« Si on régule les Fintech comme des banques, elles mourront »

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(Crédits : Flickr/Tech in Asia. CC License by.)
Le directeur général de l’Autorité monétaire de Singapour (MAS), de passage à Paris, a livré sa vision de la régulation financière, pro-innovation mais sans naïveté. Ravi Menon a plaidé en faveur d’une régulation centrée sur l’activité et non le type d’entité.

Grande place financière mondiale, Singapour a fait de la Fintech, les startups de la finance, un de ses axes de développement, dans le cadre du programme gouvernemental « Smart Nation ». L'Autorité monétaire de Singapour (MAS), la banque centrale de la cité-État asiatique, est perçue comme l'un des régulateurs les plus en pointe sur l'innovation : le Fintech Festival, qu'elle organise depuis 2016, est devenu l'un des plus grands événements du secteur au monde, où se pressent Christine Lagarde, du FMI, ou Narendra Modi, le Premier ministre indien, et plus de 40.000 participants. Le directeur général de la MAS, Ravi Menon, était de passage à Paris ce mardi 14 mai, invité par la Banque de France à exposer sa vision de l'innovation dans la finance.

« Si on régule des Fintech comme des banques, avec les exigences en capital de Bâle 4 [les nouvelles règles mondiales de solvabilité, Ndlr], elles mourront », a-t-il déclaré sans ambages. « On ne peut pas ne pas réguler, ce ne serait pas sûr, mais on ne peut pas surcharger de régulation non plus », a-t-il observé.

Singapour est, avec Londres, l'un des grands centres financiers à avoir mis en place une « sandbox », un « bac à sable » réglementaire pour les jeunes pousses. Il a cité l'exemple dans l'assurance d'une startup analysant à l'intelligence artificielle les contrats afin de vérifier si les clients ont des risques non couverts, estimant qu'il était préférable de tester 300 clients avant d'envisager un lancement grand public. En France, les régulateurs préfèrent l'approche par la proportionnalité.

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Ravi Menon MAS Singapour Fintech

[Le directeur général de l'Autorité monétaire de Singapour, Ravi Menon, à la Banque de France, mardi 14 mai. Crédit : DC]

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Collaboration et interopérabilité

Selon le directeur général de l'Autorité monétaire de Singapour, « la régulation se fera de plus en plus sur la base de l'activité et non sur celle des entités », autrement dit pas tant sur le type d'entreprise, son secteur, son éventuelle licence, mais sur l'activité qu'elle réalise en tant que telle.

Il a évoqué l'exemple des paiements, où la MAS a découpé la chaîne de valeur en six segments et analysé l'activité par les risques, certains acteurs ne touchant jamais aux fonds mais se contentant de transmettre des ordres.

« Les géants de la tech chinois [WeChat, Alibaba et leur service de paiement, Ndlr] sont les bienvenus. Mais nous leur disons que, s'ils prennent plus d'un certain montant du porte-monnaie électronique des clients, plus de 800 dollars, leur activité est de la collecte de dépôts. »

Il a critiqué le modèle fermé des systèmes de paiement à la Alipay : « Ce n'est pas le bon modèle, nous avons besoin de collaboration et d'interopérabilité. » A Singapour, le régulateur a obligé les banques à se mettre autour de la table et à abandonner leurs solutions propriétaires de porte-monnaie électronique au profit d'une solution commune de virement par mobile PayNow.

« Laisser mille fleurs s'épanouir, c'est bien, mais il vous faut un jardin ! », a observé Ravi Menon.

Réciprocité et partage équitable des données

Il s'est montré critique à l'égard de la directive européenne sur les services de paiement (DSP2) qui pourrait ouvrir un boulevard aux Gafa en obligeant les banques à ouvrir l'accès aux données des clients.

« Si les Amazon et autres PayPal sont autorisés à accéder aux données de comptes de BNP Paribas par exemple, ils vont devenir redoutables ! Les banques ont-elles accès aux données d'e-commerce, est-ce que cela marche dans les deux sens ? Il y a là une question de règles de concurrence équitables et de réciprocité », a-t-il estimé.

Le président exécutif de BBVA, Carlos Torres Vila, avait, lui aussi, réclamé un partage de données équitables entre tous les acteurs, tous les secteurs, notamment l'e-commerce et les réseaux sociaux, lors d'une table ronde au Paris Fintech Forum en janvier dernier (voir la vidéo).

Lire aussi : Paiement : la directive DSP2 entre en vigueur, c'est quoi ?

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