La Corée du Sud réceptionne son premier sous-marin capable de tirer des missiles nucléaires

Alors que Séoul participe en ce moment à des manœuvres militaires avec son grand allié, les États-Unis, l'inauguration de ce sous-marin, construit par le numéro deux mondial des chantiers navals (le sud-coréen Daewoo Shipbuilding & Marine Engineering, DSME) provoque un regain de tension avec PyongYang, où, en l'absence de Kim Jong-un, c'est sa jeune sœur, Kim Yo Jong, qui occupe le terrain médiatique.
Jérôme Cristiani

8 mn

Ci-dessus, le premier sous-marin de 3.000 tonnes, baptisé Dosan Ahn Chang-ho, a été construit par le sud-coréen Daewoo Shipbuilding and Marine Engineering Co, numéro deux mondial des chantiers navals. Il est capable d'emporter six missiles mer-sol balistique stratégique (MSBS, en français) dont l'ogive peut contenir une ou plusieurs têtes nucléaires.
Ci-dessus, le premier sous-marin de 3.000 tonnes, baptisé "Dosan Ahn Chang-ho", a été construit par le sud-coréen Daewoo Shipbuilding and Marine Engineering Co, numéro deux mondial des chantiers navals. Il est capable d'emporter six missiles mer-sol balistique stratégique (MSBS, en français) dont l'ogive peut contenir une ou plusieurs têtes nucléaires. (Crédits : Reuters)

Les tensions en Mer de Chine encouragent les pays de l'Asie du Sud-Est au réarmement. La flotte sous-marine en Asie a considérablement augmenté ces dix dernières années avec des programmes lancés en Inde, au Pakistan, en Chine, à Taiwan, au Japon, au Vietnam, en Malaisie, à Singapour, en Indonésie, et en Corée du Sud.

Et la Corée du Sud vient justement de franchir une étape majeure dans ce processus en réceptionnant ce vendredi son premier sous-marin capable de transporter des missiles balistiques SLBM.

Ce sous-marin est le premier des trois sous-marins de la classe "Jangpo-ju Batch-1" de 3.000 tonnes que la Corée prévoit de construire d'ici à 2023, dans le cadre d'un projet de 3,09 billions de wons (2,7 milliards de dollars américains) lancé en 2007.

Contrer la Corée du Nord et son "arme la plus puissante du monde"

Objectif? Contrer la menace de la Corée du Nord, un pays qui dit disposer de l'arme nucléaire depuis 2005, et qui développe depuis plusieurs années, des missiles mer-sol balistique (SLBM).

Pour rappel, un SLBM (pour Submarine Launched Ballistic Missile) est un missile mer-sol balistique stratégique (MSBS, en français) dont l'ogive peut contenir une ou plusieurs têtes nucléaires, et qui est lancé, en général, depuis un sous-marin nucléaire lanceur d'engins (SNLE) en plongée.

La menace nucléaire que fait peser la Corée du Nord sur son voisin ne date pas d'hier, et même si le pays n'aurait plus testé d'arme nucléaire ni de missile balistique intercontinental (ICBM) depuis 2017, elle reste constante.

Ainsi, le 15 janvier dernier, à quelques jours de l'investiture du 46e président des États-Unis, Joe Biden, la Corée du Nord avait médiatisé une parade militaire présidée par Kim Jong Un en personne, où l'armée nord-coréenne avait présenté quatre missiles dotés d'ogives noires et blanches, qualifiés d'"arme la plus puissante du monde, capable d'être tirée depuis un sous-marin", selon les médias d'État. L'agence de presse nord-coréenne KCNA ajoutait que leur "puissante capacité de frappe pouvait anéantir totalement les ennemis (...) en dehors du territoire".

Quelques jours auparavant, le 9 janvier, Kim Jong Un avait annoncé que son pays avait achevé les plans d'un sous-marin nucléaire. De fait, depuis plusieurs années, le pays cherche à renforcer ses capacités sous-marines. Les spécialistes estiment que la Corée du Nord possède environ 70 sous-marins, dont la plupart seraient vétustes et peu opérationnels en dehors des eaux côtières.

Aussi, un sous-marin SLBM offrirait effectivement à Pyongyang un nouveau levier stratégique, avec la capacité d'effectuer une frappe sans même aligner de forces terrestres, voire à lancer une attaque surprise vers les États-Unis. Mais, de l'avis des experts, ce projet est encore à l'état de chimère, un tel navire ne sera probablement pas fonctionnel avant des années.

Séoul, patrie d'un géant mondial des chantiers navals

Tel n'est pas du tout la situation de la Corée du Sud qui, elle, dispose d'une véritable industrie navale et d'armement capable de construire non seulement des supertankers mais aussi des sous-marins.

En l'occurrence, la Corée du Sud est la patrie de Daewoo Shipbuilding & Marine Engineering Corp (DSME), numéro deux mondial des chantiers navals. La cérémonie de mise en service de ce nouveau sous-marin s'est d'ailleurs déroulée au chantier naval d'Okpo de DSME, sur l'île méridionale de Geoje, selon le communiqué de la Marine.

En produisant ce vaisseau, Séoul, qui exploite actuellement des sous-marins de 1.200 et 1.800 tonnes, a donc franchi un nouveau palier technologique. Ce n'est certes pas un navire à propulsion nucléaire, mais ce sous-marin de 3.000 tonnes, qui mesure 83,5 mètres de long et 9,6 mètres de large, peut, avec son moteur diesel, rester sous l'eau pendant 20 jours sans remonter à la surface avec ses 50 membres d'équipage. Doté de six tubes de lancement verticaux pouvant tirer des SLBM, il sera opérationnel en août 2022, selon les autorités militaires.

Naval Group en concurrence sur le marché des sous-marins

Sur le marché des sous-marins, DSME est un concurrent de Naval Group, notamment dans cette région Indo-Pacifique où le champion français cherche à se renforcer et où ils s'affrontent dans les RFP (Request for Proposal ou appel à propositions) et les appels d'offres émis par les grands commanditaires tels que l'Inde, l'Indonésie, la Malaisie, les Philippines, sinon l'Australie.

Dans cette région, faut-il le rappeler, la France compte sept départements, régions et collectivités d'outre-mer disséminés entre l'océan Indien et le Pacifique Sud. Ils abritent 1,6 million de ressortissants français et confèrent à la France neuf des onze millions de km² de sa zone économique exclusive. Des territoires qui sont de véritables "porte-avions" de l'influence française dans toute cette région clé.

|Lire : Sous-marins : la France va-t-elle renforcer son influence dans la zone indo-Pacifique ?

Manœuvres militaires de la Corée du Sud avec les États-Unis

Cette inauguration sud-coréenne de vendredi ne va pas réchauffer les relations entre les deux territoires. Elle intervient quelques jours après que la sœur du dirigeant nord-coréen, Kim Yo Jong, âgée de 33 ans, a fustigé l'attitude "perfide" de Séoul, à propos des manœuvres militaires conjointes entre la Corée du Sud et les Etats-Unis entamées début août. L'influente sœur de Kim Jong-un, qui occupe le terrain médiatique en l'absence de son frère sur la scène internationale, a menacé les deux alliés qu'ils allaient au-devant de lourdes menaces sécuritaires.

Pour rappel, les États-Unis stationnent près de 28.500 soldats en Corée du Sud pour défendre le pays contre son voisin doté de l'arme nucléaire.

Réduction des programmes nucléaires: les négociations au point mort

En mai dernier, le président sud-coréen Moon Jae-in déclarait qu'il considérait sa dernière année de mandat comme la dernière chance de parvenir à une paix durable avec la Corée du Nord, et a déclaré qu'il était temps d'agir alors que les négociations sur les programmes nucléaire et de missiles de Pyongyang sont au point mort.

"Je considère l'année restante de mon mandat comme la dernière occasion de passer d'une paix incomplète à une paix irréversible", a déclaré Moon Jae-in. "Le temps des longues délibérations touche à sa fin. Il est temps de passer à l'action."

Mais l'administration Biden ne semble pas beaucoup s'intéresser au dossier (en tout cas beaucoup moins que son prédécesseur) et assure que ses ouvertures à Pyongyang sont restées sans réponse: elle préconise une approche "pratique" consistant à utiliser la diplomatie pour trouver des objectifs réalisables afin de persuader la Corée du Nord de renoncer à ses armes nucléaires.

Dans son discours du mois de mai, Moon Jae-in a déclaré qu'il ne pensait pas que la Corée du Nord rejetait le dialogue, mais qu'elle attendait plutôt de mieux évaluer la politique américaine. Le président sud-coréen insistait : bien que trois sommets inter-coréens et deux sommets entre la Corée du Nord et les États-Unis depuis 2018 n'aient pas résolu les questions nucléaires, ils ont permis de désamorcer les tensions et de maintenir la paix, et ont prouvé que la diplomatie était la clé, a-t-il estimé.

Cependant, éclaircie début août, les deux Corée ont rétabli leur ligne téléphonique d'urgence, suspendue un an plus tôt par Pyongyang, et les dirigeants des deux pays sont convenus d'améliorer les liens intercoréens. Avec un préalable côté Nord, la levée des sanctions:

"Comme condition préalable à la réouverture de discussions, la Corée du Nord réclame que les États-Unis devraient autoriser les exportations de minerais et les importations de produits pétroliers et d'autres biens", a déclaré à la presse Ha Tae-keung, membre de la commission parlementaire des Renseignements, rapportant les propos de Park Jie-won.

La Corée du Nord est visée par des sanctions du Conseil de sécurité des Nations unies depuis son premier test nucléaire en 2006.

| Lire: La Corée du Nord financerait ses armes de destruction massive grâce au banditisme sur internet

(avec AFP et Reuters)

Jérôme Cristiani

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Commentaires 5
à écrit le 14/08/2021 à 8:23
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Ce chantage a la guerre pour obtenir des budgets pour de l'armement conventionnel alors que toute guerre entre puissances nucleaires est impossible est une escrocrie des maffias militaro industrielles

le 14/08/2021 à 14:51
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Vous avez raison ! d'ailleurs leur business ressemble étrangement à celui des maffias. En effet ces dernières pratiquent souvent le raquette en échange d'une protection imaginaire.... Ils developpent des armements de plus en plus sophistiqués (le...

à écrit le 13/08/2021 à 21:02
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Plusieurs sources ont révélé que la Corée du sud étudie la propulsion nucléaire depuis le début des années 2000 et s'intéresse de très près aux Suffren français pour leur capacité à utiliser un combustible faiblement enrichi. Particularité qui leur p...

à écrit le 13/08/2021 à 18:39
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Toute l'Asie réarme, les bruits de bottes se font plus présents...une étincelle et le feu d'artifice pourra commencer. Le réchauffement climatique ? A côté, de la " gnognotte"!

le 14/08/2021 à 10:56
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@Valbel. Mais non, il ne se passera rien avant longtemps et ce pour d'evidentes raisons. Personne n'a interet a un conflit qui deviendrait vite nucleaire et ensuite les echanges commerciaux de loin plus vitaux. N'ayez pas peur. Cette attitude typiq...

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