Défense : comment la rigueur va toucher l'industrie d'armement

Les industries de la défense vont perdre 30 % de leurs ressources par rapport à la trajectoire de la précédente loi de programmation militaire (LPM). Les crédits baissent de 41 % pour les grands programmes (Rafale, hélicoptères, sous-marins...) et de 11 % pour la dissuasion.
Michel Cabirol

6 mn

L'industrie d'armement sera touchée par la Loi de programmation militaire
L'industrie d'armement sera touchée par la Loi de programmation militaire (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2012. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)

Le ministère de la Défense prend sa part (trop?) dans le redressement de la situation financière de la France. Et comme le rappelle le délégué général pour l'armement (DGA), Laurent Collet-Billon, lors de son audition au Sénat, l'élaboration de la loi de programmation militaire (LPM) a "été un exercice difficile. Un exercice difficile qui a visé à conjuguer souveraineté stratégique et souveraineté budgétaire, dans la situation économique d'aujourd'hui, a été demandé à la mission Défense".

Un exercice où l'on sent l'extrême rigueur, qui touche ce ministère, à travers la sècheresse des chiffres cités par Laurent Collet-Billon. "Il a fallu ainsi trouver un équilibre financier sous fortes contraintes", a-t-il expliqué. Dans ce nouveau cadre, la direction générale de l'armement (DGA) injectera 10 milliards d'euros par an dans l'industrie de défense qui devront permettre "de maintenir à terme les compétences critiques" à l'autonomie stratégique de la France. "Si l'exécution de la programmation est conforme, il ne devrait y avoir aucune catastrophe majeure, mais bien sûr il y aura des ajustements", a-t-il estimé. Et de rappeler que "les modèles de rupture, qui auraient pu sacrifier un secteur, ont été ainsi écartés".

Une baisse de 30 % par rapport à la LPM précédente

Pour le programme 146 "Equipements des forces", le principal programme suivi par la DGA), les ressources prévues pour les opérations d'armement - programmes à effet majeur (PEM), les autres opérations d'armement (AOA) et la dissuasion - s'élèvent à environ 10 milliards d'euros annuels. Soit 59,5 milliards sur la période 2014-2019. "C'est en retrait sensible (- 30 %) par rapport à la programmation précédente, devenue intenable budgétairement, qui prévoyait une augmentation des ressources de 1 milliard d'euros par an en moyenne", a expliqué Laurent Collet-Billon.

Par rapport à la précédente LPM, le recul des crédits pour les PEM (34 milliards d'euros entre 2014-2019), dont le Rafale, les hélicoptères Tigre et NH90, les frégates FREMM, s'élève à 41 % et pour les AOA (7,1 milliards entre 2014-2019), des opérations nécessaires à la cohérence de la LPM, à 18 %, selon les chiffres cités par Laurent Collet-Billon. Enfin, la dissuasion (18,4 milliards d'euros sur la période) est un peu épargnée. La baisse n'est "que" de 11 %. Des baisses "extrêmement fortes" mais cela "a été décidé en concertation avec les états-majors", a précisé cet aficionado de rugby.

Comment en est-on arrivé à une telle trajectoire ?

Le ministère de la Défense doit régulièrement composer avec des cycles de production. Les deux dernières LPM, tout comme la prochaine, sont des LPM de fabrication. Et elles sont donc  extrêmement dévoreuses de crédits. En outre, la précédente majorité avait été très ambitieuse en 2007 lors de la précédente LPM pour l'équipement des armées par rapport à la situation budgétaire de la France. Par ailleurs, le ministère doit déjà réfléchir au lancement de nouveaux programmes pour 2030.

D'où cette nouvelle trajectoire meurtrière pour les industriels. "La trajectoire de besoin financier pour les équipements conventionnels prévoyait auparavant une forte croissance sur la période 2015-2020, en raison de la poursuite du renouvellement des capacités engagé avec la LPM précédente, de nombreux grands programmes étant en cours de réalisation", a confirmé Laurent Collet-Billon, qui doit jongler avec les besoins financiers de la dissuasion, qui sont "nécessaires pour des échéances de 2030". Sans oublier l'entretien programmé des matériels, toujours en croissance et qui met "sous pression les ressources disponibles pour le reste".

Un équilibre entre développement et production

La DGA a travaillé pour que chaque secteur industriel trouve le juste équilibre entre production et développements pour "concilier les impératifs de viabilité de l'activité industrielle (bureaux d'études et  supply chain ), avec les contraintes calendaires d'équipement nécessaire aux capacités militaires". Et Laurent Collet-Billon de résumer : "Il s'agit en quelque sorte d'un équilibre entre le court terme et le moyen-long terme, un équilibre délicat et donc sensible".

Dans ce cadre, la  LPM préserve les neuf grands secteurs industriels français. La DGA injectera près de 4,9 milliards d'euros sur la période de la LPM dans le domaine du renseignement et de la surveillance, "avec un effort particulier sur l'espace 2,4 milliards". L'aéronautique de combat disposera de 4,6 milliards d'euros avec la poursuite de l'amélioration du Rafale et de 26 appareils livrés. Dans le domaine des sous-marins (4,6 milliards d'euros), DCNS pourra poursuivre les sous-marins Barracuda ainsi que le futur moyen océanique de dissuasion (FMOD). Le groupe naval pourra également, dans le domaine des navires armés de surface (4,2 milliards d'euros), la poursuivre les livraisons des frégates FREMM.

EADS sauve ces grands programmes de plateformes

Dans le domaine de l'aéronautique de transport et de ravitaillement (3,9 milliards d'euros), EADS pourra poursuivre les livraisons des avions A400M (15 exemplaires sur la LPM) et obtiendra "la commande des avions MRTT l'année prochaine", a annoncé le DGA. Par aileurs, dans le domaine des hélicoptères (3,7 milliards d'euros), Eurocopter (groupe EADS) pourra poursuivre les livraisons des programmes Tigre (attaque) et NH90 (transport).

Dans le domaine des communications et des réseaux, le ministère poursuit "un effort significatif avec 3,2 milliards d'euros", à travers le programme de la radio Contact (successeur du PR4G) et le lancement du satellite de télécoms militaires, Comsat NG. Dans les missiles (2,7 milliards d'euros), le ministère maintient la filière avec une série de programmes nouveaux comme le missile moyenne portée MMP (successeur du Milan) et le missile antinavire léger (ANL), en coopération avec les Britanniques. Enfin, dans le domaine terrestre, "que nous avons sauvé", a rappelé Laurent Collet-Billon, le ministère pourra lancer avec 2,5 milliards d'euros le programme Scorpion "en fin d'année prochaine".

L'industrie est impactée par les renégociations de livraisons et de cible

L'impact économique et social sur l'industrie de défense, qui fournit des emplois hautement qualifiés et non délocalisables, est toutefois certain. Car comme l'a souligné le DGA "les calendriers des livraisons des nouveaux matériels - avion de transport A400M, hélicoptères NH90 et Tigre, avion de combat Rafale, frégates FREMM, sous-marin nucléaire d'attaque Barracuda, système FELIN, missile d'interception à domaine élargi (MIDE) - seront aménagés afin de dégager des marges de manœuvre pour lancer de nouveaux programmes et répondre aux besoins capacitaires, tout en permettant la poursuite du renouvellement des capacités initié sur la loi de programmation précédente"

la DGA a déjà trouvé certains accords avec certains industriels. Comme c'est déjà le cas sur le programme Barracuda avec DCNS. "Un sous-marin sera livré tous les deux ans et demi en moyenne", a confirmé Laurent Collet-Billon. L'achèvement du programme a été "repoussé de deux ans, de 2027 à 2029, a estimé pour sa part le PDG de DCNS, Patrick Boissier. La livraison du premier exemplaire serait décalée de six mois, celle du deuxième de 12 mois, celle du troisième de 18 mois et les trois derniers exemplaires de deux ans". Cet étalement aura "un impact sur la charge annuelle équivalent à terme à 500 emplois pour DCNS et sous-traitants sur l'ensemble des sites", a expliqué ke PDG du groupe naval. 

C'est le cas aussi pour l'hélicoptère NH90 avec Eurocopter. Pour les autres industriels, l'ajustement des calendriers de production est en cours de discussion entre la DGA et  les industriels "afin de garantir la viabilité de l'activité industrielle sans obérer la tenue des contrats opérationnels fixés par le Livre blanc".

Michel Cabirol

6 mn

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Commentaires 27
à écrit le 12/10/2013 à 13:19
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Et pendant ce temps la http://www.dreuz.info/2013/10/hollande-sapproprie-le-prix-nobel-de-la-paix/

à écrit le 12/10/2013 à 13:07
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ils vont bientôt descendre dans la rue pour ce faire entendre , il n arrive plus a vivre , ce seront bientôt des sdf

à écrit le 12/10/2013 à 10:43
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Et oui les benêts galonnés, va falloir vous y faire : y a plus de pognon pour faire joujou avec vos tanks et autres...

à écrit le 12/10/2013 à 10:28
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A la prochaine raclée que nos armées prendront comme en 40, il faudra penser à remercier les inconscients profiteurs, (Sartre aurait dit des salauds),, qui auront désarmé notre pays dans un temps d'accroissement des tension multiformes.

le 12/10/2013 à 11:08
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l'histoire se répète...voir comment le front populaire a su désarmer notre pays pendant que Hitler armait la sienne ! mais ils sont tellement gentils nos bisounours de socialistes...

le 12/10/2013 à 11:25
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chs, c'est qui l'hitler d'aujourd'hui ? pour combattre le terrorisme faut il des tanks et des rafales en grand nombre ?

le 12/10/2013 à 11:38
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Pour en faire quoi ils ne rentrent pas dans les grottes. Mieux vos de la mains d??uvre... Et là c'est mal partie aussi.

le 12/10/2013 à 12:56
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val, demandez aux terroristes au Mali ce qu'ils pensent des Rafale...!

le 12/10/2013 à 19:38
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Vous vous trompez ce n'est pas le front populaire qui a désarmé notre pays mais les gouvernement précédant dans lesquelles a siégé le maréchal Pétain. Le front populaire a ré-augmenté les budgets de l'armée ça seul erreur vu de nationaliser toutes le...

à écrit le 12/10/2013 à 0:22
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Ils ne parlent pas de la Future Torpille Lourde. Je ne vois pas en quoi on en a un besoin immédiat. C'est comme les Barracuda. Il vaut mieux fournir des gilets pare balles et des armes de point descents aux personnels déployés sur les théâtres d'opér...

le 12/10/2013 à 13:11
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il n'y a même pas un casque lourd par personne, ils y a trop de généraux politiciens c est ca qu il faut modifier, de toute facon si les militaires veulent quelque chose qu'ils descende dans la rue et la il l auront et tout le monde aura peur

le 12/10/2013 à 17:30
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Ca ne servirait a rien de plus on est interdit de grève. Personnellement je préfères quitter l'institution comme beaucoup d'autres... Au moins même si c'est pareil ailleurs au moins je n'aurais pas assister au changement qui détruit l'entreprise. Qua...

à écrit le 12/10/2013 à 0:16
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C'est une formidable opportunité pour nos industriels de l'armement. Ils vont pouvoir 1) investir à l'export et 2) trouver des débouchés dans le civil. En tant que 3ème exportateur d'armes dans le monde (après la Russie et les États Unis), ils se son...

le 12/10/2013 à 11:11
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Un seul souci: il sera pour nous tous...plus d'armée digne de ce nom et en cas de tension on enverra des avions civils !

le 12/10/2013 à 11:31
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chs pensez vous que les moyens de défense actuels sont adaptés pour combattre le terrorisme , les attentats suicide ...là où se concentre le public : avenues passantes, stades, gares et aérogares etc... Les moyens d'écoute, le renseignement sont plus...

le 12/10/2013 à 12:58
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Il n'y a pas que des menaces urbaines...la Libye, le Mali...et on voudrait aller en Syrie avec quoi donc? des 4x4???

le 13/10/2013 à 1:31
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@ Mecatroid : Pas besoin des Barracuda? Des SNA facilement prolongeables? A première vue, il semblerait plus que temps de penser au renouvellement des SNA de classe Rubis, dont le plus ancien est quand même en service depuis 30 ans! Déjà, j'imagine l...

à écrit le 11/10/2013 à 22:28
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Le problème viens surtout que l'industrie de défense n'exporte pratiquement rien.... Le France ne peut pas être le seul cliants de cette industrie. Nous de n'arrivons pas à vendre des produits de haute technologie, aucun sous-marin a propulsion nuclé...

le 12/10/2013 à 0:03
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@Rogger : Heu.. L'industrie de défense française n'exporte pratiquement rien ? Vous êtes au courant que nous sommes le 3ème exportateur d'armes derrière la Russie et les États Unis ? Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Industrie_de_l'armement

le 12/10/2013 à 11:34
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Mecatroid, nous vendons mais qui paie ?

le 12/10/2013 à 11:39
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Oui, mais c'était avant. Maintenant nous ne sommes plus les troisièmes: l'Allemagne nous est passé devant et la Chine suit.

le 12/10/2013 à 11:44
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Ils n'ont qu'à fabriquer du matériels adapté aux menaces actuelles. être à la pointe de la technologie et ce faire botter le cul par des Afgants possédant seulement des lances rocket et des portables... La menace russe n'existe plus C'est plus une gu...

le 13/10/2013 à 1:21
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@ Rogger : pour compléter la remarque de Mecatroid, l'industrie de défense en France exporte pour environ 1/3 de son chiffre d'affaires. Ça fait de l'ordre de 5 milliards d'euros par an tout de même! Et concernant les marchés à l'exportation, vous ci...

à écrit le 11/10/2013 à 19:20
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MITE RAND a détrui ROANNE et le reste, alors que nous etions 2 ou troisieme faut surtout pas s'etonner du reste , CDG avait prevus APRES MOI UNE DECADENCE CERTAINE et bien avec ses mains le GENERAL lui aurai mis une grande TARTE au petit chauve au ...

à écrit le 11/10/2013 à 15:18
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bien sur que c'est trop mais c'est de la lacheté politique pure et simple Ils ne feront pas grève et en plus cela plait aux gauchos écolos de tout bord qui soutiennent normal Ier On va embaucher à tour de bras par contre pour faire de le garderie da...

à écrit le 11/10/2013 à 15:08
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Une photo de F16 donc un avion américain pour illustrer un article sur l'équipement français : bravo !

à écrit le 11/10/2013 à 15:03
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C'est un F-16, un modèle qui n'est pas employé en France

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