top levées France

[Les cinq startups françaises de la finance ayant récolté le plus de fonds depuis leur création. Crédits : Exton Consulting]

« Cette internationalisation des financements montre l'attractivité de la France et l'ouverture des Fintech vers l'international » estime Exton Consulting.

Elle témoigne aussi des difficultés à lever des montants de plus d'une dizaine de millions auprès d'investisseurs français. Des fonds spécialisés en Fintech émergent, comme New Alpha AM et BlackFin. Surtout, les acteurs établis, banquiers et assureurs, jouent un rôle de plus en plus important « pour combler le gap de financement. » Mais parfois au risque de perdre leur liberté stratégique...

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 19/10/2018 à 8:31 :
Beaucoup de flan , beaucoup d'argent brulé en pur perte et pendant ce temps là on délaisse la "vieille économie" , pire on la méprise. Pourtant c'est bien elle qui remplit les gamelles et c'est pas près de changer . Mais en France , on est censé "montrer le chemin" ....
a écrit le 18/10/2018 à 10:33 :
y a bcp de boites qui ne correspondent a rien
un entrepreneur it disait qu'en fait, tt le monde veut creer une start up et la revendre plusieurs milliards de dollars, a google, bnp ou total
que ca corresponde a qqch n'est pas un souci.....
pour l'instant on en revient aux valeurs sures d'avant crash de mars 2000...... le ' cash burn rate', vitesse a laquelle ces boites depensent l'argent des actionnaires, qui pensent souvent devenir milliardaires et qui en general y laissent des plumes.........
remarquez, avant, quand on voulait de l'argent, on presentait sa boite, et ses projets a des gens sereiux
maintenant, on fait un pitch
on a 30 secondes pour expliquer a des gens cupides pourquoi c'est chez vous qu'ils doivent mettre 100 millions d'euros!
a écrit le 18/10/2018 à 10:31 :
Beaucoup "vivotent" car les banques, les Investisseurs, ne jouent pas vraiment le jeu. On confond souvent Capital Risque avec Capital Développement. Les investisseurs (y inclus les "business - angels") y regardent plus que plusieurs fois avant "d'y aller". Les "structures" du type fonds de pension et autres investisseurs très "financiers", pré-financent, contrôlent, suivent les travaux, les résultats, puis in fine "choisissent" et privilégient les projets qui entrent dans leurs politiques. Le créateur devient un "employé" du système et tout est faussé. Non, nous ne sommes pas véritablement un pays à fibre libérale et le néo-libéralisme (soit le capital-libéralisme) impose sa tutelle, comme avant lui, l'Etat.
a écrit le 18/10/2018 à 8:42 :
99% n’existeront plus dans les 5 ans.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :