Armement : la Corée du Sud, une terre encore hostile pour les Français

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Airbus Helicopters va codévelopper et cofabriquer le futur hélicoptère léger d'attaque coréena
Airbus Helicopters va codévelopper et cofabriquer le futur hélicoptère léger d'attaque coréena (Crédits : Airbus Helicopters)
Les industriels français ne partent pas favoris en Corée du Sud face à leurs rivaux américains et à l'émergence d'une industrie de l'armement sud-coréenne. Ils sont condamnés à faire des coups à l'image d'Airbus Helicopters.

Quand début novembre François Hollande atterrira le 3 novembre à Séoul pour l'année de la Corée en France, il ne sera pas trop embarrassé par les dossiers défense portés par les industriels de l'armement tricolores au pays du matin calme. Car la Corée du Sud reste encore très influencée par les Etats-Unis, notamment en matière de politique de défense. Et d'ailleurs Dassault Aviation en a payé le prix cher en 2002, Séoul rajoutant in extremis un critère politique pour faire triompher le F-15 face au Rafale, pourtant en tête à l'issue des évaluations techniques, financières et des offsets (compensations) réalisées par l'armée de l'air sud-coréenne.

Au salon aéronautique et de défense de Séoul (ADEX), qui a fermé ses portes dimanche, les Américains ont évidemment débarqué en force, emmenant même dans leur valise deux F-22 Raptor de Lockheed Martin, que les visiteurs ne pouvaient approcher à moins de 20 mètres. A moins de défier des Marines qui prenaient très à coeur leur job de cerbères... Ces fameux F-22 surprotégés ont pourtant été gênés lors de leurs démonstrations en vol par un voile de brume persistant en raison de la pollution, qui a enveloppé Séoul la semaine dernière. Bref, les industriels et l'armée américaine, qui ont exposé et/ou font voler tout ce que compte l'US Air Force dans ses rangs, ont fait tout ce qu'il fallait pour rappeler à leurs rivaux leur position hégémonique en Corée du Sud.

La montée en puissance de l'industrie coréenne

Vaincre la concurrence américaine n'assure plus un succès de fait. Car la montée en puissance de l'industrie sud-coréenne est aujourd'hui une réalité à laquelle va être de plus en plus confrontés les industriels occidentaux. Séoul a d'ailleurs déjà vendu son avion d'entrainement et de combat léger T-50 à quatre pays (Indonésie, Irak, Philippines et enfin Thaïlande). Le dernier rapport du cabinet d'experts IHS Janes, basé à Londres, présente également la Corée du Sud, qui a exporté pour 740 millions de dollars d'équipements en 2014, comme "l'étoile montante" des vendeurs d'armes en Asie.

Et ce n'est pas fini. Les Sud-Coréens veulent exporter les hélicoptères réalisés en partenariat avec Airbus Helicopters. C'est ce dernier qui a négocié des accords pour le Surion et est en train de le faire pour le programme LCH (Light Civil Helicopter) et LAH (Light Armed Helicopter). Si le Surion n'a pas jusqu'ici rencontré de succès à l'export, cela ne semble être qu'une question de temps... même s'il est étonnant que l'armée de l'air n'a pas profité d'ADEX pour le présenter aux délégations présentes.

En revanche, c'est déjà le cas pour MBDA qui se retrouve de plus en plus en compétition face à des missiles sud-coréens. En Colombie, Séoul a vendu dans le cadre d'un accord de gouvernement à gouvernement (G to G) des missiles antinavires dérivés du programme américain Harpoon de Boeing et embarqués sur des navires d'occasion sud-coréens. En revanche, la proposition sud-coréenne a été rapidement éliminée en Inde dans le cadre de l'appel d'offres sur des missiles antiaériens de courte portée Shorad (Short Range Air Defense).

Les Français condamnés à des coups d'éclat ?

Que peuvent donc espérer les industriels français dans un environnement aussi verrouillé par les Américains et face à la montée en puissance de l'industrie sud-coréenne? Elle peut jouer sur quelques-uns de leurs points forts. L'un des rares groupes à pouvoir contester les groupes américains, c'est Airbus Group avec Thales, qui a développé depuis plusieurs décennies un partenariat avec Samsung, racheté en avril dernier par Hanwha. En tout cas, le géant européen a réussi à devenir un fournisseur crédible auprès du ministère de la Défense sud-coréen, qui a récemment choisi les avions ravitailleurs A330 MRTT d'Airbus Defence and Space (quatre appareils) face à ceux de Boeing.

Surtout, Airbus Helicopters a réalisé par deux fois (2005 et 2015) "le casse du siècle" au nez et à la barbe des Américains en s'imposant comme le partenaire industriel de KAI (Korean Aerospace Industries) pour développer deux programmes majeurs pour l'armée sud-coréenne (l'hélicoptère de transport Surion, puis les versions civiles et militaires du LCH/LAH). François Hollande pourrait d'ailleurs visiter l'usine ultramoderne de KAI à Sacheon que les dirigeants d'Airbus Helicopters envient.

Enfin le constructeur de Marignane entraine derrière lui toute une série de fournisseurs, très intéressés de participer à ce programme en cours de développement, comme Turbomeca (groupe Safran), prêt à motoriser le LAH ainsi que le LCH avec la turbine Arriel, la PME Rafaut, présente à Adex et qui propose des pylônes pour accrocher les missiles du LAH, ou encore Nexter (canon de 20 mm). D'ailleurs, les industriels comptent sur un coup de pouce avec la visite de François Hollande en Corée du Sud. Notamment Turbomeca qui pourrait signer des accords à cette occasion.

Des opportunités dans l'espace et les missiles

Airbus Defence and Space (DS) nourrit de grandes ambitions dans l'espace. Il lorgne un projet de satellite radar (SAR) et surtout il pourrait proposer avec Thales un système de détection de départ de missiles balistiques à partir du programme spatial Spirale, un démonstrateur développé pour le compte du ministère de la Défense français. Les Sud-Coréens paraissent intéressés d'autant que les Américains semblent être hors de prix. Mais ils voudraient étendre le périmètre opérationnel de ce système à l'ensemble de la région alors que les Français ne proposent qu'une détection axée sur son voisin turbulent, la Corée du Nord.

Par ailleurs, Airbus DS attend le résultat d'une compétition dans les prochaines semaines portant sur un drone à voilure tournante positionné sur une frégate. Le groupe propose au ministère de la Défense sud-Coréen, qui a besoin de trois systèmes pour un montant d'une quinzaine de millions d'euros, le programme Tanan. Enfin, Séoul a exprimé une « marque d'intérêt » pour l'avion de transport A400M mais ce projet n'est pas encore inscrit dans les plans budgétaires du ministère de la Défense. A suivre ...

Pour sa part, le missilier MBDA, qui a vendu il y a une vingtaine d'année des Mistral, a bon espoir de vendre à nouveau en 2016 le missile de croisière allemand Taurus. Il lorgne un marché d'une centaine d'unités pour les mettre sous les ailes des F-15 sud-coréens. Et à plus long terme, il proposera le Meteor pour les F-35 de Séoul. En revanche, MBDA, qui souhaitait proposer son nouveau programme de missile antichar (Missile moyenne portée ou MMP) pour le mettre à bord du LAH, a dû baisser pavillon devant la volonté des Sud-Coréens de développer un programme national.

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Commentaires
a écrit le 27/10/2015 à 11:54 :
Je vois que Déroulede n'est pas mort , que de danse du ventre pour expliquer que en fait c'est européen mais en réalité français, par ce que nous sommes les plus grands et les plus généreux et les plus beaux . Rentrer dans le XXIe Siècle et rendez vous compte que la France est trop petites et que seule l’Europe au niveaux international compte ou alors bonjour chômage.
a écrit le 26/10/2015 à 22:32 :
Ne dites plus "Nexter", dites "Krauss Maffei"..
a écrit le 26/10/2015 à 19:03 :
a lire les propos de ALAIN toutes les industries aéronautiques sont françaises alors que l Allemagne en 1945 avait la meilleur industries au monde et les français en ont hérité ne pas oublier les anglais et les italiens avec des industries de pointe le premier satellite européen mis sur orbite le san marco est italien et a part aéronautique l industries est en déclin on ne fabriques pas grand chose
Réponse de le 26/10/2015 à 21:02 :
1945? Bon, ben vous allez chercher loin... A ce compte, on peut prendre 1939, avant les pillages Allemands, ou tout simplement regarder maintenant. Finemecanica pour les Italiens, c'est pas mal, mais un cran en dessous. Quant aux allemands, c'est pas mal pour le terrestre, mais ils n'investissent juste pas assez dans l'armement pour être crédibles. Les américains investissent bien. Mais dans quoi? F22? F35? Pas vraiment des systèmes au top. C'est cher, mais pas non plus génial. La furtivité ne fonctionne pas bien et les performances mécaniques... ne sont pas là...
a écrit le 26/10/2015 à 13:16 :
Pourriez vous arrêter de faire cocorico, Airbus est une société européenne et votre chauvinisme est complétement dépassé a notre époque .
Réponse de le 26/10/2015 à 13:41 :
Tout doux mon ami, il n'y a rien de dépassé d'être patriote au bon sens du terme. Les MRTT sont fabriqués à Toulouse (en tous cas les A330) et convertis en Espagne. Et les hélico d'Airbus, à Marignane et en Allemagne. Votre commentaire est complètement dépassé intellectuellement
Réponse de le 26/10/2015 à 16:24 :
Airbus européen est faux, puisque l’un des motoristes est Pratt & Whitney Canada.
Airbus est principalement franco-allemand, les autres pays sont moins représentatifs même s'ils participent très bien à de nombreux projets.
Logique, puisque les deux grosses économies qui commandent le plus à Airbus sont l'Allemagne et la France.
Pour exemple, l’Italie et le Royaume-Uni ont leurs propres fabricants d’hélicoptères qui sont concurrents d’Airbus.
Tous les sièges des filiales d'airbus sont en France parce que la France le vaut bien!
Par le passé, c'est la France qui a cédé le plus de joyaux à l’Europe.
Exemple, pour ce qui est d’Airbus Defence & Space, le constructeur de satellites était bien français, Astrium.
C’est bien Matra Space et Aérospatiale qui bossaient dans les satellites, et non pas Daimler-Benz ou Messerschmitt.
C’est bien les joyaux français qui ont été sacrifiés sur l’hôtel de l’Europe.
L’Allemagne n’ayant pas de politique de défense, ni de dissuasion nucléaire, à quoi auraient pu lui servir de vrais satellites ou de vrais moyens de projection ?
Maintenant, avec les agitations du moment, l’Allemagne vient de se greffer sur un programme satellite français pour sauver les meubles et d’augmenter son budget militaire.
Et puis, les satellites, on sait les assembler sur les lanceurs, les régler, les vérifier, et les lancer.
Ariane 6 est à l’initiative de la France, l’Allemagne voulait juste une Ariane 5 modifiée.
Avec Ariane 6, on va passer à une autre dimension !
Pour le projet drone MALE, l’Italie et la France viennent d’offrir le pilotage à l’Allemagne pour que cette dernière participe au projet, sachant qu’elle n’a aucune expérience sérieuse en matière de drones, réalisation comme utilisation.
Le prix à payer pour la coopération ressemble bien à du chantage !
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Puisque le sujet est la Corée du Sud et la défense, les hélicoptères vendus sont français, base Dauphin.
Les A330-MRTT aussi vendus à la Corée cette année sont aussi à l’initiative de la France, un besoin de projection et d’intervention pour ses forces, notamment les FAS.
Le fait qu’il soit finalisé en Espagne après être assemblé à Toulouse n’y change rien.
La France a cédé des hélicoptères à Allemagne et pas l’inverse. Encore un joli cadeau !
Le Caracal est français, contrat signé Koweït, en discussion exclusive avec l’Inde.
Le Super Puma, Mexique, en attente, français.
Le NH90 en attente de chèque au Qatar et en négociation ailleurs, hélico de coopération, a été réalisé pour notre
Marine, sans quoi il n’aurait jamais vu le jour.
Le H125 (ex-AS350-B3e, Aérospatiale, cédé à Eurocopter), appareils mixtes, signés en Inde, en Chine ou en Ukraine.
Pour l’Inde, en défense, ce sont bien des hélicos français qui sont proposés, majoritairement ou totalement.
Les Airbus H145 vendus cet été par la France à l’Arabie Saoudite sont Allemands, mais c’est Turbomeca qui motorise ce bimoteur.
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Civil, la grosse coopération avec la Chine signée en 2014 avec Avicopter est française. Mille AC352, l’EC-175, Marignane, rebaptisé, avec des moteurs Turbomeca alors que l’original est motorisé par Pratt & Whitney, un contrat de 8 milliards. D’autres contrat on été signé en 2014 avec des sociétés chinoises, comme pour une cinquantaine d’Ecureuil, des H145 et H125, eux aussi motorisé par Turbomeca.
Airbus opère avec Turbomeca du groupe Safran, ainsi que Snecma et Hispano Suiza, du même groupe.
Ces deux derniers ont produit en coopération avec General Electric, les groupes moteurs de la gamme CFM-56, les plus vendus dans le monde.
Donc Airbus est international, européen, franco-allemand, avec des cadeaux fait par la France et des initiatives françaises en matière de coopération.
Et la France est au top en aéronefs, en satellites, en motoristes, en équipementiers, même si cela semble vous déplaire !
Un peu de réalisme !
Liste non exhaustive et que je vous invite à corriger au cas ou j'aurais commis des erreurs, puisque vous semblez bien informé! LOL!

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