ENTRETIEN. Dans une longue interview accordée à La Tribune, le PDG d'Airbus Helicopters Bruno Even s'attend à deux, trois ans difficiles pour son entreprise en raison d'un marché qui se restreint. Résultat, la concurrence est beaucoup plus féroce. Toutefois, il espère très prochainement deux bonnes nouvelles avec une commande de 8 Caracal pour l'armée de l'air et un accord sur le Tigre Mark 3. Enfin, Airbus Helicopters compte également beaucoup sur une commande stratégique de la Bundespolizei, qui doit renouveler sa flotte de 40 Super Puma.LA TRIBUNE - Quelle est votre analyse du marché des hélicoptères à court et moyen terme alors que la crise du Covid est malheureusement toujours bien présente ?
BRUNO EVEN - En 2021, puis 2022 et à moyen terme, le marché va rester à des niveaux bas et fortement perturbé. Je ne vois pas de reprise dans les deux, trois prochaines années. La crise du Covid-19 est arrivée dans un marché, qui était déjà en baisse depuis plusieurs années avec la crise du marché offshore. Ces dernières années, il avait réussi à se stabiliser mais à se stabiliser à un point bas. La Covid-19 est arrivée dans un marché convalescent. Cette nouvelle crise, sous ses dimensions économique, sanitaire et sécuritaire, a rajouté un niveau d'incertitudes à la fois pour les clients civils et les clients étatiques, dont certains ont gelé des investissements pour le renouvellement de flottes.
Ces incertitudes pèsent-elles sur les budgets dédiés au renouvellement des flottes d'hélicoptères ?
Les incertitudes économiques entraînent effectivement des incertitudes sur les marges de manœuvre budgétaire des États. Il existe par conséquent des risques de décalages dans les investissements ou le renouvellement des flottes des États. En 2020, pour donner des chiffres forts, les prises de commandes mondiales dans les domaines civil et militaire ont baissé de 50 % par rapport à 2019. Et par rapport à 2013 et 2014, le niveau du marché a été divisé par deux. Donc, nous sommes vraiment dans un contexte difficile et je ne vois pas de reprise du marché dans les deux, trois prochaines années par rapport à ces incertitudes.
On avait pourtant l'impression que le marché civil souffrait beaucoup plus que le marché parapublic et militaire...
... En 2020, c'est le même impact de l'ordre de 50 % à la fois sur le civil et le militaire. Il est vrai que le civil est traditionnellement plus réactif et plus directement touché, notamment sur les segments du tourisme, VIP ou encore sur le transport de marchandises localement. Mais il est aussi plus agile en période de reprise comme nous l'avions constaté en 2008 et 2009. Sur le marché civil, la tendance est à la stabilisation mais je n'anticipe pas une reprise très forte. Les deux ou trois prochaines années permettront de revenir au niveau de 2019. Sur les marchés parapublics et militaires, la crise du Covid-19 va accentuer la pression budgétaire. Aussi en 2021 et 2022, j'anticipe une agressivité commerciale beaucoup plus forte de la part de nos concurrents américains et de Leonardo : un marché qui se restreint, est un champ de bataille commercial. L'enjeu de tous les hélicoptéristes est aujourd'hui de se donner de la visibilité en termes d'activités. En conséquence, cette période va être très difficile.